Barbet Schroeder : chronique de la violence ordinaire

Festival Premiers Plans 2011


Rédigé par Yannick Sourisseau - Angers, le 23/01/2011 - 10:52 / modifié le 24/01/2011 - 07:22


Seul Barbet Schroeder, réalisateur et producteur de nationalité française d’origine suisse, né en Iran, auquel le Festival Premiers Plans d’Angers rend hommage, pouvait réaliser un tel film. La vierge des tueurs, premier film présenté samedi après-midi, a été tourné en décor naturel, dans les favelas de Medellín (Colombie) au milieu des trafiquants de drogue, des tueurs et des cadavres.



Barbet Schroeder repondant aux questions du public
Barbet Schroeder repondant aux questions du public
Tourné en 2000 en format numérique, « la Virgen de los sicarios » (La vierge des tueurs) évoque le retour d’un écrivain colombien homosexuel dans sa ville natale : Medellín en Colombie. Il y rencontre un jeune et beau garçon, Alexis avec lequel il va vivre une relation forte, au milieu de la drogue et des meurtres en pleine rue. Originaire de la Francia, un quartier pauvre de la cité colombienne, Alexis qui tue pour de simples agressions verbales, se fait assassiner à son tour. Le romancier, complètement désemparé, reportera tout son amour sur Wilmar, un autre garçon, victime à son tour d’un assassinat.

En sortant de ce film on peut se sentir bouleversé et se demander même comment une telle sauvagerie peu bien paraître aussi ordinaire et comment on peut aussi facilement la reproduire sans que les passants en soient gênés. « En Colombie les gangs s’entretuent en pleine rue et les passants en sont à peine gênés. Ils sont surtout heureux de ne pas avoir pris une balle perdue », explique le réalisateur. C’est bien de la violence ordinaire sur fond de rapports sentimentaux immoraux que traite ce film. Et Schroeder, qui a tourné au milieu de cadavres congelés, dans la morgue de Medellín, rend la violence tellement ordinaire qu’on pourrait presque rire de certaines situations comme de cette décharge où un panneau indique : « interdit de jeter des cadavres ».

Barbet Barbet Schroeder connaît et aime la Colombie et surtout Medellín puisqu’il y a vécu lorsque son père était géologue. Il avait choisi de tourner en numérique haute définition pour mettre en valeur cette ville. « Je ne voulais pas que les personnages en premier plan soient nets et la ville floue. Je voulais une présence forte de la ville ». C’est visiblement ce qu’il a réussi puisque les images sont d’une qualité exceptionnelle. Le film était d’ailleurs projeté pour la première fois en version numérique en salle.

Même s’il a tourné avec un équipement numérique léger, le tournage fut selon lui très complexe. « Aucune compagnie d’assurance ne voulait me couvrir les caméras qui valaient des fortunes ». L’autre élément fort c’est que le film a été entièrement tourné avec des colombiens. « C’est un film 100% colombien, comme le café », ajoute Barbet Schroeder. « Il a connu un grand succès en Colombie, au moins autant qu’un film américain », ce qui, pour le réalisateur, relève d’une expérience particulière, lui qui a tourné plusieurs films hollywoodiens, dirigeant même les plus grands acteurs américains.

Mais le film, comme l’explique Schroeder, est le résultat d’une écriture technique situant cette œuvre, presque à la limite du documentaire et de la fiction. C’est d'ailleurs le cas de la plupart de ces films et notamment ceux qu’il a tourné sur l’avocat Jacques Vergès ou encore sur le dictateur africain Idi Amin Dada. C’est ce qui fait la force du cinéma de Barbet Schroeder. Le réalisateur plonge le spectateur dans la vie de tous les jours à Medellín, comme dans un sujet de promotion touristique, mettant en scène les habitants de cette ville démente.

Et pourtant tout est scénarisé. « Je sais que ça fait vrai, c’est ce qui rend le film réussi, mais tous les dialogues ont été écrits avant et comme les acteurs connaissaient tellement bien cet univers, que ça leur allait comme un gant », poursuit Barbet Schroeder. A cela s’ajoute le fait que les couleurs étaient totalement contrôlées afin de donner de la lisibilité à l’histoire, à l’exemple du bleu utilisé qui, pour Schroeder, signifie la mort. D’ailleurs le film se termine par un plan de l’acteur principal tirant un rideau … bleu.

La vierge des tueurs est un véritable hommage à la Colombie où les paysages savamment cadrés, l’atmosphère équatoriale parfaitement retranscrite, l’indolence de ses habitants, font presque oublier la drogue, la prostitution et la mort, la vie de tous les jours en Colombie.

Le Festival Premiers Plans rend hommage à Barbet Schroeder, tout au long de la semaine, en présentant l’intégrale de ses films.



Yannick Sourisseau
Yannick Sourisseau
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