Au coeur des Ateliers d'Angers (2/3) : deux journées en enfer


Rédigé par Cyril SIMON - Angers, le Jeudi 28 Août 2014 à 18:39


Les Ateliers cinéma d'Angers (23-30 août), c'est aussi, depuis quatre ans, un laboratoire éphémère de réalisation de documentaires ouvert aux amateurs et professionnels. Mélina, Maria et Emmanuel, l'un des six groupes sélectionnés, ont choisi de consacrer leur travail à Béatrice, une retraitée angevine non-voyante, le temps d'un trajet de la place Lafayette au centre-ville d'Angers. Un projet sensible et original qu'Angers Mag suit jusqu'à sa projection aux 400 Coups samedi matin. Après un tournage placé sous le signe de la délicatesse, second volet consacré à l'éprouvante étape du montage.



L'équipe au complet. De gauche à droite, Maria, Emmanuel et Mélina.
L'équipe au complet. De gauche à droite, Maria, Emmanuel et Mélina.
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Il s'en est passé des choses depuis mardi après-midi... Le soir même, avec l'aide de Xavier Liébard, l'un des deux responsables du labo, ils ont visionné l'ensemble des prises à l'hôtel Lancreau puis sélectionné les meilleures. Cette étape fondamentale, que l'on appelle dérushage, les a obligé à changer quelque peu l'écriture : "On voulait terminer le film sur l'image de Béatrice s'asseyant dans une salle des 400 Coups. Cela aurait été un beau clin d'oeil pour les spectateurs. Malheureusement, on a été dans l'impossibilité de tourner cette séquence", explique Emmanuel. Au grand regret de Mélina, qui tenait beaucoup à cette chute...

La fabrication d'un documentaire comme d'une fiction est pleine d'imprévus, notamment lors du choix des rushes. Le tout, c'est de savoir s'adapter, surtout lorsque le temps ne joue pas en sa faveur. "Pour un documentaire de 52 minutes, on dispose en moyenne de six semaines. Ici, vous ne disposez que de deux jours pour dix minutes. Faîtes le calcul" rappelle Cécile Guillard, la monteuse du labo. Elle rassure néanmoins l'équipe : "Vous avez une écriture déjà bien structurée, c'est le principal".

Béatrice les a quitté la veille. Ils ne la reverront que samedi. D'ici là, silence radio, la surprise doit être totale...

Du silence noir à la cacophonie

Dès le mercredi matin, le sentiment de courir après le temps commence à poindre le bout de son nez. Les premières cernes apparaissent, mais Maria préfère en sourire. Cette phase décisive qu'est le montage n'arrange rien. Confinés dans le "bunker" de l'ISCEA, l'institut d'information et de communication de l'UCO, ils manient du mieux possible le logiciel Final Cut Pro sur un écran massif de la marque à la pomme.

Avec en tête, toujours la même ambition : "Préserver l'émotion et la fragilité. On doit rentrer par son monde à elle" rappelle Emmanuel. Le bruit de l'ascenseur, les chaussures en caoutchouc, la sonnerie du tramway, un morceau de piano improvisé devant le Grand Théâtre, chaque élément s'ajoute progressivement à l'image. Déconstruire l'univers urbain pour mieux ré-créer celui de Béatrice.

Passer du silence noir à la cacophonie : un exercice ultra-technique qui nécessite patience et minutie. "Synchroniser", "tailler, "dupliquer", il y en a pour tous les goûts. Et surtout, attention aux faux raccords.

Le cinéma pour tous

Ajouter à cela qu'à trois jours de la projection au cinéma de la rue Claveau, les interrogations s'accumulent. La première : comment rendre ce film le plus accessible possible aux non-voyants ? Mélina, qui s'attèle au générique, suggère de tout traduire en braille. Si l'idée ravit Emmanuel, l'ancienne élève de l'école de cinéma de Cuba, Maria, est plus sceptique : "Cela ne parlera qu'aux personnes voyantes. C'est seulement visuel. On ne peut pas toucher l'écran". "- Oui, mais on interpelle les spectateurs. Mon fils, par exemple, verra ce que c'est, concrètement, le braille" rétorque-t-il. Compromis quand tu nous tiens...

Mais ces questions de point de vue et de sensibilité personnelle ne dénaturent en rien le dessein final : profiter de cet atelier pour promouvoir le cinéma pour tous. Béatrice en tête, qui croit en l'avenir de l'audio-description dans les salles de cinéma: "Il y a deux à trois séances par trimestre aux 400 Coups (seul cinéma à en proposer à Angers NDLR), mais cela progresse au fil des années". Timidement mais sûrement.

Et le titre, on en parle ? Jungle urbaine ? Reconstruction ? 4 sens ? Parcours sonore ? Aucune proposition ne fait l'unanimité. Cécile préfère s'en remettre au hasard : "Écrivez tous les titres sur des post-it, collez-les sur la vitre. Avec la transpiration, ils vont se mettre à tomber. Et le dernier qui reste, c'est le bon". Rires dans l'assistance. Combattre le mal par le rire. Il faut bien cela pour tenir jusqu'à 22h, heure du couvre-feu ce mercredi.

"Mélina apporte de la fraîcheur et de l'énergie"

L'histoire se répète le jeudi. "Heureusement, Mélina est là pour apporter une énergie et une fraîcheur qu'on n'a plus forcément, nous les adultes. Maria et moi sommes tous les deux dans le consensus. C'est souvent une bonne chose", analyse Emmanuel, "mais parfois, on perd du temps à vouloir être trop gentils l'un envers l'autre". Sans oublier les quelques soucis de langue qui rajoutent du "piment".

Ce soir-là, ils risquent de terminer tard, très tard. Sur les coups de minuit... s'ils sont chanceux. Vendredi, c'est journée de repos, grasse matinée en prévision. Pendant ce temps, Xavier et Cécile s'occuperont de peaufiner et d'exporter les films de chaque groupe, avant la projection du lendemain.

Suite et fin de cette aventure samedi donc. Rendez-vous à 10h30 pour les plus curieux aux 400 Coups. La séance est ouverte au public.

Retrouver le premier épisode ici.

Le laboratoire des Ateliers Premiers Plans en quelques mots
Pour sa quatrième session, six films documentaires seront réalisés par des équipes de 3-4 personnes. Chaque groupe est composé d'amateurs et de professionnels. D'une durée de dix minutes maximum, ces créations devront composer autour du thème "Cris et chuchottements". Le réalisateur Xavier Liébard et la monteuse Cécile Guillard interviendront tout au long de la semaine.

Programme de la semaine :
Samedi 23 août (9h30-18h30 à l’hôtel Lancreau) : présentation, préparation et écriture
Dimanche 24 août : préparation écriture et premiers éléments de tournage
Lundi 25 et mardi 26 août : tournage en autonomie
Mercredi 27 et jeudi 28 août (9h30-19h30 à l’ISCEA à l'UCO) : montage
Samedi 30 août (10h30 aux 400 coups) : présentation publique des réalisations












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