Au Champ de Bataille, ce qui ne "tue" pas rend plus forte


Rédigé par Cyrille GUERIN - Angers, le Samedi 8 Mars 2014 à 23:54


"Je me suis tue", une pièce féministe mise en scène par un homme - Jean-Claude Drouot - était à l'affiche du Théâtre du Champ de Bataille cette semaine. Où une pimpante et touchante quasi-nonagénaire, Momonne, raconte sa vie avec feu Amédée. La parole libérée de celle qui n'a plus peur.



Seule en scène, Odette Simonneau incarne Momonne (photo Aude Weck).
Seule en scène, Odette Simonneau incarne Momonne (photo Aude Weck).
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"Toutes les veuves sont belles". Cet apax entendu dans la saison 3 de "Wallander" nous avait, avec retenue et distance, bouleversé. C'est tellemet vrai. Evident. A tel point qu'on ne le remarque plus. Pour Momonne, unique protagoniste de "Je me suis tue', cette phrase est plus qu'adéquate. Mieux, elle se fait, via le discours marxiste en creux qui visite parfois la pièce, indémodable.

En cette Journée des Droits des Femmmes, de chacun en somme puisque nous sommes tous un peu femellles, femen n'en déplaise à M.Derville, Odette Simonneau, actrice seule en scène de 87 ans et aux convictions bien trempées, tellement jeunes, pourrait être un étendard. Se livrant, à travers Momonne, à un exercice libératoire, à une parole décomplexée mais vertueuse.

MLF : mouvement de libératon de l'infâme, celui d'un mariage. Raté. Comme il s'en pratiquait beaucoup dans les années 30, 40, 50. "Je me suis tue" compile des histoires vécues que son créateur, Ricardo Montserrat, a recueillies dans des maisons de retraite. Momonne synthétise tous ces témoignages.

On pourrait tomber dans un trip type ancienne combattante, on pourrait craindre une pièce inoffensive pensée pour un public exclusivement "séniors". Tous ces écueils heureusement évités, esquivés, on les redoute en arrivant.

On se rend vite compte qu'on n'est pas dans la condescendance, dans le rire de circonstance. On se dit certes que tout cela - l'épouse soumise, sous le joug du Sydrôme de Stockholm conjugal, c'est du passé, que la condition féminine s'est améliorée. Seulement voilà : en 2014, comme Momonne il y a 60 ans, des femmes sont encore battues par leur conjoint, ici en France.

"A présent, elle veut vivre"

Dans la salle du Champ de Bataille, peu à peu les spectateurs et trices devinent ce qui se trame sous cette couche de souvenirs à la fois tendres et souvent humiliants. Momonne n'a pas de prénom. Amédée, son défunt conjoint, ne l'a jamais appelée par celui-ci. L'alcool a tout emporté. Prénom de l'autre déconsiderée, illusions, compromis et on en passe ont été oubliés avec la robe d'une mariée qui, comme le chantait Daniel Darc, "est maculée de sang".

Pendant une heure vingt, Momonne fait son lit avec application. Se couche-t'elle pour autant ? S'est-elle tue pour autant ? "Je n'étais rien, lance-t'elle au milieu de la pièce, je me suis tue". Et pourtant même battue par Amédée, par ailleurs syndicaliste voyant ses convictions déjà se dissiper, déjà bouffées par un patronat rapace et des camarades abdiquant -toujours d'actualité, ça aussi, Momonne sait encore répliquer: "Puis-je te considérer comme un homme toi qui es incapable de me faire un gosse ?".

Les coups cessent. De battre, le cœur de l'être aimé finit par s'arrêter. La veuve découvre alors "un monde qui n'a cessé de grandir". Elle arrose cela d'une choucroute et d'un excellent vin. La voilà libre et libérée. Elle n'était rien, avait une presque vie. Elle devient tout.

Oui, il y a bien quelques cartes postales que son homme un peu veule lui envoie depuis l'au-delà, il y a même des prétextes tentant d'expliquer pourquoi il et elle en sont arrivés là. "L'odeur du café" est ainsi avancée. On se raccroche aux branches d'un échec comme on peut. Le lit est maintenant terminé. Ce n'est pas celui sur lequel on déposera le corps inerte de Momonne. Car à présent, elle "veu[t] vivre". Et cesser de dormir.

Proverbe juif : "Si vous voulez que vos rêves se réalisent, ne dormez plus".









1.Posté par Ricardo Montserrat le 09/03/2014 09:45 | Alerter
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Merci à la journaliste d'Angers Mag, pour cette magnifique critique, ce regard juste et sensible, sur ce texte que j'ai écrit, qui n'est pas seulement fait de "témoignages" mais aussi de tout ce que j'ai ramené du Chili du combat que j'ai mené auprès des mères, femmes et veuves, sous la dictature. J'ai essayé de montrer le rapport qu'il y a entre la dictature familiale, la violence exercée à l'intérieur du couple, et la violence politique, idéologique.
En amitié,
Ricardo Montserrat,
auteur drama...

2.Posté par aquinus le 10/03/2014 22:54 | Alerter
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qt[[...]un mariage. Raté. Comme il s'en pratiquait beaucoup dans les années 30, 40, 50]qt
C'est sûr que nous vivons une époque formidable avec peu de mariage raté. 45% de divorce en 2011 en France, c'est une vraie réussite.








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