Agriculture : "Le terme de crise est devenu une expression valise"


Rédigé par Patrick TOUCHAIS - Angers, le 30/04/2016 - 08:00 / modifié le 01/05/2016 - 23:20


Qu'en est-il de la "crise agricole" en Anjou ? Toute cette semaine, nous avons tenté d'approché d'un peu plus près cette réalité qui met à mal une partie des producteurs de lait, de viande bovine ou de porc du Maine-et-Loire. Sociologue, enseignant-chercheur à l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers, Roger Le Guen y conduit la chaire des « mutations agricoles ». Il nous éclaire sur la situation des agriculteurs d’aujourd’hui, et remet cette énième crise en perspective.



"Dans le secteur agricole, il n'y a pas de solidarité entre les pays européens"
"Dans le secteur agricole, il n'y a pas de solidarité entre les pays européens"
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Médias et politiques évoquent une nouvelle crise agricole. Une crise de plus ?

"Le terme de crise est devenu une expression « valise ». On parle de crise agricole depuis un peu plus de 150 ans. Depuis, l’agriculture a connu des crises de marchés, des crises de politiques publiques, des crises liées à des événements historiques comme les guerres mondiales. Plus récemment, les agriculteurs ont dû faire face à des crises sanitaires et de confiance alimentaire. Ensuite, je dirais qu’il s’agit moins d’une crise agricole générale, que d’une crise de certaines productions, en l’occurrence en ce moment, le lait et le porc, et dans une moindre mesure la viande bovine. Bien sûr, il y a des hauts et des bas dans d’autres productions. Le prix des céréales est par exemple, également sensiblement à la baisse. Il y a de fortes disparités parmi les producteurs. Mais attention aux caricatures : tous les éleveurs ne sont pas pauvres et tous les céréaliers ne sont pas riches."

Concernant le lait, quel est votre diagnostic ?

"La France s’est moins bien préparée à la disparition de quotas. Dans d’autres pays – je pense au Danemark, à l’Irlande, à l’Allemagne – les éleveurs comme les industriels ont mieux anticipé le changement, en travaillant les coûts de production, les choix de produits, l’export. Pour autant, le secteur français a des atouts, avec notamment des éleveurs qui sont des bons techniciens, du fourrage abondant pas trop cher, et du foncier bon marché. La production et la transformation française sont très diversifiées."
"L’Ouest est très productif au niveau laitier. Mais les produits sont plutôt orientés sur des marchés qui réalisent peu de marges."
Qu’en est-il de notre région ?

"L’Ouest est très productif au niveau laitier. Mais les produits sont plutôt orientés sur des marchés qui réalisent peu de marges, tenus par les coopératives, tandis que les industriels privés sont plus sur des marques propres à marges plus élevées. Dans les deux cas, on est sur des marchés très concurrentiels. A l’inverse, certaines régions françaises, moins productives, ont misé sur un produit avec un vrai travail de filière. Je pense au comté par exemple, qui peut valoriser le travail des éleveurs. On peut avoir des écarts de prix du lait de l’ordre de 20 % entre ces derniers qui tirent vers le haut, et ceux de l’Ouest qui se battent sur du volume à faible marge."

Et la viande bovine ?

"C’est un autre problème, lié à l’offre et la demande. Le volume a été réduit en viande de boucherie. Donc, la France devient un pays “naisseur” pour d’autres pays. Dans la boucherie traditionnelle, les volumes ont également baissé. Les morceaux à travailler se vendent moins bien. A l’inverse des steaks hachés ou des plats cuisinés, mais là, les marges sont faibles."

Vous évoquiez également la crise porcine…

"Oui, et notre département, en particulier l’ouest, est très touché. Avec un coût de production en hausse dû à une augmentation du prix de l’alimentation. On est face à l’Amérique du Nord, et à l’Europe : l’Allemagne, les Pays-Bas, et plus récemment l’Espagne qui avec des produits très compétitifs, a peu à peu, inondé le marché français. Les producteurs français sont en difficulté et ne peuvent pas investir pour moderniser leurs exploitations."
"Dans toutes les productions, il faut analyser de près les segments qui fonctionnent, et trouver ceux sur lesquels on peut mieux valoriser que la concurrence. Notamment par la proximité.
La concurrence est donc très rude…

"Oui, en lait, la demande mondiale n’évolue pas beaucoup, voire diminue en ce moment, avec la Chine qui a baissé ses achats et la Russie qui s’est fermée. Cette rude concurrence vient surtout d’Europe, avec des pays qui ont fait leur entrée avec des prix bas, comme la Pologne. Et d’autres qui ont bien préparé la sortie des quotas, dont on a déjà parlé, et qui font tout pour que les bassins de production faibles baissent leur production. On se rend bien compte que dans ce secteur agricole, il n’y a pas de solidarité européenne."

Quelles solutions voyez-vous ?

"C’est complexe, mais pas insoluble. Tout d’abord, il ne faut pas rêver, il n’y aura pas de retour aux quotas laitiers, car la majorité des pays producteurs y sont fermement opposés. On a évoqué l’idée à Bruxelles de remettre de la régulation dans des pays, à la demande de la France. On attend les décisions réelles. Dans toutes les productions, il faut analyser de près les segments qui fonctionnent, et trouver ceux sur lesquels on peut mieux valoriser que la concurrence. Notamment par la proximité."

Une façon de refaire du lien entre agriculture et monde urbain ?

"Sans doute. Il y a un vrai paradoxe. La production agricole a une image de plus en plus négative, à cause des problèmes d’environnement, mais les agriculteurs ont plutôt une bonne image dans la population. La campagne est regardée par une partie des urbains, comme une réserve de mémoire et de nature. Elle devient alors très valorisée dans la tête des urbains, mais avec des images plus rêvées que réelles, issues de la publicité notamment. Par contre, dans la réalité, les pratiques alimentaires ne changent pas forcément : cela demande du sens, de la cohérence et de la ténacité."












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