Accroche-cœurs : les citoyens du monde parlent au mur sonore


Rédigé par - Le Samedi 3 Septembre 2011 à 16:00


On savait que les murs pouvaient avoir des oreilles, mais les faire parler il y a un pas que le plasticien franco-américain Benoit MAUBREY a allègrement franchi hier au Forum des Arts Vivants du Quai à Angers. Habitant de Berlin Ouest pendant l’oppression soviétique, il a trouvé matière à transformer celui qui encerclait sa ville d’adoption en symbole d’ouverture.



Benoit Maubray, à gauche, et Philippe Violanti, devant le Speakers Wall
Benoit Maubray, à gauche, et Philippe Violanti, devant le Speakers Wall
Pour Benoit MAUBRAY qui habite Berlin depuis trente ans, l’histoire n’est pas nouvelle. Il y a 27 ans, alors que le mur servait encore, il avait imaginé mettre des microphones dans cette muraille qui encerclait la partie ouest de la ville, dans laquelle il habitait. Il voulait le faire parler, car il en avait des choses à dire ce mur de sinistre mémoire. Il en a vu des familles coupées en deux, ceux qui tentaient de le franchir, ceux qui ont réussi ou qui sont morts à son pied.

« D'habitude un mur sert à enfermer, à priver de liberté » rappelait hier soir le Maire d’Angers, Jean Claude ANTONINI. L'artiste Benoit MAUBREY a réussi à exorciser son vécu à l’intérieur de la grande prison berlinoise en construisant un mur sonore par lequel les Angevins et tous les citoyens du monde libre peuvent s’exprimer, sans contrainte, mais pendant seulement trois minutes. Le mur de l’oppression est devenu celui de la liberté d’expression, tout un symbole pour plusieurs générations ayant vécu en direct cette sombre période de l’après-guerre.

Ouvert en 1989, ce mur dont on célébrait en août dernier le cinquantième anniversaire de son installation, est toujours présent dans les mémoires. Lors de sa destruction, la société nippone Sony qui construisit son « Sony-Center » sur la Potsdamer Platz, sur le tracé même du mur récupéra un stock important d’éléments en béton sur lesquels sont conservés les graffitis d’origine. C’est Philippe VIOLANTI d’Acqua Viva Production qui se chargea d’aller choisir ce pan de mur de 2.5 tonnes installé dans le forum des arts vivants du Quai à Angers.

« Ce n’est par le morceau que j’aurais aimé, mais qu’importe, l’essentiel c’est d’avoir réussi à détourner cet objet, initialement symbole de division et de séparation », disait en plaisantant l’artiste lors du vernissage de la structure monumentale. Cette dernière est composée du pan de mur et de 1000 haut-parleurs et des amplificateurs récupérés dans le stock de déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) de la société Veolia. « C’est une œuvre unique construite uniquement pour les Accroche-cœurs ici à Angers, une sculpture de détritus, dont on parle désormais dans le monde entier », poursuivait Benoit MAUBRAY en remerciant les deux techniciens qui ont assemblé et soudé l’ensemble en 6 jours.

« Ich bin ein Berliner » (je suis un Berlinois ) s’est exclamé le maire d’Angers avant de téléphoner au mur pour que son propre message soit enregistré et diffusé en boucle avec ceux des cinquante personnes, française et étrangère ayant appelé le « Speakers Wall » à ce jour.

« Je suis surtout connu pour mon travail sonore dans les lieux publics, mais ici à Angers j’ai pu faire encore mieux, grâce à un maire ouvert, Jean Claude Antonini et un opérateur fanatique, Philippe Violanti », déclarait l’artiste avant de lancer l’écoute des messages enregistrés. « Nous utiliserons aussi la structure pour diffuser de la musique techno » ( Berlin, aujourd’hui ville moderne, est connue pour les nombreux groupes technos qui s’y installent et s’y produisent).

Le « speakers Wall » est ouvert, pendant les Accroche-cœurs et jusqu’au 2 octobre et tous ceux qui veulent enregistrer un message peuvent encore le faire, jusqu’à la fin de l’exposition en appelant le +33 (0)2.41.42.23.18. Selon Monique RAMOGNINO « tous les messages sont permis, sans censure », dans la durée limite de 3 minutes. À écouter …

Ensuite, au grand désespoir de l’artiste et du Quai qui aimerait bien garder cette œuvre originale, le mur sonore sera démantelé, car les déchets électroniques sont désormais contrôlés. L’élément du mur de Berlin, don de Sony et de la Ville de Berlin, sera installé à Angers, dans un lieu connu du seul Maire d’Angers. Ce fut le cas récemment du guerrier Massaï d’Ousemane Sow, lequel exposait au Quai l’an dernier, dans le cadre des Accroche-cœurs.




Yannick Sourisseau
Directeur publication Angers Mag et Angers Mag Info Journaliste web suivant plus particulièrement... En savoir plus sur cet auteur

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