"Austin, une ville où chacun peut être aussi étrange qu'il le souhaite"

LA TRIBUNE DU LUNDI #LATRIBUNEDULUNDI - Au cœur d'Austin # 1


Rédigé par Par Samantha C. Phelps, from Austin, Texas - Angers, le 14/09/2015 - 14:35 / modifié le 17/09/2015 - 23:41


Contribuer au débat public sur le territoire angevin et, à notre niveau, participer à l'indispensable vie des idées, c'est l'objet de [La Tribune du Lundi]. Alors que le festival Levitation aura lieu au Chabada vendredi et samedi, l'Austin Week début aujourd'hui, dans les rues d'Angers. Durant toute la semaine, Angers Mag vous propose de découvrir un aspect de la ville texane. Et pour introduire cette immersion austinite, nous avons confié cette tribune à l'une des figures de la vie artistique locale, Samantha Phelps. A la tête du café-concert Stay Gold, dénicheuse de talents, elle lève le voile sur le style d'Austin (Austin Way of Life), sans rien déguiser de ses travers. Découverte.



Chaque soir de la semaine ou presque, le Stay Gold accueille un concert, à Austin.
Chaque soir de la semaine ou presque, le Stay Gold accueille un concert, à Austin.
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« L’ Austin experience » est différente pour chacune des personnes qui y vit ! Certains d’entre nous gravitent autour de la musique, d’autres autour de la tech, du développement économique ou du secteur de l’immobilier. D’autres enfin sont simplement là parce que le festival SXSW est un événement tellement grandiose qu’ils n’ont plus jamais voulu repartir (ce qui arrive très souvent !).

C’est une ville de poètes et de rêveurs et de hippies. Beaucoup de hippies. C’est une ville fun.
Mais aussi transcendante que puisse apparaître l’Austin Experience à ceux qui n’y vivent pas et qui la visitent seulement, il ne s’agit pas d’un grand arc-en-ciel au-dessus de Barton Springs pour ceux qui y travaillent, y vivent et favorisent la scène créative. Mon vécu dans cette ville est fait de hauts et de bas. J’ai été brisée, j’ai perdu plusieurs fois mon emploi et vécu seule loin de ma famille. Mais vivre à Austin m’a aussi appris qu’il y a de la beauté dans toute cette agitation et que le travail paie toujours. Je ne voudrais vivre nulle part ailleurs. Peut-être à Angers ! Mais nulle part ailleurs.
 
Pour moi, Austin est la cité des rêves –pas Hollywood, ni Los Angeles ou New York- mais Austin, Texas. Un point bleu dans une mer rouge où chacun peut être aussi étrange qu’il le souhaite. Quand j’ai déménagé ici en 2010, j’avais quitté mes études depuis un an, poursuivant mon idée de travailler dans l’industrie musicale. Je ne savais pas grand-chose, mais je savais qu’Austin avait plus à m’offrir que ma petite ville universitaire dans l’Illinois. En plus, je mourais d’envie d’avoir un climat chaud et de pouvoir travailler avec des professionnels. Le peu de choses que je connaissais sur ce business me paraît très drôle aujourd’hui. Avec une vague promesse de stage en poche, j’ai quitté mon boulot, déménagé vers le sud et trouvé sur une petite annonce une chambre libre dans une maison avec 5 musiciens.
Je n’avais pas d’argent, pas de voiture et pas de réelle idée de ce que j’allais faire, mais j’avais l’ambition aveugle et un peu stupide de ma jeunesse ! Je passe sur les détails de mes deux premiers mois là bas –j’étais seule, déprimée et pathétique. Pour résumer : le stage n’a jamais eu lieu et j’ai dû trouver un job de barman… ce qui était la meilleure chose qui puisse m’arriver.
"Vivre à Austin m’a aussi appris qu’il y a de la beauté dans toute cette agitation et que le travail paie toujours. Je ne voudrais vivre nulle part ailleurs. Peut-être à Angers ! Mais nulle part ailleurs, sinon..."

Toute la culture d’Austin tourne autour du « keeping it weird », dans la capitale mondiale de la musique live. Pour moi, cette expérience a débuté dans les bars et les scènes miteux d’Austin. J’ai jonglé entre le service au bar et le marketing pour me faire connaître des adresses les plus réputées et respectées de la ville. Par des chemins détournés, j’ai eu exactement ce que j’étais venue chercher à Austin : un job de rêve dans le musique, programmant dans des bars populaires les musiciens que je respecte et que je prends plaisir à écouter. Sur le papier, c’était parfait. Et dans la réalité, la plupart du temps, ce fut aussi le cas.
 
Austin est en train de changer, de manière drastique. A la radio et à la télévision, les intellectuels estiment que la ville accueille 115 nouvelles personnes par jour. Il y a un flot continu de mouvements créatifs et individuels qui veulent prendre part à ce qui rend Austin si spéciale depuis tant d’années. Je pense que ce changement est en grande partie positif : de nouvelles personnalités amènent des idées fraîches, de meilleurs chansons, des films de grande qualité… Ca crée de l’émulation à travers toute la ville et j’adore vivre dans un environnement qui booste la créativité. Qui n’aimerait pas cela ?

Mais ce flot continu d’individus s’accompagne aussi de changements moins profitables : la circulation, la gentrification, les loyers hors de prix… D’un point de vue personnel, je suis « éjectée » financièrement de la ville, et dans mes relations professionnelles, j’ai vu cette année, comme jamais auparavant, de nombreuses adresses à Austin fermer leurs portes en raison de l’augmentation des loyers. Récemment, j’ai appris que mon cher Holy in the Wall, une adresse emblématique –vieille de 41 ans- et avec laquelle je me suis fait les dents sur la scène locale, fermera a priori ses portes début 2016.  Vu sous cet angle, le changement n’est absolument pas positif…
 
Travaillant dans le musique, je suis proche des talentueux artistes qui poussent plein d’autres talents à s’installer ici : musiciens, artistes, poètes ou compositeurs. Tous ces gens sont devenus bien plus que des collègues. Ce sont des amis. Et je vois à quel point les changements à Austin affectent leur style de vie. Je vois combien il est de plus en plus difficile de boucler les fins de mois quand les loyers augmentent en flèche et que le nombre de concerts décemment payés diminue dans la ville.
"La magie qui m’a conduite ici est menacée comme jamais. La créativité et l’originalité sont désormais des marchandises. Est-ce que ça signifie pour autant que je vais abandonner et déménager pour Nashville ? Sûrement pas !"

J’aimerais pouvoir dire que tout est rose dans ma vie quotidienne, maintenant que j’exerce le métier dont j’ai rêvé et pour lequel j’ai travaillé si dur, mais ce n’est pas le cas. La magie qui m’a conduite ici -et qui a inspiré un groupe d’Angevins pour développer Austin Angers Creative et les échanges entre les deux villes- est menacée comme jamais. La créativité et l’originalité sont désormais des marchandises. Est-ce que ça signifie pour autant que je vais abandonner et déménager pour Nashville ? Sûrement pas ! Parce que je pense qu’Austin a besoin de combattants. Austin a besoin de gens comme moi et nos partenaires à Angers. Bien sûr nous ne sommes pas les seuls, mais ça me fait très plaisir de voir le partenariat entre nos villes jumelles se développer et supporter les industries créatives. Nous sommes les chiens de garde d’une scène et d’une attitude que ceux que les tenants du développement à tout-va sont sur le point d’oublier.
 
C’est le revers de la médaille ? Il y en a toujours un. Ceux d’entre nous qui travaillent pour ces bars et adresses ne vont pas ramper sans combattre ! Nous nous adaptons au changement démograhique aussi vite que l’on peut, et continuons à défendre ce qui nous a amené ici, en premier lieu : les salles de bars douteuses, les halls enfumés et les dance-floor usés ; Townes Van Zandt, Blaze Foley, Willie Nelson… et tous les groupes ou artistes qui ont œuvré à situer Austin sur une carte. Cette ville est spéciale. Et je pense honnêtement que quel que soit l’importance du changement du paysage d’Austin, cet esprit battra toujours. Et je suis très heureuse de voir, en France, nos amis se battre aussi fort que nous pour préserver cela. »

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