Babylone piège


Rédigé par Samuel Meeldijk - Angers, le Jeudi 12 Mars 2009 à 16:11




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Babylone piège
L’œuf primordial est une boule à facettes.

En plein désert, là où il est trouvé par trois malfrats, naîtra et mourra Mahagony. Cette ville et l’histoire qui s’y passe, prophétisés par Kurt Weill et Bertolt Brecht en 1930, est une sombre fable sur la capacité de destruction de l’homme vivant par et pour l’argent.

C’est une production de l’opéra de Lausanne repris par Angers Nantes Opéra dont les représentations ont lieu le 10, 12 et 15 mars. L’orchestre national des Pays de la Loire y est dirigé par Pascal Verrot, le chœur d’Angers Nantes Opéra par Xavier Ribes.

Il faut une attention particulière pour suivre la musique de Kurt Weill. Son écoute exige de la concentration et ses dissonances nourrissent une tension qui va crescendo, soutenant l’histoire malheureuse de cette capitale des fantasmes masculins. Heureusement, les voix des interprètes principaux humanisent des sonorités souvent acides. Il est vrai que les envies et sentiments des personnages ne sont pas des plus nobles et que leur humanité est fragilisée.

Nuala Willis a un timbre de voix parfait pour le personnage de Léocadia Begbick. Une vieille femme en recherche du bonheur vraisemblablement, comme tous, mais qui ne sais qu’exprimer l’appât du gain. Une femme perdue et finalement fatiguée de ses propres intrigues.

Le moins fardé de tous est Jim Mahoney, interprété par un puissant Andrew Rees. Il est l’archétype de l’homme qui recherche le bonheur et ne trouve que plaisirs. Plaisirs offerts à la coupe par une ville qui piège ceux qui y goûtent et les obligera à boire jusqu'à la lie.

L’esthétique de la mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser fait directement référence à l’expressionnisme Allemand que ce soit le travail de lumière mené par Christophe Forey qui dramatise fortement la mise en scène ou l’utilisation de texte à la manière des « cartons » d’explications des films muet. Une mention spéciale est à attribuer à Agostino Cavalca pour des costumes et des maquillages très colorés. On retrouve des visages dont les expressions, appuyées par le jeu des chanteurs, les fait droits sortir de tableaux de Kirchner ou Kokoschka.

Sorti de la salle l’esprit encore absorbé par cette histoire tragique il est difficile de ne pas reconnaître l’extraordinaire actualité de cet Opéra. A l’heure ou le capitalisme vacille par trop d’excès, cette œuvre engagée donne froid dans le dos quand au dénouement de notre histoire, à la grandeur et la décadence de notre société.

Amselme











Angers Mag