Anne Esnault : Ligne directrice


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le Samedi 22 Octobre 2016 à 07:45


Arrivée d’Arras (Pas-de-Calais) au printemps dernier, Anne Esnault a pris ses fonctions de directrice des Musées d’Angers à la suite d'Ariane James-Sarrazin. Un impossible défi ? "J’ai eu des prédécesseurs et j’aurai des successeurs. L’idée est d’écrire un nouveau chapitre" relativise-t-elle. Rencontre.



« Je garde le souvenir de quelqu’un de passionné, de volontaire et d’obstiné, qui croit en ce qu’elle fait », se souvient Christophe Serieys, directeur général adjoint de la ville d'Arras au pôle culture et attractivité du territoire.
« Je garde le souvenir de quelqu’un de passionné, de volontaire et d’obstiné, qui croit en ce qu’elle fait », se souvient Christophe Serieys, directeur général adjoint de la ville d'Arras au pôle culture et attractivité du territoire.
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La ligne d’argon se brise à angles calculés sur la façade du Musée des Beaux-Arts. « Pi piquant de façade, 1=12° », le zigzag bleu de François Morellet, aide les Angevins à ne pas se cogner au bâtiment lorsqu’ils errent dans la nuit. Anne Esnault, locataire des lieux depuis la fin mai, n’est a priori pas fan de ces tubes lumineux, marchant sur des oeufs lorsqu’il s’agit de livrer son regard sur l’oeuvre de l’artiste, disparu en mai dernier. « Je ne suis pas spécialiste de l’art contemporain. Je comprends la démarche mais, à titre personnel, je préfère les choses plus gestuelles, plus colorées. Même si François Morellet est un artiste important, lié aux Musées d’Angers ».

Anne Esnault préfère d’autres lignes : celles, classiques, d’Ingres ; romantiques, de Delacroix ou indécises, de Chassériau. La période « Restauration-Monarchie de Juillet » est sa spécialité. « Ce siècle invente la modernité. Le 19e est sans complexe par rapport à nos sociétés. A cette époque, il y avait cette foi que demain serait plus beau qu’aujourd’hui ». Etudiante, elle mène ses recherches sur Jean-Baptiste Mauzaisse, portraitiste de cette époque, et tisse un premier lien avec Angers qui abrite une huile du peintre : « Arabe pleurant son coursier ». 

Lorsqu’elle égraine son parcours, on dirait que l’ancienne directrice des Musées d’Arras est encore en entretien, adossant à chaque ligne de son CV les compétences qu’elle en a tirées. Nul besoin pourtant d’argumenter quand elle évoque l’opération de récolement de 32 000 oeuvres et le projet « Versailles à Arras » qu’elle a dû prendre en main lorsqu’elle est arrivée dans les désormais Hauts-de-France, en 2011. « Je garde le souvenir de quelqu’un de passionné, de volontaire et d’obstiné, qui croit en ce qu’elle fait », se souvient Christophe Serieys, directeur général adjoint de la ville au pôle culture et attractivité du territoire. « J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec elle. J’ai appris à son contact », renchérit dans les Hauts-de-France Matthieu Lamoril, l’adjoint au Patrimoine.
 
Les musées existent depuis des siècles et la notion de temporalité est donc très relative dans nos métiers.

A Angers, sa prédécesseure place Saint-Eloi aura, elle aussi, marqué les esprits et, si la question de l’héritage d’Ariane James-Sarazin est inévitable, la réponse est, elle, on ne peut plus claire : « Je ne m’inscris ni en rupture, ni en continuité. Les musées existent depuis des siècles et la notion de temporalité est donc très relative dans nos métiers. Aujourd’hui, je suis directrice des Musées d’Angers mais j’ai eu des prédécesseurs et j’aurai des successeurs. L’idée est d’écrire un nouveau chapitre ». 

Rendre plus visible les partenariats, développer le mécénat, ouvrir aux publics… un programme sage envisagé avec raison. « Je n’ai pas une conception comptable et rabat-joie des choses mais il faut s’adapter aux moyens ». Elle ne parle pas d’audit, préfère dire « état des lieux », sans pour autant s’avancer : « Je passe du temps à rencontrer les équipes et les partenaires. Je me focalise sur cette partie humaine : il y a des étapes qu’il ne faut pas brûler ».

Rennaise d’origine, Anne Esnault est heureuse d’avoir retrouvé son Ouest. « L’Atlantique me ressource beaucoup » – elle le rencontre à La Baule et aux Sables d’Olonne. Discrète sur la sphère privée, Anne Esnault livre tout juste qu’elle préfère la musique classique aux musiques actuelles, qu’elle lit des polars et de la science-fiction et qu’elle n’a pas de pratique artistique. « Ma part créative, c’est la décoration ». Elle flâne dans les brocantes et chez les antiquaires. Studieuse, elle aura souligné en préambule que conservateur est un métier de passion et que, par conséquent, « quand on aime son métier, le cerveau continue de travailler même après la fin de la journée ». Telle est la ligne directrice d’Anne Esnault.












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