Agriculteurs, de la colère "plein les bottes"


Rédigé par - Angers, le 28/01/2016 - 08:01 / modifié le 28/05/2016 - 09:45


Entre colère et désespoir, les éleveurs de Maine-et-Loire se sont fait entendre à leur tour jeudi à Angers. Étranglés financièrement et lassés des promesses de jours meilleurs qu'ils ne voient pas venir, certains n'ont plus rien à perdre. Et ça s'est vu. Le malaise agricole est grand.



Symboles d'un jour de colère pour les agriculteurs angevins, des dizaines de bottes de travail qu'ils finiront pas lancer dans les jardins de la préfecture.
Symboles d'un jour de colère pour les agriculteurs angevins, des dizaines de bottes de travail qu'ils finiront pas lancer dans les jardins de la préfecture.
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L'Anjou n'est pas la Bretagne. Et si l'on a vu, par le passé, les tonnes à lisier se mettre généreusement en action en plein centre ville d'Angers, les agriculteurs angevins versent rarement dans l'excès ou la violence. Question de tempérament ? Question de régulation syndicale aussi, la parole des représentants de la profession jouant encore ici à peu près efficacement son rôle d'amortisseur. Cet "à peu près" ne doit rien au hasard. Car mercredi, comme du reste lors des rassemblements de l'été dernier, la manifestation organisée à l'initiative des deux syndicats agricoles majoritaires - la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) - a montré à plusieurs reprises combien les paroles et les discours peinaient à contenir le désespoir de certains dans la profession.

16h, rond point de l'Espace Anjou, à l'entrée Est d'Angers, point de blocage choisi pour l'action du jour. Devant près de 250 paysans, Jean-Marc Lezé, le président de la FDSEA, et Antoine Lardeux, celui des JA de Maine-et-Loire, rappellent le sens du mouvement lancé quelques jours plus tôt par leurs collègues bretons : l'obtention de prix rémunérateurs à la production, seule condition selon eux pour ramener l'espoir dans le camp agricole. "On veut savoir qui ment au niveau des marges" insiste le premier, ménageant à la fois le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, et les dirigeants des grands magasins de distribution à Angers, "avec lesquels les choses progressent". Dans son viseur, les centrales d'achats de ces mêmes magasins et l'absence d'harmonisation sociale européenne qui pénalise la production agricole française. 
"Ca fait six mois qu'on dit la même chose, ça ne bouge pas. On ne veut plus se déplacer pour enfiler des perles, on est train de crever là !"  
"On aimerait aussi savoir quand est-ce que tous ceux qui tournent autour de la production agricole et réalisent des profits, vont se montrer solidaires avec nous" ajoute Antoine Lardeux, le patron des JA, appelant chacun "à donner l'image la plus positive possible" de ce combat. Aussitôt dit, aussitôt pris à parti. Autour des responsables syndicaux, un petit groupe d'agriculteurs montre son impatience : "Ca fait six mois que vous dites la même chose, ça ne bouge pas. On ne veut plus se déplacer pour enfiler des perles, on est train de crever là !" 

Parmi eux, il y a Jacques de Jarzé, 63 ans, qui se fait du sang pour sa fille qui reprend l'exploitation laitière. "On va toucher 263€ de la tonne de lait ce mois-ci. En 2002, elle était à 300€. Tous les prix sont revenus à des niveaux d'il y a 10, voire 25 ans." A ses côtés, un plus jeune exploitant rapporte qu'il a perdu "45 000€ en 2015" sur sa production porcine. La colère est palpable. "Ca va être compliqué de les tenir, reconnait en aparté Antoine Lardeux, Certains sont à bout." Un peu plus loin, personne n'a attendu de consigne pour enflammer les premiers pneus devant les grilles d'entrée de l'Espace Anjou. Aucun responsable ne pourra empêcher un tracteur de pénétrer sur le parking pour y épandre son lisier.

Des vieux pneus par centaines ont été déversés boulevard du Roi René.
Des vieux pneus par centaines ont été déversés boulevard du Roi René.
21h30, boulevard du Roi René, au pied des jardins de la préfecture, où une petite quarantaine de tracteurs ont pris position. Le barbecue terminé, quelques esprits s'échauffent. Et les prises de parole de clôture de la journée peinent à couvrir les plus mécontents. "A quelles branches, tu veux qu'on s'accroche, l'arbre n'en a plus" s'emporte un manifestant. Une insulte fuse. "Soyez certains que nous sommes dans la même situation que vous. Ne matraquez pas ceux qui se battent pour vous" reprend Jean Marc Lezé. "J'ai jamais vu un malaise comme ça et je ne vois aucun espoir d'amélioration pour cette année 2016" confie un éleveur d'Andard, résigné. Le bal des remorques vidant pneus, branchages, gravats et déchets peut commencer devant les grilles préfectorales et sur le boulevard. Des oeufs, bottes et pétards sont lancés dans les jardins.
"Si on ne fait rien, on nous le reproche. Si on fait quelque-chose, on s'expose à ce genre de débordement. Notre image va encore en prendre un coup."

22h30, boulevard du Roi René. Une quinzaine de jeunes manifestants joue les prolongations, rallumant systématiquement les feux de pneus que tentent d'éteindre les forces de l'ordre cachées derrière les grilles. Un lampadaire a fondu et un arbre est sérieusement attaqué. Un responsable syndical avoue son impuissance : "Si on ne fait rien, on nous le reproche. Si on fait quelque-chose, on s'expose à ce genre de débordement. Notre image va encore en prendre un coup." La fin de partie est proche. Des policiers en civil se sont positionnés autour du dernier groupe de résistants et un petit cordon de gardes mobiles s'approche derrière ses boucliers. Trois manifestants sont interpellés manu-militari et emmenés. Les pompiers peuvent prendre place pour éteindre les derniers feux. 

Ce jeudi matin, le préfet des Pays-de-la-Loire recevra les représentants du syndicalisme agricole régional. Ces derniers lui demanderont la tenue de table-ronde filière par filière, pour tenter enfin de sortir de l'ornière.




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