Avec Gérôme Guibert, le concept de scène déménage


Rédigé par Cyrille GUERIN - Angers, le Mardi 3 Juin 2014 à 23:49


"Après tout, ne suis-je peut-être qu'un intello qui donne dans la branlette?". Lundi vers 21h, cette phrase a bien été prononcée. C'était au Chabada. Son auteur, Gérôme Guibert, est venu causer avec détermination de la sociologie des scènes musicales locales. On n'a pas tout bité. Mes nos méninges ont bien (ap)pris.



Eagles Gift, un exemple contemporain d'une nouvelle dynamique sociologique musicale à Angers ?
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"C'est quand même dingue : ce pays traverse une crise d'identité profonde et ce gouvernement en rajoute une louche". Waouh, mazette ! Pas content Joseph Macé-Scaron de "Marianne" lundi soir sur I-Télé. La réforme territoriale concoctée par Hollande qui a agité et échauffé les esprits vespéraux a tout simplement fait sortir le journaliste de ses gonds. Coïncidence, ou bien problématique dans l'air du temps essoré, cette question de territoire était abordée au même moment au Chabada. Sur 24 pages de notes, le terme de "Territoire" apparaît 6 fois. Celui d'"Identité", 2.

Organisée par Pleins Champs, association responsable de l'Université Populaire, la rencontre drivée par un conférencier, seul en scène, n'a pas drainé la foule des grands jours. Dommage. A l'issue de l'exposé, certains faisaient observer le côté peu catchy du sujet : comment une population et une scène locale grosso modo s'imbriquent. Interrogation pourtant pas dénuée d'intérêts à une époque où la mondialisation effraie plus que la roulette du dentiste : "A cet égard, indique Gérôme Guibert, nous sommes à présent dans l'extrême "local" où chacun demande plus de connexions".

Qu'elles soient touristiques, politiques. L'horizontalité, la demande de reconnaissance et d'égalité ("en France, tout est encore centralisé à Paris") ont là aussi irrigué ce corpus musico-sociologique complexe mais passionnant. L'assistance, tous âges et genres confondus, a pendant une heure eu droit à un one man show stimulant.

Nantes, ville efféminée; Angers, cité noisy ?

Invité par l'Université Populaire d'Angers, Gérôme Guibert a évoqué les liens entre la sociologie urbaine et la notion de scène locale lundi au Chabada.
Invité par l'Université Populaire d'Angers, Gérôme Guibert a évoqué les liens entre la sociologie urbaine et la notion de scène locale lundi au Chabada.
Car derrière son look et une apparence timides, Gérôme Guibert, né en 70 à Nantes, maître de conférence à la Sorbonne Nouvelle (Université Paris 3) "passé sur la scène du Chabada le 5 juin 95", et fondateur de la revue "Volume !", sait se montrer étonnamment volubile. Et opiniâtre. Il faut voir cet adepte de métal et de musiques populaires s'asseoir après un argumentaire délivré dans une passion maîtrisée. Puis se relever, le tout sans avaler une goutte d'eau, pour parler du collectif - point important en cette période d'individualisation -, infatigable. "La scène est un collectif qui représente une logique territoriale", explique celui qui "habite à Angers par accident". Et de citer le grunge de Seattle, la house de Detroit ou la French touch de Versailles. La notion de scène agit tel un point d'ancrage qui forge une identité. Avec, accessoirement, la capacité et le courage de s'en exfiltrer.

"Il y a toujours une interaction entre un lieu et une mémoire collective", ajoute Guibert. De même, "il doit y avoir des différences entre les générations". Quand subitement, il glisse un rien désabusé : "C'est ça qui me saoule à Angers". Ce qui le gonfle ? "Un manque d'opposition frontale avec ce qui s'est fait auparavant". Une carence de renouvellement chez les filles et les gars du bled ? Nantes serait efféminée, pour une certaine doxa limite myso. Et la cité du roi René indécrottablement abonnée au noisy type Thugs, selon d'autres.

On peut tiquer sur la tiédeur de certaines formations actuelles mais il y a chez la plupart indéniablement un dynamisme, une relecture des codes, une non-reproduction patriarcale. Personnellement, je ne vois aucune trace de Thugs chez par exemple Eagles Gift ou Lemon Queen. Questions néanmoins : la sociologie angevine s'est-elle à ce point embourgeoisée que la bande son déversée dans la ville est issue de la seule classe aisée ? La B.O. locale est-elle à l'image d'une certaine jeunesse dorée ?

Petit rappel historique : "Au début des 80's, souligne Guibert, la notion de sous-culture émerge". Composée d'hétérodoxes, "elle s'intéresse à la jeunesse ouvrière proches des mods, des rastas, des skins et des punks". Faisant fi des aliénations, "cette subculture construit de nouvelles solidarités, elle ne trie pas et amène chacun à participer à la dynamique d'un territoire". Ramené à nos temps d'hyper-réseaux, ce substrat de partage, de convergence essaime peut-être de nouveau à Angers.

"Où se retrouvent tous ces gens ?", demande alors Gérôme Guibert d'un air plus posé. "Au T'es Rock", entend-t'on dans la salle. "Au Bar du Quai, peut-être", conclut le prof-rock d'un soir, d'un ton circonspect. Avant de se raviser : "il faut peut-être aller voir du côté des side projects", ces groupes-combinaisons, réunissant des musiciens de différentes formations musicales. Ça tombe bien : ici, ils s'en crée un par jour depuis quelques mois...












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