Ateliers d'Angers : blogueurs en herbe !


Rédigé par Blog Ateliers d'Angers - Angers, le Lundi 29 Août 2016 à 20:10


Pour la 3e fois consécutive, après les Ateliers d'Angers 2015 le dernier festival Premiers Plans, au mois de janvier dernier, 13 jeunes volontaires de 15 à 30 ans, férus de cinéma, portent leur regard sur les films présentés lors de la 12e édition des Ateliers d'Angers, qui se déroulent jusqu'à mardi soir. Ils sont accompagnés dans leur premiers écrits par Gwenn Froger, journaliste culturel et Morgan Pokée, critique de cinéma. Ce sont quelques-unes des productions de leur blog dédié que nous vous proposons ici.



"Dear Kid", de Nina Kempff, sous le feu des critiques des jeunes blogueurs, durant les Ateliers d'Angers.
"Dear Kid", de Nina Kempff, sous le feu des critiques des jeunes blogueurs, durant les Ateliers d'Angers.
la rédaction vous conseille
"Dear Kid", de Frida Kempff

Dans les eaux troubles du doute

Les yeux baissés d’un petit garçon contre le regard scrutateur et suspicieux d’une femme. Tout le film tient là, dans ce contrechamp. C’est ce regard qui trompe, juge, évalue, ce même regard que partage le spectateur sur une situation banale, oui très banale, celle d’une leçon de natation. Mais cette leçon de natation prend une toute autre valeur, ou tout du moins la trajectoire de l’un des personnages va être mis en exergue par un soupçon terrible.

Le court métrage a été réalisé, aux dires de la réalisatrice suédoise Frida Kempf , dans le cadre d’un projet autour des attouchements sur mineurs. Il est presque dommage d’avoir cette information préalable, car elle conditionne notre regard à ce qui relève du défi du film : créer le doute par la mise-en-scène là où le scénario ne fait pas de choix explicite. En effet, une mère accompagne sa fille à sa leçon de natation, et elle soupçonne le maître nageur d’avoir des intentions déplacées envers l’un des garçons du groupe.

Le point de vue adopté est donc celui de cette mère, face à une situation qui fait appel à son propre instinct maternel, à tel point que sa propre fille disparaît du cadre pour peu à peu céder sa place au garçon supposément victime d’attouchements. Cependant, rien n’est dit, rien n’est montré. Par un long jeu de champs-contrechamps, le spectateur est forcé d’adhérer au point de vue unique de la mère. Hors, ce point de vue est épuré au possible, c’est à dire qu’il joue de la désinformation totale sur le spectateur, et le laisse sujet aux écarts d’interprétation possible et alors peut-être dévastateurs de la mère.
 
La désinformation du personnage, et de fait du spectateur, laisse place au doute, à l’incertitude. Dès le premier plan relativement long, serré, et encore une fois pauvre en informations, le malaise est distillé. L’angélique enfant est soumis aux mains d’un adulte dont on ne connaît l’identité ou le visage, mais qui se révèlera être le maître nageur. Plus tard, alors que ce dernier enseigne au garçon l’art du plongeon, le plan serré se concentre sur le contact des mains de l’homme sur le corps du garçon, et l’on croit lire sur son visage une peur refoulée. La promiscuité des corps révèle toute l’ampleur de l’ambiguïté du film : et si cette manipulation de corps n’était en fait qu’une expression appliquée du travail du maître nageur ?

Le doute de ce regard paralyse, et les soupçons nous rongent sans que l’on ne bronche. Il s’agit dès lors non plus de partager un point de vue de la mère, mais bien de sentir sa culpabilité, à double tranchant. Si l’on souhaite blâmer l’homme, alors le film nous révèle que nos soupçons sont uniquement fondés sur l’application avec laquelle le maître nageur effectue son travail. D’autre part, ignorer l’interprétation de la mère rendue palpable par les choix de mise-en-scène, serait la source d’une culpabilité profonde. On est donc terrifié par notre incapacité d’agir, et notre statut de spectateur passif se fait écho des vaines tentatives de la mère pour éloigner le garçon d’un potentiel danger. Problème de responsabilité donc, mais aussi et surtout, problème de véracité, qui relève de l’efficacité des choix de la réalisatrice.
 
Tant est si bien que ce doute si soigneusement distillé nous laisse, comme l’héroïne, entre deux portes de sortie.

Naomi Grand

Eaux troubles

Le premier plan de ce film nous plonge d'emblée dans un univers angoissant. On observe un jeune garçon torse nu, frêle, le regard vide, sous les mains d'un homme.

C'est dans un lieu banal que le court métrage se déroule : la piscine municipale. Une mère emmène sa fille au cours de natation encadré par cet homme. Elle joue un rôle clé dans le film : l'espoir de soupçonner quelque chose. Cette femme ressent un danger. Pour le spectateur c'est un peu l'héroïne du film qui essayera d'aider le garçon potentiellement en détresse. Dans chaque plan, on voit dans les yeux du jeune de la tristesse et son visage est livide, on implore naturellement de la pitié pour lui. Frida Kempf utilise principalement des jeux de regard entre les personnages, des silences, et un contexte de la vie quotidienne. Le tout est donc pensé et mené minutieusement. Chaque regard appelle à l'aide et chaque plan nous rend impuissant.

Tout au long du court métrage la femme guette le moindre fait et geste autour d'elle, tout comme nous, spectateurs. Le maître nageur touche beaucoup l'enfant, ses gestes nous dégoutent sans pour autant qu'ils soient mal placés. On attend continuellement un signal d'alarme pour agir. À travers les yeux graves de la mère la scène devient ambiguë. On s'identifie à cette femme, en tant qu'humain d'abord, fasse a l'impuissance, les doutes, et enfin en tant que mère prête à tout pour protéger son enfant.
 
Le message du film n'est rien d'autre que de dénoncer l'abus sexuel et nous rappeler qu'il peut être partout autour de nous, sans pour autant le voir explicitement. L’ingéniosité de la réalisatrice est de livrer ce message sans forcément frapper le spectateur avec des scènes choquantes ni malsaines.
 
Lisa Clément

On pourrait croire à un court métrage contant la douce vie de l'enfance mais s'il était question d'un harcèlement sexuel ? Frida Kempff, habile, joue avec les mots qui font parfois peur sans tomber dans les clichés.

Le décor ?...rien de mieux qu'une piscine ! Les rôles ? Un maître nageur, une mère et des enfants ! Entretenant tous, de manière différentes, l'identification du spectateur à l'acteur.

Maintenant, imaginez-vous déposer votre enfant à son cours de natation comme toutes les semaines. Vous ne pouvez venir le chercher, vous vous entendez avec le maître nageur pour qu'il puisse vous le déposez... Mais si cet homme était malhonnête et profitait de votre fils, vous ne pourrez donc réagir !

A présent, mettez-vous à la place d'une mère témoin...Que feriez-vous ?

Comme dirait Françoise Dolto, "On traumatise par le silence, on traumatise par le non-dit beaucoup plus que par le dit". C'est sans doute ce qu'à voulu faire la réalisatrice laissant une ambiguïté profonde sur la question de réagir lors d'un abus sexuel ! Aucune scène de harcèlement n'est dévoilée mais les contres-champs inclinés sur les expressions de la mère nous soulignent les principales indications !

Alors, devenez le "spectateur policier" pour essayer de démêler la vérité !

Nina Pirecki

Retrouvez l'ensemble des critiques de l'atelier sur le
blog dédié












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