A Coutures, les maternelles s’activent

L'école autrement 4/6


Rédigé par Vincent FAURE - Angers, le 08/12/2016 - 07:45 / modifié le 08/12/2016 - 09:02


Dans sa classe de l’école maternelle publique de Coutures, Héloïse Jean laisse les élèves circuler librement entre les ateliers de manipulation individuels. Pour favoriser leur prise d’autonomie et leur épanouissement.



A Coutures, les élèves d'Héloïse Jean apprennent selon les préceptes de la "pédagogie active".
A Coutures, les élèves d'Héloïse Jean apprennent selon les préceptes de la "pédagogie active".
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Freinet, Montessori, écoles hors contrat, enfants non scolarisés, école démocratique... ces dernières années, la tentation des pédagogies alternatives n'a pas manqué de toucher Angers et sa région. Une défiance marquée vis-à-vis de l'école traditionnelle ou plutôt une manière de la réinterroger, de questionner ce qui ne va pas en elle ? Plus qu'un catalogue de ce qui se fait sur le territoire, ce dossier entend faire découvrir les initiatives locales, déconstruire quelques idées reçues et démontrer que les pédagogies et méthodes alternatives font largement leur chemin au sein même de l'Education nationale, par le biais de professeurs des écoles investis. Une révolution par la base, qui ne suscite qu'un intérêt relatif de l'administration.  

Pierre feuillette un album de bande dessinée. Un instant, son regard bleu quitte la page pour contempler ses camarades.
Confortablement installé dans son petit fauteuil en osier, au chaud dans son polaire vert gazon, le mince garçonnet s’accorde une pause. C’est légitime, il a « fini son travail ». Il a su écrire des mots en analysant les sons et en utilisant les lettres en bois d'un alphabet mobile. Plus tard dans la matinée, Pierre ira s’asseoir sur le sol pour apprendre à compter, à l’aide de volumes géométriques représentant les dizaines, les centaines et les milliers. Il fera l’effort d’aller chercher lui-même le matériel adapté à cet exercice, rangé sur une étagère.

Pierre a 5 ans. Il est scolarisé dans l’une des trois classes de maternelle de l’école publique de Coutures, non loin de Doué-la-Fontaine. L’effectif de 22 élèves est encadré par Héloïse Jean, professeure des écoles d’une trentaine d’années. Une classe atypique. Multi-âges, elle regroupe des « grands » comme Pierre, des « moyens » de 4 ans et des « petits » de 3 ans, suivant les préceptes de la « pédagogie active ». Autrement dit, « les enfants sont acteurs de leur apprentissage, ils ne restent pas assis passivement derrière leur pupitre en attendant la directive de l’enseignant », souligne Héloïse Jean.
« La liberté de choix, c’est un premier pas vers l’autonomie. Bien sûr, certains ont du mal à se décider, surtout les plus jeunes. Mon premier rôle consiste à les orienter vers telle ou telle activité » - Héloïse Jean

Dès l’arrivée en classe, le matin, les élèves choisissent un « atelier de manipulation individuel » qui leur permettra de travailler une compétence langagière, algébrique ou artistique particulière. « La liberté de choix, c’est un premier pas vers l’autonomie. Bien sûr, certains ont du mal à se décider, surtout les plus jeunes. Mon premier rôle consiste à les orienter vers telle ou telle activité », décrypte Héloïse Jean. « Ensuite je passe du temps avec chacun, afin de rendre lisibles les exigences de l’exercice et m’assurer que les aptitudes visées sont maîtrisées. Condition sine qua non pour que l’élève puisse entamer un nouvel atelier ».

L’enseignante, et son assistante en école maternelle (ATSEM), Isabelle Lasne, ne sont pas les seules à se déplacer d’une table à l’autre pour guider les écoliers dans leurs apprentissages. Les plus âgés, qui presque tous savent lire avant d’entrer en CP, n’hésitent pas à aider les plus petits. La classe finit par ressembler à une ruche. Ça bouge, ça interagit en permanence. Mais effervescence ne signifie pas désordre : « Les enfants s’autoévaluent sous la supervision des adultes. Conformément aux exigences des programmes officiels de maternelle », rappelle Héloïse Jean.   

Cette méthode emprunte aux grands pédagogues du XXe siècle, Maria Montessori et Célestin Freinet en tête. Héloïse Jean, à l’instar d’autres professeurs des écoles, souhaite que les enfants de toutes origines sociales puissent bénéficier de ces approches alternatives. Qui sont restées pendant longtemps la chasse gardée des établissements privés. « Une étude du gouvernement français montre que le bien-être en classe est une condition essentielle de la réussite éducative1. L’enseignant doit donc s’efforcer de responsabiliser davantage les enfants dès la maternelle, dans un environnement bienveillant et épanouissant », estime Héloïse Jean.












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