​Pour la première fois, un dictionnaire sur le féminisme


Rédigé par Baptiste QUINIOU - Angers, le 07/03/2017 - 18:00 / modifié le 08/03/2017 - 22:47


Professeure d’Histoire à l’université d’Angers, Christine Bard vient de publier un «  Dictionnaire des féministes », aux Presses universitaires de France. Codirigé avec Sylvie Chaperon, professeure à l’université de Toulouse-Jean Jaurès et nourri par les contributions de nombreux chercheuses et chercheurs, il apporte un éclaircissement essentiel sur la question du féminisme, sa diversité et son histoire. Entretien.



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Comment vous est venue l’idée de publier un dictionnaire sur ce sujet-là  ? 

Christine Bard  : "Ce dictionnaire correspond à mes propres recherches universitaires, mais il associe aussi 196 auteur.e.s. L’idée était de rassembler les connaissances sur un sujet partagé, de combler une lacune et de rendre compte de la richesse et de la diversité du féminisme en France. La forme du dictionnaire est pratique, agréable, et elle permet de faire découvrir de nombreuses biographies, plus de 400 !"  
 
Quels sont les thèmes que vous abordez dans le dictionnaire ? 

"Il y en a énormément. Certains articles sont consacrés à des thématiques précises comme le droit de vote, la contraception ou encore la prostitution. Des repères historiques et analytiques sont donnés. La lecture d'ensemble montre à quel point le féminisme a été un moteur important de la transformation culturelle, sociale ou politique de notre société. Pourtant, son histoire est sous-estimée ; elle est peu enseignée ; et la place des féministes dans la mémoire collective est minuscule."
 
Y-a-t-il eu une recherche de neutralité de votre part ?
 
"Qu'entend-on par neutralité ? Ce dictionnaire n’est pas en soi militant, il a été écrit à partir de sources documentaires solides et par des spécialistes. Ce ne sont pas des articles d’opinion. Il ne s'agit pas d'un palmarès d'héroïnes de la cause des femmes. Mais j'espère qu'en découvrant toute cette histoire, on ne reste pas neutre et qu'on a envie de réclamer la panthéonisation d'Olympe de Gouges, l'attribution de noms de rue à des féministes, la création d'un musée de de l'histoire des femmes, ou la révision des manuels scolaires." 
Ce qui a été acquis peut aussi être perdu très rapidement. En France, il y a eu des avancées mais on constate par exemple que le pouvoir politique reste très masculin, comme le montre notre élection présidentielle.

 Les bornes chronologiques de votre ouvrage sont très larges, à partir de quel moment peut-on parler de féminisme  ?

​Pour la première fois, un dictionnaire sur le féminisme
"La première notice du dictionnaire est sur Christine de Pizan, ce qui nous fait remonter à la fin du Moyen Âge. Mais on ne parle de féminisme qu’à partir de 1872. La chose existe avant le mot. Avec la Révolution de 1789, une période nouvelle s’ouvre pour les femmes. Même si il y a peu d’avancées immédiates, elle se traduit par une promesse d’horizon plus démocratique et la question de la citoyenneté des femmes est déjà posée. Sous la IIIe République, les libertés de la presse, de réunion, la loi sur les associations vont favoriser le développement du féminisme." 
 
Comment le concept de féminisme a-t-il évolué au fil du temps et quelles sont ses divisions possibles ?
 
"Le féminisme a connu plusieurs cycles de mobilisation, dénommées "vagues". La première défendait les droit des femmes, et notamment le droite de vote, et sur un plan philosophique, se pensait comme un humanisme. Beaucoup d’hommes y ont participé. La deuxième vague porte moins sur la sphère publique et plus sur la sphère privée et se pense plus comme un mouvement de femmes. Elle correspond au MLF (Mouvement de Libération des Femmes) des années 1970.
La troisième vague, plus actuelle, s’articule autour de la question du genre avec la volonté de dissoudre la différence ou les stéréotypes imposés entre les hommes et les femmes. On peut retrouver ce féminisme-là pour les questions de pratique sportive ou d’exercice d’un métier et il est relié à la défense des droits LGBT et aux combats antiracistes."
 
Est-ce que pour vous le combat féministe est toujours d’actualité ? 

"Oui, ô combien ! On observe un recul des droits des femmes dans le monde. Ce qui a été acquis peut aussi être perdu très rapidement. En France, il y a eu des avancées mais on constate par exemple que le pouvoir politique reste très masculin, comme le montre notre élection présidentielle. Même avec des lois sur la parité, cela reste extrêmement difficile de changer les mentalités. J’espère que le dictionnaire aidera à mieux comprendre l’histoire de ce mouvement et ce qu’il reste à accomplir pour parvenir à l’égalité."

Dictionnaire des féministes France XVIIIe - XXIe siècle (PUF) - 32€

Le mois du genre à l'Université d'Angers
Au sein de l'Université d'Angers, Christine Bard pilote le programme de recherche Gedi (GEnre et DIscriminations sexistes et homophobes) que porte le structure fédérative de recherche Confluences et que finance la Région Pays de la Loire. Ce projet interdisciplinaire, interuniversitaire et international réunit une centaine de chercheurs et chercheuses, dont la moitié issue du milieu universitaire régional. Profitant de sa dynamique, l’Université d'Angers organise depuis le 1er mars et jusqu'au 6 avril « Le mois du genre », un temps fort autour décliné en 12 rendez-vous "contre les stéréotypes de genre" Expositions, visites guidées, spectacle, conférence, atelier... Un atelier Wikipédia "Autour du Dictionnaire des féministes" est proposé notamment le jeudi 16 mars de 14 h à 17 h, à la BU Belle-Beille, pour apprendre à créer et enrichir des notices de l'encyclopédie en ligne (atelier animé par Anne Baumstimler, ouvert à tous, sur inscription auprès de : maxime.szczepanski@univ-angers.fr ).

La totalité du programme de ce mois du genre est à découvrir ici  ou en pièce jointe.

le_mois_du_genre_programme.pdf Le mois du genre programme.pdf  (575.95 Ko)









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