Ariane James-Sarazin : "Les musées qui vivent sont des musées qui s’enrichissent"


Rédigé par Sébastien ROCHARD - Angers, le 09/02/2013 - 08:09 / modifié le 11/02/2013 - 09:11


Directrice des musées d’Angers depuis l’automne dernier, la Toulousaine d’origine s’inscrit dans un projet à long terme, pour exploiter pleinement les richesses des collections angevines. Voici, en quelque sorte, sa profession de foi.



Ariane James-Sarazin, directrice des musées d’Angers.
Ariane James-Sarazin, directrice des musées d’Angers.
Quelles sont vos premières impressions sur la ville d’Angers, après quelques mois passés ici ?

"J’ai tout de suite eu le sentiment d’une ville de plain-pied, à portée de main, peut-être parce que j’ai vécu 20 ans à Paris, où tout est plus immense. L’autre chose qui marque, c’est le patrimoine d’Angers, riche, où l’histoire est particulièrement présente. Tout ça donne un ensemble de grande qualité, mais j’ai l’impression que les Angevins ne font pas savoir tout le potentiel d’Angers. Ce sera aussi le sens de mon travail ici".

Cette remarque générale sur la ville est aussi vraie en ce qui concerne les collections des musées ?

"Je crois. Dès mon arrivée, j’ai visité les réserves des différents musées. Et je vous assure que les collections d’Angers sont encyclopédiques. Il y a là des œuvres qui ont trait à la vie quotidienne en Anjou, mais aussi aux sciences, aux arts, à l’histoire, à l’archéologie, à de nombreuses civilisations extra-européennes. De l’Antiquité jusqu’à nos jours, de l’Extrême-Orient à l’Amérique".

Exploiter ce potentiel, c’est votre ambition première pour les Musées d’Angers ?

"Il faut faire les choses dans l’ordre. Le premier objectif, à court et moyen terme, est classique mais fondamental : c’est un travail d’enrichissement. Les musées qui vivent sont des musées qui s’enrichissent. C’est le sens de l’achat de L’Amour à l’espagnole de Leprince, dès mon arrivée à la tête des musées. J’ai bien conscience, dans le contexte actuel, que les priorités des collectivités peuvent être ailleurs. Mais la culture est un ciment excessivement profond de la cohésion. Elle permet de se projeter".

Quels chantiers allez-vous mener dans les mois qui viennent ?

"Je présenterai avant l’été mon projet complet pour les Musées d’Angers, mais les priorités sont claires. A la base de tout, il y a le recolement des collections, qui a pris beaucoup de retard. Qu’avons-nous exactement sous la main. Le second chantier est dans le même ordre d’idées : il s’agit de développer un projet de réserves. Celles que nous avons actuellement sont saturées et ne réunissent pas les conditions nécessaires à la bonne conservation des œuvres. Il va falloir y remédier".

Vous avez déjà en tête quelques pistes de développement des Musées d’Angers ?

"D’une manière générale, il faut que les Musées d’Angers sortent de l’entre soi. Ca veut dire que les cinq musées doivent dialoguer entre eux : on peut interroger des collections très différentes à partir d’un questionnement commun. Ça veut aussi dire qu’il va falloir systématiser les relations des musées avec les autres partenaires de la Ville, mais aussi développer les liens avec le monde du travail et de l’entreprise. Plus avant, les Musées d’Angers doivent s’insérer beaucoup plus qu’aujourd’hui dans un réseau national et international. C’est en partie le sens de mon recrutement".

Vous aimeriez également une plus grande ouverture en direction du public ?

"Oui. Il faut désacraliser les visites au musée. Ça passe notamment par un développement de la politique numérique : on doit pouvoir consulter les collections du musée sur le site internet. Mais ça passe surtout par une sortie hors de nos murs. Il va falloir trouver des moyens nomades pour investir la rue et les quartiers. Je trouve très bien que les grandes institutions parisiennes se déplacent en province pour faire découvrir au plus grand nombre leurs collections, mais c’est dommage que les musées locaux ne le fassent pas dans leur propre environnement".


















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