Alexandre Seurat, les mots du réel


Rédigé par Sébastien ROCHARD - Angers, le Samedi 24 Septembre 2016 à 08:00


Après l’implacable "La Maladroite", en 2015, "L’administrateur provisoire" signe la confirmation du talent d’écrivain de l’homme de lettres, aussi discret dans la vie -il est professeur d'IUT à Belle-Beille- que tenace dans sa passion.



Alexandre Seurat a publié son deuxième roman, "L'Administrateur provisoire".
Alexandre Seurat a publié son deuxième roman, "L'Administrateur provisoire".
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Actualités. « Voilà un homme qui a la pétoche sereine. Alexandre Seurat a beau évoquer une « trouille féroce » à l’approche de la sortie de son deuxième roman, il le concède sur un ton posé, apparemment dénué d’émotion. Pour la seconde année consécutive, sa prose est pourtant de celles qui devrait retenir l’attention des lecteurs et des critiques, au cœur de la traditionnelle et foisonnante rentrée littéraire. Avec L’Administrateur provisoire, l’histoire vichyste reconstituée de Raoul H., ancien fonctionnaire du Commissariat général aux questions juives (voir ci-contre), le trentenaire confirme les promesses de La Maladroite, un premier roman clinique et maîtrisé, tiré d’un faits divers sarthois tragique. » 

Rive gauche. « Je suis un pur Parisien : enfance, adolescence et études dans le Ve arrondissement, juste entrecoupé par une année à Chicago. Je suis arrivé avec me femme et mes deux enfants à Angers il y a trois ans. Il y a ici une pulsation culturelle et une qualité de vie que nous apprécions. » 

Le goût (parfois amer) des lettres. « J’écris depuis longtemps. Au moins depuis le collège : je me disais que c’était assez enviable comme pratique. Et puis j’ai envoyé mes premiers textes quand j’avais 20. Mais j’ai eu beaucoup de mal à être publié. J’ai été très longtemps refusé, avec des lettres type sans argumentation. Ça a été une période un peu raide, qui a duré quand même plus de 10 ans, même si dans les dernières années, j’avais quand même des lettres un peu plus personnelles, à mesure que mon écriture évoluait. Au fur et à mesure, je me suis aperçu qu’accrocher le lecteur, tenir son émotion était très important : il n’y a pas que la forme ! Quand Le Rouergue (sa maison d’édition) m’a appelé, ça faisait 15 ans que j’attendais : c’est assez étonnant d’avoir tout à coup quelqu’un qui a le pouvoir et qui comprend ce que j’ai voulu faire. C’est un vrai tournant dans ma vie, une émotion extrêmement forte, plus forte que le moment où l’on reçoit le livre. 
Je peux désormais revendiquer le nom d’écrivain, mais mon rapport à l’écriture n’a pas fondamentalement changé : j’en ai besoin pour vivre. Ça m’est nécessaire pour évacuer des émotions très violentes. Et j’aurais continué même si je n’avais jamais été édité. Mais il y a avait quand même une sensation de désespoir à l’idée d’avoir une activité qui ne recevait pas de reconnaissance sociale, fondamentale pour l’équilibre personnel. » 

L’écriture. « Elle a évolué progressivement, mais pas de manière concertée : ça c’est fait au gré des lectures ; à un moment, il y a des déclics, des auteurs qui débarquent, et on comprend qu’on peut être à la fois très simple et très littéraire. D’une manière générale, les auteurs qui me plaisent et me marquent sont ancrés dans le réel. J’ai essayé de faire de la fiction pure, et c’était très très mauvais, ça ne tenait pas la page. Je ne suis pas touché par les textes « hors sol », sans vraisemblance : j’ai besoin de sentir le sang qui bat. Après, mes inspirations peuvent être très différentes : La Maladroite est issu d’une chronique judiciaire du journal Le Monde, relatant le procès ; pour L’Administrateur provisoire, c’est une enquête de longue haleine, en se plongeant dans les archives, un peu à la manière d’un historien, mais avec l’ambition d’en faire totalement autre chose : une matière émotive pour le lecteur. » 
 
"J'ai besoin d'écrire pour vivre, pour évacuer mes émotions

Alexandre Seurat, les mots du réel
La littérature. « Ce qui m’a toujours intéressé, c’est de savoir ce qui brûle les doigts dans la littérature ; et chez Céline, il y a quelque chose qui brûle les doigts, même dans ses romans où apparemment il n’y a rien de dégueulasse. Il y a quelque chose de sacri ciel, délirant. Quand j’ai lu Le Voyage au Bout de la Nuit, à 17 ans, je n’avais jamais ressenti cela avant : ça m’a abattu, démoralisé, en touchant un type d’émotion qui n’était pas d’ordre esthétique, mais vital. J’étais éberlué que la littérature puisse toucher ça. La littérature, ça n’est pas forcément quelque chose de bien : c’est justement parce qu’il était habité par des pulsions folles que peut-être il a eu accès à une connaissance de l’homme qui s’exprimait dans ses romans. Ce que je suis allé chercher dans la littérature, ce sont les auteurs qui mettent des claques : Céline, Thomas Bernhard... des auteurs qui arrivent à décrire l’agressivité du monde. » 

Les projecteurs. « Ma trouille féroce vient de la crainte de l’exposi- tion, et ça n’est pas une minauderie ! Je n’ai pas du tout envie d’être un corps public (rires) : ça me fait très plaisir que les gens parlent du livre, mais en même il y a quelque chose de très troublant à être exposé. Je craignais cela dans la rentrée littéraire, mais ça se passe plutôt très bien, il y a beaucoup de respect. » 

La suite. « Ce sera un texte très court, avec un récit à la troisième personne, sur le thème de l’errance, certainement inspiré par l’une des œuvres qui m’a le plus marqué : Lenz, de Georg Büchner, qui revient sur l’itinéraire d’un poète qui a vécu dans l’ombre de Goethe.
Il y a un truc que l’on découvre en publiant, surtout quand un livre est bien reçu, c’est que ça change le rapport à l’écriture : avant quand j’écrivais, je ne pensais pas à la publication, parce que la règle, c’est que je n’étais pas publié ! Désormais, quand on écrit des choses qui touchent au réel, à des personnes vivantes, ça peut créer un e et de pression, d’autocensure par rapport à l’attente des lecteurs. Il faut que j’apprenne à gérer ça. L’aspiration, c’est de réussir à continuer. » 

La Maladroite, éd. du Rouergue, 13, 80 €
L'Administrateur provisoire, éd. du Rouergue, 18, 50 €

Classe. « J’aime bien le fait d’enseigner en IUT – en l’occurrence à Belle-Beille – parce que ce sont des jeunes qui ont déjà une idée de ce qu’ils veulent faire. Ce ne sont pas des littéraires, mais on peut faire des choses assez concrètes avec eux, en s’émancipant des programmes nationaux. J’essaie d’intégrer la littérature à un cours de culture plus générale, essayer des les sensibiliser au fait que c’est bien d’avoir des connaissances techniques mais que pour être quelqu’un de libre et ouvert, il était important d’avoir des connaissances dans d’autres domaines. C’est parfois une lutte, mais il y a aussi de très belles surprises. » 








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