Au Festival d’Anjou, du cannibalisme électro-rock plein de goût


Rédigé par - Angers, le Mardi 1 Juillet 2014 à 13:23


Une fois n’est pas coutume, le concours des Compagnies du Festival d’Anjou s'est ouvert lundi sur une soirée théâtrale, musicale et même gastronomique. Une surprise aux petits oignons, appréciée par un public qui, par l’odeur alléchée, imaginait bien pouvoir passer à table. Avant de découvrir qu'au menu, c'est de chair humaine qu'il était question. Beurk…



Au Festival d’Anjou, du cannibalisme électro-rock plein de goût
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Surprenant, c'est le minimum pour parler du spectacle présenté sous les murs du Plessis-Macé lundi soir par la Compagnie Le Fouic Théâtre, dans le cadre du Concours des compagnies. Adapté du livre éponyme de Jean Teulé, un des piliers du cultissime « Écho des Savanes », « Mangez-le si vous voulez » narre sur fond de musique électro, l’histoire tragique d’Alain Romuald de Monéys d'Ordières, jeune périgourdin tiré au sort pour suivre Napoléon lors de la guerre de 1870 contre les Prussiens.

Ce fils de notable se rend à la foire de Hautefaye, le village voisin où il rencontre des personnes de connaissance qui le dissuadent de partir, lui conseillant même d’échanger son numéro, contre une somme d’argent, un usage courant à l’époque. La France est en crise et des rumeurs circulent jusqu’au plus profond des campagnes sur la présence d'espions prussiens sur le territoire et sur une collusion possible entre les nobles et les prêtres pour conspirer contre l'Empire. À cela s’ajoute la sécheresse que rencontrent les paysans, dont certains en attribuent là encore la faute... aux Prussiens.

Dans ce contexte collectivement paranoïaque, le jeune de Monèys qui veut absolument rejoindre l’empereur est alors désigné comme un espion prussien, par la vindicte populaire. Lynché, torturé et brulé vif par des habitants du village, son corps sera même soumis à des actes de cannibalisme sur sa personne. Ce fut l’une des premières affaires criminelles connues, pour laquelle les auteurs furent condamnés à mort pour certains et envoyés au bagne pour d’autres.

Cette affaire qui n’est pas sans rappeler la « peur du Juif » véhiculée par les nazis et les antisémites avant la dernière guerre, où celle plus proche de nous, des Roms, démontre que la rumeur, la lâcheté et la bêtise des braves gens, le fascisme, sont universels et donc transposables à toutes les époques.

Sans s’enfermer dans le contexte historique, la compagnie Le Fouic Théâtre a su mettre en musique et en odeur cette histoire. Sur scène elle fait cohabiter une cuisine « vintage », dans laquelle une ménagère moderne, « Madame tout le monde », fait cuire en direct des oignons et des pop-corn et un duo de musiciens électro-rock en costume noir, censés symboliser les « braves gens ». Au milieu, le jeune de Monéys, qui endosse son rôle et celui de ses bourreaux, se débat jusqu'au four de la cuisinière où il termine. « Pour ne pas perdre » - les temps sont durs -, ses cuisiniers récupèrent sa graisse fondante pour la mettre sur des tartines,

La musique suggère l’atmosphère et traduit la violence de ces actes de barbarie. Et l’affaire est tellement bien menée, avec juste ce qu’il faut de cynisme et d’humour noir que le public s’esclaffe de l'horreur et de la tragédie. Et de la propre animalité de ses semblables. Comme quoi, les braves gens peuvent rire de tout même du malheur des autres. Même si en y regardant de près, personne ne sort vraiment indemne de cette interprétation pleine d’audace.






Yannick Sourisseau
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