Barbara Hendricks aux racines du blues


Rédigé par Tristan LOUISE - Angers, le Mardi 8 Mars 2016 à 07:30


La soprano mondialement connue a pris un chemin de traverse blues-jazz depuis une vingtaine d’années. La preuve mercredi sur la scène du Grand Théâtre pour un concert… évidemment complet !



Crédit photo : mattias edwall
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Il est comme ça, Bruno Maurel ! Le président de la CSPO (association pour la Connaissance, la Sauvegarde et la Promotion des Orgues du Maine-et-Loire) et fondateur du Printemps des Orgues, aime se lancer des défis. Le dernier en date se nomme Barbara Hendricks, l’une des divas les plus connues au monde, aux plus de 14 millions exemplaires vendus de 80 albums enregistrés. « Quand j’ai découvert son nouvel album, je me suis dit qu’il fallait la faire venir à Angers. Nous avons profité de sa venue à la Philharmonie de Paris le 12 mars, pour s’arranger sur une date… et réduire un peu les coûts. Il est vrai que c’est une chance et un honneur d’accueillir cette belle et grande dame de l’art ».

Née en Arkansas aux États-Unis, Barbara Hendricks aurait pu très tôt s’initier au jazz et au blues. Mais en tant que fille de pasteur, cette musique profane, voire du diable, n’était pas la bienvenue à la maison. « Je chantais des negro spirituals dans la paroisse de mon père et il était interdit de chanter le blues. Mais les negro spirituals sont les ancêtres de ces musiques ». La suite, les mélomanes, amateurs d’opéras et aussi le grand public la connaissent. La cantatrice Barbara Hendricks a joué sur toutes les plus grandes scènes du monde, avec les chefs les plus célèbres (Barenboïm, Bernstein, Böhm, von Karajan…) et aux côtés des meilleurs musiciens lors de ses nombreux récitals. « J’ai eu la chance d’avoir une voix naturelle. Je n’ai pas eu besoin de faire ma voix, juste de la respecter. C’est pour cela que j’ai toujours eu cette technique pour chanter le blues ; je n’ai jamais appréhendé ce répertoire comme quelque chose de difficile. C’est certes parler une autre langue mais l’ambition est la même : il s’agit de partager des émotions avec un public ».
"Je n’ai jamais appréhendé ce répertoire comme quelque chose de difficile. C’est certes parler une autre langue mais l’ambition est la même : il s’agit de partager des émotions avec un public"

Si la soprano a ajouté le blues à son large répertoire, c’est une histoire de voisinage. Quand son voisin de Montreux, le créateur du célèbre festival de jazz, Claude Nobs, découvre sa passion pour Duke Ellington, il l’incite à monter sur scène. En 1994, Barbara Hendricks donne son premier récital jazz. Une sorte d’évidence pour une chanteuse qui ne sépare pas les musiques : « Chanter Mozart ou « Strange Fruit », c’est pareil. Il y a des différences entre les musiques comme il y a des différences entre l’art de Mozart et celui de Haydn, entre celui de Beethoven et de Fauré et Debussy. Mais je ne fais pas de différence de valeur entre eux et pas plus entre musique classique et jazz ».

Chanter le blues a une autre portée que celle artistique pour la diva très engagée. Comme elle le dit dans un texte illustrant son album Blues Everywhere I Go : « Le blues est né dans les plantations au cœur du Delta du Mississippi. Il raconte la vie des anciens esclaves : l’oppression, la violence, l’injustice des lis ségrégationnistes de Jim Crow. Le blues est beaucoup plus qu’une forme de musique : dans les années 1950-1960, avec ses chansons engagées, ses protest songs, il fut un outil décisif de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis menée par Martin Luther King ».

Max Schultz (à gauche, guitare) et Mathias Algotsson (piano et orgue B3) encadrent Barbara Hendricks, comme ils le feront mercredi soir au Grand Théâtre. Crédit photo : Bengt Wanselius
Max Schultz (à gauche, guitare) et Mathias Algotsson (piano et orgue B3) encadrent Barbara Hendricks, comme ils le feront mercredi soir au Grand Théâtre. Crédit photo : Bengt Wanselius
​Lutter contre l’oppression, défendre les plus fragiles et combattre l’injustice, cela fait plus de trente ans que Barbara Hendricks vit cela concrètement. Ambassadrice honoraire à vie du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, elle donne de son temps et de sa voix aux voix des nouveaux damnés de la terre.
"Malgré les situations différentes derrière chaque réfugié qui demandent des solutions adaptées, en une période où les conflits ont beaucoup changé, il est essentiel de voir des visages derrière les chiffres"

La situation actuelle la rend d’ailleurs très critique envers le Vieux continent, qu’elle a rejoint pourtant il y a longtemps, par amour (elle est citoyenne suédoise) : « Les pays européens sont lamentables ! Le problème de la crise des migrants est certes complexe, mais la première réaction à avoir est celle d’un être humain face à un autre être humain. Mettez-vous à leur place : si l’on vous disait : « Vous avez dix minutes pour tout quitter… ». Je n’ai évidemment pas toutes les réponses, sinon je serais présidente de la Commission européenne (rire). Mais je dis que, malgré les situations différentes derrière chaque réfugié qui demandent des solutions adaptées, en une période où les conflits ont beaucoup changé, il est essentiel de voir des visages derrière les chiffres ».
Et la France dans tout ça ? « J’étais fière de ce pays lors du discours de De Villepin contre la guerre en Irak. Mais je trouve que ce pays se regarde un peu trop le nombril. Je crois que la France ne va pas si mal qu’elle le dit ».

Barbara Hendricks, en citoyenne du monde proche de la cause des droits humains et concernée par toutes les inégalités, n’est pas plus tendre avec son pays natal. Devant le spectacle des primaires, elle s’indigne : « C’est effrayant ! Et, en même, cette stratégie sudiste existe depuis trente ans aux États-Unis. Elle sert à opposer les gens. Quant à ce monstre Trump, il est réellement incontrôlable. C’est une star de la TV et quelques esprits un peu fragiles se laissent facilement prendre par ses discours ». Désabusée Madame Hendricks ? « Non ! Je crois en la vie. Partout dans le monde, des gens font des choses merveilleuses. Mais cela n’intéresse pas les médias… cela ne fait pas vendre ».
 
En concert mercredi à 20 h 30 au Grand Théâtre (complet).












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