Austin Week : "Un navire qui rend le monde plus petit"


Rédigé par Kevin CURTIN - Angers, le Samedi 24 Septembre 2016 à 08:45


Retour au Texas. Six jours après la clôture de l'Austin Week 2016, l'éditorialiste musical de l'hebdomadaire Austin Chronicle, Kevin Curtin, est rentré chez lui. Associé à la rédaction d'Angers Mag, il revient une dernière fois sur cette semaine de réjouissances dans un article publié jeudi, dont nous vous livrons ici une traduction.



"Austin à l'étranger: (de gauche à droite) Beth Chrisman, Andy Bianculli, Elijah Ford, and Grace Park (copyright : LETITIA SMITH)
"Austin à l'étranger: (de gauche à droite) Beth Chrisman, Andy Bianculli, Elijah Ford, and Grace Park (copyright : LETITIA SMITH)
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L'Austin Week à Angers est passée. Les dignitaires - un cortège de 50 musiciens, artistes, chefs, DJ, professeurs, maîtres yogi, mixologistes et journalistes - ont embarqué à bord d’avions et de trains pour rentrer à Austin. Seul Ethan Azarian est à l’arrière du peloton pour peaufiner une fresque. La peinture, réalisée sur un mur qui longe la Maine, représente une pont reliant la cathédrale Saint-Maurice d’Angers à la tour de la Frost Bank à Austin.

C’est le contraste entre les vieilles pierres en France et le nouvel Austin qui a amusé Azarian. Tout aussi amusant : ce projet semble déconcerter les étudiants de l’université locale dont la mission était de l’aider dans cette peinture. Cependant, comme les compositions qu’Azarian a réalisées au fil des ans dans notre capitale, cette fresque exprime une grande idée d’une façon simple particulièrement, la valeur de la connexion entre deux municipalités très différentes sur le papier.

D’un côté de ce pont transatlantique, on trouve le capitalisme. De l’autre, le socialisme. Bordeaux et baguettes là-bas, Lone Star (bière texane, NDLR) et breakfast tacos (tacos texans, NDLR) ici. Austin est considérablement plus grande, mais Angers est plus vieille. La relation avec notre ville jumelle n’est pas historique, elle a commencé en 2011. Pourtant quelque chose dans cette ville universitaire coiffée d’un château de l’Ouest de la France résonne clairement sur notre territoire.
"Tout le monde ici a le même sentiment : cette expérience est réelle. Elle est réelle à travers la musique, à travers l’art, à travers la connexion avec les gens."
« C’est comme si tu étais à Austin, sauf que les gens parle une langue différente », sourit le barde local Kalu James, qui se produisait trois fois lors de la Austin Week et a joué les traducteurs secouristes pour d’autres musiciens. « Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Tout ce que j’avais entendu c’était "Angers est une ville jumelle d’Austin. Il y a beaucoup de jeunes gens. Il y a de la bonne musique et du bel art". » « J’ai pensé, "Ouais, ouais ouais. On verra". Puis je suis sorti et tout ce qu’ils avaient dit était vrai. Tout le monde ici a le même sentiment : cette expérience est réelle. Elle est réelle à travers la musique, à travers l’art, à travers la connexion avec les gens ».

Des concerts dans des salles, des bars et des parcs publics ont représenté une grande partie de la programmation de ces six jours annuels de culture austinite, avec 25 musiciens d’ATX, qui ont joué à cinq reprises. Parmi les temps forts, on citera le triomphe des ovnis « afrodelic » du Golden Dawn Arkestra sur la scène principale du Levitation France, la 4e édition européenne du rassemblement psyché d’Austin. Alex Maas, le leader des Black Angels, dont la « Reverberation Appreciation Society » co-produit le festival avec le tourneur français Christophe « Doudou » Davy, a aussi fait une grosse impression avec un set solo, alternant entre guitare pop et musique du monde sauvage jouée sur son taishogoto, une harpe japonaise avec cordes et boutons.

D’autres temps forts : l’exquis set d’Azarian et de son acolyte Jeff Johnston « scie tranchante / téléphone sonnant » sur le parvis de la cathédrale; la performance transcendante de Kalu James au Boléro; et chacune des performances de Mood Illusion, une troupe de salon expérimentale menée par le renégat de la pédale Bob Hoffnar, qui sonne comme Bert Kaempfert sous champignons. (…)

Pendant ce temps sur la planète « médias », la chroniqueuse de la radio austinite KUTX a émis depuis une radio associative française, Radio G !, « Playback » (la chronique signée Kevin Curtin, NDLR) a travaillé de concert avec la laborieuse équipe du mensuel alternatif local « Angers Mag » et s’est assis avec une assemblée d’acteurs de la musique - dont Alex Maas et la tourneuse et virtuose du marketing Samantha Phelps, qui organise la Angers Week - pour évoquer la scène musicale austinite.
« Je sais que la musique et la notion de marque ne semblent a priori pas aller ensemble, mais pourtant si », avoue Alex Maas.
​La star la plus remarquable de 2016 est Jai Malano, qui a volé tellement de spectacles que la police française doit probablement être à sa recherche
ATX6, un groupe de compositeurs « maison » emporté dans une série de performances internationales pendant lesquelles ils vivent ensemble et collaborent, a doublement intéressé les Angevins. Leurs concerts ont fait salle comble avec des Français apparaissant pour voir l’Americana rugueuse de Beth Chrisman, le rock chaleureux d’Elijah Ford, l’indie folk terreuse de Grace Park du groupe The Deer, les compositions « Beatelesques » d’Andy Bianulli et la sirène blues Jai Malano. Tate Mayeux a dû annuler après s’être fait hospitaliser pour pneumonie, laissant l’organisateur Chris Brecht endosser le rôle de la sixième personne.

(…) Plus la semaine avançait, plus j’ai apprécié le pack de ces six musiciens au complet, mais celui qui m’a le plus soufflé a été le leader de Star Parks, Bianculli, dont la pop triste et éblouissante m’a touché au coeur. 

La star la plus remarquable de 2016 est Jai Malano, qui a volé tellement de spectacles que la police française doit probablement être à sa recherche. (…) « L’aspect le plus stimulant de cette expérience est de travailler avec des musiciens d’univers différents sans ne les avoir jamais rencontrés avant », réfléchit Malano.

« On peut penser que ce serait comme un « pickup band » (groupe éphémère de musiciens qui ne se connaissent pas), mais même un « pickup band » est habitué à ta couleur musicale. Un groupe de blues peut jouer du blues, mais là ce n’est pas ça. C’est de l’indie rock, de la folk, du bluegrass et ça ressemble à peu près aux Beatles. Et puis il y a moi au milieu ». « Je ne sais pas à quoi Chris (Brecht) a pensé, mais je suis contente qu’il y ait pensé », poursuit-elle. « Je n’aurais jamais eu des conversations avec ces personnes s’il ne nous avait pas réunis. »

Chris Brecht appelle cela son « expérimentation sociale », tout en regardant ce groupe interagir dans sa résidence aux allures de château, devenu l’endroit rêvé pour les fêtes et les jams sessions tardives, pour tous les loups-garous américains venus en France. C’était comme regarder une saison de « The Real World » en accéléré : de profondes amitiés rapidement forgées, des débats frappant comme la foudre, de la folie imprévisible, et des moments d’inspiration en or, nés de moments fugaces lors desquelles chaque membres a endossé un rôle : la gardien de la paix, la mère au foyer, le fouteur de merde, le mec distant imperméable à ce théâtre.

« Je suis une chanteuse », sourit Jai Malano. « C’est mon instrument. La chanteuse est la reine; elle a toujours sa propre loge et un tapis rouge. Ici, je suis dans la même merde que ces gars-là et ce n’est pas une mauvaise chose. C’est en fait une très humble et belle expérience ». « Ils sont en train de faire des tests face au micro », dit Chris Brecht, qui film le voyage pour une série documentaire. « Leurs attentes sont testées et, plus important, leurs personnalités sont testées derrière des portes fermées. Ici ils sont obligés de se lier avec autrui, de travailler avec autrui. C’est la dynamique familiale dans laquelle tout le monde est remis en question qui peut être fatigante, mais c’est l’indéniable beauté d’un projet dans lequel vous mettez six leaders, chanteurs, personnalités pour qu’ils travaillent ensemble et créent quelque chose qui les unit ».
« Il y a beaucoup de larmes et beaucoup de rires et beaucoup de progression »
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Austin Week, bien dotée par le gouvernement français, nous a gâtés avec des hébergements et des ressources (n’est-ce pas merveilleux le socialisme ?), pendant que la Angers Week fonctionne sur un financement à quatre chiffres venu du département de développement économique d’Austin et de fonds privés.
"Créer de vraies connections qui dureront plus longtemps qu’une semaine"
Par un lundi matin flou, « Playback » a pris la route en train vers l’aéroport de Paris. A bord, il y a Park, Gallardo, Ford, James, Malano, Maas, Bianculli, and Chrisman. La plupart se dirige vers Austin mais certains poursuivent leur tournée à l’étranger. Tous emportent avec eux quelque chose qui n’est pas dans leurs bagages : des amitiés et des connexions qui se manifesteront dans de nouveaux groupes et de nouveaux concerts tous ensemble, de nouvelles compréhensions interculturelles, et un engagement envers un échange culturel international qui perdurera au-delà des jeunes artistes.

L’échange s’inverse en novembre pour la Angers Week, durant laquelle des groupes français, des chefs et des artistes envahiront le « Lone Star » siège du gouvernement. Austin Week, bien dotée par le gouvernement français (sic !), nous a gâtés avec des hébergements et des ressources (n’est-ce pas merveilleux le socialisme ?), pendant que la Angers Week fonctionne sur un financement à quatre chiffres venu du département de développement économique d’Austin et de fonds privés.

« Je peux prendre des gens à l’aéroport si ça aide », lance Kalu James. « Tout ce qu’il faut pour leur montrer que l’on a apprécié comment ils nous ont traités. Je considère cela comme un navire qui rassemble les gens, rend le monde plus petit, et créer de vraies connections qui dureront plus longtemps qu’une semaine ».

Pour lire l'article de Kevin Curtin en anglais dans le texte c'est ici.








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