A Fontaine-Guérin, le temps des moissons théâtrales


Rédigé par - Angers, le Vendredi 14 Août 2015 à 07:55


La 7e édition du festival du Nouveau Théâtre Populaire s'ouvre samedi au cœur du petit village du Baugeois. Lancée en 2009 par une dizaine d'amis en quête de liberté artistique, cette aventure théâtrale inédite a aujourd'hui pris racine. Et est appelée à essaimer désormais toute l'année sur le territoire. Chapeau !



A Fontaine-Guérin, le temps des moissons théâtrales
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Vu de (trop) loin, Fontaine-Guérin, c'était jusqu'alors un des jolis clochers tors du Baugeois et une des plus célèbres fêtes des battages de la région. A vrai dire, pas de quoi attiser plus que cela la curiosité médiatique. Depuis sept ans, à contre temps de la torpeur qui s'empare de l'Anjou début août, c'est pourtant bien aussi dans ce petit village, situé à 25 minutes à l'est d'Angers, que se joue l'un des plus "insolites" rendez-vous culturels de l'été dans le département. Par "insolite", entendez aussi bien "épatant" qu' "étonnant".

Etonnant ? Pour le mesurer, il faut d'abord se projeter et imaginer en plein centre-bourg, un grand jardin en pente légère au dessus d'une vieille longère traditionnelle en tuffeau, bordant le cimetière et dominant tout le village. Dans le jardin, un plateau scénique en bois, comme autrefois, et face à elle plusieurs centaines de sièges. "C'était la maison de la grand-mère d'un des comédiens et c'est là que tout a commencé" raconte Lola Lucas, l'administratrice du Nouveau Théâtre Populaire (NTP), l'association qui porte le projet et y a désormais élu domicile.

Nous sommes en 2009. Tous passionnés de théâtre et sortis pour la plupart d'écoles nationales d'art dramatiques, une dizaine d'amis décident de monter une scène en même temps qu'un spectacle loin de Paris, où une bonne partie d'entre eux résident et travaillent. "C'est né du constat qu'à Paris comme à Avignon, la suroffre théâtrale n'offrait plus là possibilité d'aller à la rencontre des publics et de les fidéliser. On voulait faire du théâtre, présenter des grandes pièces du répertoire français là où il n'y en a pas ou peu" poursuit Lola. Une utopie ? Une conviction surtout. Dans le rapport au théâtre du groupes d'amis-comédien, plane ouvertement l'esprit de Jean Vilar, le fondateur du théâtre populaire. D'où le nom de leur association.
"Le ciel, le peuple, la nuit, la fête."

"On s'inscrit complètement dans cet héritage d'un théâtre qui se passe de tout décor superflu, de tout ornement" prolonge Emilien Diard-Detoeuf, comédien présent depuis les origines du projet, citant le fondateur du festival d'Avignon pour mieux situer encore la ligne "politique" du NTP : "Le ciel, le peuple, la nuit, la fête." Des convictions donc mais aussi le sens des responsabilités. "Tout est voté démocratiquement chez nous, à commencer par le choix des pièces que nous travaillerons dans l'année. Et chacun doit pouvoir passer derrière le bar pour mettre la main à la pâte" précise Lola. De 10, la troupe est passée à 20 aujourd'hui. Surtout, elle s'est structurée et professionnalisée.

Créée l'an passé, "La Cerisaie" de Tchekhov figure parmi les six spectacles à l'affiche cette année (photo Roxane Kasperski).
Créée l'an passé, "La Cerisaie" de Tchekhov figure parmi les six spectacles à l'affiche cette année (photo Roxane Kasperski).
"Le jour où nous avons donné notre première représentation, on ne savait pas si on aurait 2 ou 50 spectateurs. Il y en a eu 50", sourit Lola, Nous étions bénévoles, aujourd'hui tous les membres sont rémunérés de façon identique pour le festival." Et la présence du Nouveau Théâtre Populaire à Fontaine-Guérin n'a plus rien d' "insolite" et d'incongru. Au delà de la réussite du festival (entre 250 et 300 spectateurs les bons soirs), un lien de confiance s'est noué avec le territoire. A la mort de la grand-mère de Lazare, la propriétaire des lieux, la question de savoir comment faire pour pérenniser la présence du Nouveau Théâtre Populaire s'est posée.

"On a lancé une souscription auprès de notre public pour pouvoir acquérir la maison, on a recueilli 70 000€ en deux mois" raconte Emilien. Impressionnant mais insuffisant. Aussi, des discussions sont engagées avec la communauté de communes de Beaufort-en-Anjou et vont permettre de dessiner une autre alternative. En novembre, la collectivité a racheté la maison pour la mettre à disposition de la compagnie dans le cadre d'une convention. "Nous sommes gestionnaires des lieux. Charge à nous d'y créer un lieu de résidence et de travailler à l'année sur le territoire" explique Lola.
"Nous sommes gestionnaires des lieux. Charge à nous d'y créer un lieu de résidence et de travailler à l'année sur le territoire"

Sécurisé par ce soutien politique, le Nouveau Théâtre Populaire fourmille d'idées et de projets pour mener à bien sa mission. Sur le site d'abord pour aménager au mieux l'espace, y créer un pièce de répétition et un espace de stockage des décors et du matériel. Sur le territoire beaufortais ensuite, en épaulant l'atelier théâtre du collège Molière à Beaufort et en poursuivant ses lectures et projections dans les bibliothèque et espaces culturels de la ComCom. Au delà, dans un dialogue avec les acteurs du théâtre en Anjou.

Angers Nantes Opéra leur a commandé une petite forme pour accompagner un spectacle de la prochaine saison. Le Nouveau Théâtre d'Angers accueillera aussi une de leurs créations ("La vie treshorrifique du Grand Gargantua") en mai prochain au Quai. De quoi asseoir un projet et une notoriété. "Maintenant, on peut dire qu'on est chez nous. Ca décuple aussi notre envie de nous installer et de durer" glisse Emilien Diard-Detoeuf.

Sophocle, Todorov, Tchekhov... et trois créations
Six spectacles figurent à l'affiche de cette 7e édition du festival du Nouveau Théâtre Populaire dont une première création, "Le Jour de Gloire" qui ouvrira le bal ce samedi à Fontaine-Guérin. De quoi s'agit-il ? De "l’odyssée grotesque et sublime de la politique française sous la Cinquième République : de 1958 à nos jours" annonce la compagnie, depuis Charles de Gaulle jusqu'à François Hollande, il sera question "de sept rois, et de leurs cours, de leurs femmes, de leurs luttes, de leur élévation et de leur déchéance". Côté "classiques", Sophocle sera de la partie aussi avec "Oedipe roi" (mise en scène : Lazare Herson-Macarel) et Tchekhov avec la reprise de "La Cerisaie" (mise en scène : Julien Romelard), présentée l'an passé. Autre reprise : "La vie treshorrifique du Grand Gargantua" (mise en scène : Emilien Diard-Detoeuf et Sophie Guibard). Deux autres créations complètent le programme : "L'enfant sauvage" de Elsa Grzesckak et Sacha Todorov qui signent aussi la mise en scène, et "Feu, la mère de madame" de Feydeau (mise en scène : Frédéric Jessua) qui sera donné lui à Mazé, Baugé et Charcé.

Programme, dates et réservation en ligne sur www.festivalntp.com




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