A Quai des Carmes, Corinne Bouchoux sans langue de bois


Rédigé par - Angers, le 30/01/2015 - 00:02 / modifié le 13/03/2015 - 10:11


La sénatrice écologiste était l'invitée jeudi soir de Quai des Carmes, le nouveau rendez-vous mensuel politique d'Angers Télé, en partenariat avec Angers Mag et le Courrier de l'Ouest. De son rôle de parlementaire à l'avenir de Terra Botanica, de la lutte contre l'évasion fiscale à la place des femmes en politique, retour sur un entretien sans langue de bois.



Corinne Bouchoux échange avec notre confrère du Courrier de l'Ouest, Yves Tréca-Durand, avant l'enregistrement de l'émission.
Corinne Bouchoux échange avec notre confrère du Courrier de l'Ouest, Yves Tréca-Durand, avant l'enregistrement de l'émission.
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Le Sénat, son rôle de parlementaire
"Mécaniquement et sociologiquement, le Sénat est une assemblée d'hommes d'âge mûr avec tous les avantages que cela confère, l'expérience, et tous les inconvénients que cela confère aussi, un conservatisme intrinsèque qu'il soit de droite ou de gauche. On ne peut pas leur reprocher, ils sont le produit de leur histoire et mes collègues sont persuadés d'incarner au mieux un certain nombre de valeurs. Néanmoins, le Sénat exerce une fonction extrêmement importante du point de vue de la rédaction de la loi, des contre-pouvoirs et de la défense des libertés."

Evénements terroristes, quelle leçon ?
"La première que je suis obligée d'avoir comme responsable politique, c'est que certains menacent la démocratie. Avec l'affaire Merah, on a tué des soldats, parce qu'ils étaient soldats. A Charlie Hebdo, on a tué des dessinateurs parce qu'ils étaient dessinateurs et au supermarché casher le vendredi de ces assassinats, on a tué avec comme seul mobile, l'antisémitisme. Ce que ça m'inspire, c'est une inquiétude très profonde sur l'état de notre société même si c'est un problème politique qui dépasse la France."

La mobilisation des Angevins
"Même en mai 68, il y avait moins de monde dans les rues de la ville. J'en ai retenu la grande dignité (...), j'ai vu beaucoup de dialogues, de dessins, de jeunes qui sont venus volontairement et ça m'a réjouie. Après, j'ai aussi noté une moindre présence des jeunes des quartiers. Pour des raisons différentes : il y avait ceux qui avaient peur; ceux qui - et il faut l'entendre - ne se reconnaissaient pas dans la mobilisation telle qu'elle avait été formulée, très codée politiquement; et ceux qui ne reconnaissent pas dans le message. Et c'est surtout à eux que je pense, à ceux pour qui le lien de confiance s'est rompu."

 
"Tant que ce que nous faisons défend nos valeurs, j'espère pouvoir être en position de rester dans ce mouvement."

"Je sais ce que ça change d'avoir des ministres écologistes"
"Dans notre parti, on à la particularité d'aimer discuter, et les choses ont donc bougé. Nous étions sur une participation au gouvernement qui s'inscrivait dans la logique des choses, nous avions soutenu François Hollande et je l'assume totalement. Ensuite, il y a eu une décision d'ordre personnel de Cécile Duflot de dire "si c'est Manuel Valls, je n'y vais pas". Je l'ai regretté bien sûr. D'où je parle, je sais ce que ça change d'avoir des ministres ou pas de son côté. Maintenant, de nombreux amis exaspérés par la politique de Manuel Valls se retrouvent bien dans cette posture, d'autres beaucoup moins et préfèrent une logique d'efficacité."

Elections départementales : "Je respecte l'autonomie même si ce n'était pas mon choix intime"
"Le choix qui a été fait en Maine-et-Loire est, sauf exception, celui de l'autonomie avec une ouverture à la vie associative, à des militants de terrain. Je suis moi-même issu du monde associatif, ils m'ont permis ce chemin là. Je suis démocrate, je respecte leur suffrage même si ce n'était pas mon choix intime. C'est la rançon de ma politique ultra-modérée, je me fais disputer par tout le monde : le PS qui me dit "quelle ingrate, on l'a fait élire sénatrice, elle n'est même pas capable d'appeler à voter pour nous", la société civile qui me dit "comment on peut soutenir une politique comme ça." Tant que ce que nous faisons défend nos valeurs, j'espère pouvoir être en position de rester dans ce mouvement. En Maine-et-Loire, au moins, on se parle aimablement."

Evasion fiscale et "politique du crabe"
"Il y a eu du positif avec la cellule d'écoute des titulaires de comptes en Suisse qui a permis de récupérer plusieurs millions. Le négatif, et malheureusement le Parlement a peu de prise là-dessus, c'est la liste des paradis fiscaux, tellement courte que presque plus personne n'est un paradis fiscal. Autre soucis, c'est ce qu'on appelle les règles prudentielles bancaires car pour lutter contre l'évasion fiscale, il faut s'assurer en amont que les banques n'organisent pas les choses pour la favoriser. Et là, il existe des choses monstrueuses telles que le "trading haute fréquence", un système qui revient pour les banques, à jouer sur le temps, sur les écarts entre plusieurs positionnements monétaires, pour gagner de l'argent de façon très importante à des micro-secondes près. C'est une espèce de casino très opaque et qui met en péril tout l'édifice financier. La lutte contre l'évasion fiscale, c'est la politique du crabe : ça avance mais pas assez vite."
"Je suis féministe depuis toujours et je considère que ce qui est important dans notre société, ce sont les mélanges."
 
La (nouvelle) politique des transports à Angers ?
"Je veux d'abord saluer les copains et copines qui ont fait du très bon boulot sous la précédente mandature. La deuxième chose, c'est que je me refuse à donner des bons et des mauvais points au gré des événements. Mes amis, dans l'opposition, font un travail très difficile mais je ne vais pas critiquer le fait que le maire élu démocratiquement, Christophe Béchu, applique son programme. Qu'un politique fasse ce pour quoi il a été élu, je trouve ça plutôt bien, même si je ne suis pas d'accord sur sa vision par rapport à la voiture. Le tramway, il le fait, je trouve ça très bien. Mais je n'ai pas suffisamment d'éléments techniques pour me prononcer. Je ne crois pas à la clause universelle de compétence."

La place des femmes en politique
"Je suis féministe depuis toujours et je considère que ce qui est important dans notre société, ce sont les mélanges. Nous avons actuellement, si mes informations sont bonnes, environ une soixantaine de femmes maire sur 365, très peu de conseillères générales. Le mode de scrutin choisi pour les élections départementales - un binome paritaire par canton - présente au moins l'avantage d'assurer autant d'élus hommes que femmes. Maintenant, entre une femme ultra-conservatrice, réactionnaire voire populiste comme Marine Le Pen et un homme modéré, mon choix est vite fait. Et ça, je le dis aussi pour la question du 2e tour pour qu'il n'y ait pas de candidat d'extrême-droite élu dans notre département."

L'avenir de Terra Botanica : "Mener un travail participatif pour ce  projet soit celui de tous"
"C'est un dossier que je connais bien car je viens du monde de l'agronomie et du végétal. Si la question est "l'auriez-vous fait si vous aviez été en responsabilité ?", je vous réponds clairement "non". On ne refait pas l'histoire et je crois qu'on est un peu coincé pendant deux ans par une histoire de fonds européens. Je proposerai bien au président Gillet qu'il ouvre son assemblée à tous les citoyens pour mener, comme ce qui s'est fait au Brésil sur certains sujets, un travail participatif. Pour que ce projet soit celui de tous et ne soit pas une catastrophe pour le Maine-et-Loire."



 





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1.Posté par bruno le 02/02/2015 14:43 | Alerter
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Bonjour - merci Corinne et Yves,
ça fait du bien d'entendre une pensée libre, affranchie des appareils et des démagogies.

Mobilisation des angevins: ok pour considérer la participation faible des jeunes des quartiers, et la questionner (qu'est-ce que cela signifie),
mais pas ok pour estimer la mobilisation 'très codée politiquement': il n'y avait pas de mot d'ordre, le silence était TRES fort, et nous demande de réfléchir : qu'avons-nous voulu dire, peuple d'Angers et de la Terre ? Réfléchir,...















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