Bertrand Blier : « La vraie question est : qu’est-ce que j’apporte au cinéma ? »


Rédigé par Tristan LOUISE - Photos : Eddy BRIERE - Angers, le Vendredi 16 Janvier 2015 à 07:43


A l'honneur du 27e festival de cinéma Premiers Plans, le réalisateur des "Valseuses" sera présent dès ce vendredi soir à Angers pour la cérémonie d'ouverture au Centre des congrès. Quatorze de ses films seront présentés au cours du festival. Rencontre avec un homme sage à l’humour si particulier.



Bertrand Blier, l'un des invités d'honneur du festival, photographié par Eddy Brière.
Bertrand Blier, l'un des invités d'honneur du festival, photographié par Eddy Brière.
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Qu’est-ce que cela vous fait d’être au cœur d’une rétrospective ?
Cela me fait très plaisir. C’est agréable de temps en temps de parler avec des gens, de rencontrer le public. Je ne la fais pas souvent, même si l’on me propose toutes les semaines d’aller ici ou là honorer un hommage à mon travail. Il y a des festivals partout en France ! Là, on m’a présenté la chose de manière sympathique et comme j’avais du temps…

Vous connaissiez le festival Premiers Plans ? Et que pensez-vous de son essence : la présentation des premiers ou deuxièmes films de réalisateurs européens ?
Non, je ne connaissais pas du tout de ce festival. Mais je trouve formidable son principe. J’espère qu’il y aura des Belges (NDLR : c’est le cas). J’aime beaucoup ce qu’ils font en ce moment ».

Avez-vous des souvenirs de votre premier tournage ?
Le trac ! Je n’avais qu’une envie, c’est de m’enfuir. C’était dans un studio à Paris et je me souviens de cette route qui passait devant et qui me donnait sans cesse l’idée de m’en aller. J’avais pris une mallette pour faire sérieux. Il faut toujours faire semblant d’être un metteur en scène. Un metteur en scène a la science infuse, il fait les questions et les réponses. Très vite, la peur a disparu et j’ai été pris dans le travail. Il fallait bien faire le métier. Mon travail d’assistant m’avait familiarisé avec le plateau. Et puis mon premier film, Hitler, connais pas était un peu particulier. C’était des amateurs qui racontaient leur histoire filmés par trois caméras. C’est le film qui s’est davantage construit au montage.

Et les premiers pas avec des acteurs professionnels… quelles sensations ?
Je n’ai jamais été impressionné par les acteurs. J’en ai vu tellement à la maison quand j’étais petit (Bertrand Blier est fils du grand acteur Bernard Blier, disparu en 1989). Ils sont comme mes sœurs et mes frères. Je connais beaucoup de réalisateurs complexés face aux acteurs alors qu’il suffit d’être sympathique. Il faut déconner sur un tournage, il faut…

Là, la ligne est coupée… Nouvelle tentative…

Oui, pardon… j’avais le choix entre ma pipe et le téléphone… j’ai choisi la pipe. J’en profite d’être chez moi comme on ne peut plus fumer nulle part.

Vous nous parliez des acteurs…
Oui. Le plus important est de les aimer. La direction des comédiens est ce qu’il y a de plus facile dans le cinéma.
 
"Mon cinéma est basé sur un mélange dangereux. Il est à la fois populaire et d’auteur. Cette ambiguïté a fait que l’on a toujours eu du mal à me situer dans telle ou telle catégorie" - Bertrand Blier

Et qu’est-ce qu’il y a de plus dur dans le cinéma alors ?
Trouver l’argent pour financer le film ! Et c’est de plus en plus dur je crois. Mais il ne faut pas se méprendre : le cinéma est un métier sublime. Il faut juste lui apporter un cadeau et il vous le rendra. La vraie question est donc : qu’est-ce que j’apporte au cinéma ? Je suis toujours surpris de voir de jeunes gens tout attendre du cinéma sans rien lui donner. Il faut payer de sa personne et savoir que c’est un métier qui est réservé à peu de monde. Et ce qu’il faut d’abord donner, c’est l’écriture. Il faut d’abord avoir un bon scénario. La mise en scène, c’est plus facile.

Crédit photo : Eddy Brière
Crédit photo : Eddy Brière
C’est toujours délicat mais comment pourriez-vous qualifier votre cinéma ? Nous le voyons, nous, populaire et exigeant, à l’humour souvent noir.
Mon cinéma est basé sur un mélange dangereux. Il est à la fois populaire et d’auteur. Cette ambiguïté a fait que l’on a toujours eu du mal à me situer dans telle ou telle catégorie. Cela a pu gêner la critique et parfois le public. Mais je n’ai jamais fait de plan pour cela. J’ai toujours travaillé avec une certaine innocence.

Pour beaucoup, vous êtes l’homme des Valseuses (film sorti en 1974 qui a réuni près de 6 millions de spectateurs, le plus gros succès de Bertrand Blier). En quoi ce film devenu mythique a changé le cours de votre carrière ?
Cela m’a rendu les choses beaucoup plus faciles. Les Valseuses, c’est une alchimie magique que l’on ne vit qu’une fois… ou pas du tout d’ailleurs. J’avais les meilleurs acteurs, un bon producteur. J’ai connu d’autres succès dans ma vie, comme Tenue de soirée (1986, plus de 3 millions de spectateurs), Trop belle pour toi (1989, deux millions) et Merci la vie (1991, 1 million) mais c’est vrai que celui des Valseuses est à part. Mais je n’ai jamais voulu refaire ce film. L’important pour moi a toujours été de créer des choses différentes, à chaque fois.

Les personnages de vos films sont souvent des êtres à la marge, à la frontière d’une certaine « normalité », socialement parlant dirons-nous. Qu’est qui vous plaît dans la marge ?
Oui, ce sont des cloches, des losers. Dans Les Valseuses, ils sont même trois… trois clochards célestes. Cela me vient de ma culture. J’ai beaucoup lu de littérature américaine qui racontait des histoires de pauvres gars.

La littérature tient donc une place importante dans votre vie. Et quelle est la place des autres arts ?
Même si elle a eu une influence plus indirecte, la musique est très importante pour moi. La musique classique. Le théâtre n’a pas eu d’influence. Et pourtant il a toujours été très près de moi. J’ai vu des choses extraordinaires, comme Gérard Philippe dans Le Cid. Et puis, quand j’avais 7 ou 8 ans, je faisais répéter mon père. Cela m’a permis d’appréhender la musicalité des acteurs. J’ai beaucoup appris auprès de lui, qui était un immense comédien. Cela m’a aidé par la suite pour la direction.

Et le cinéma dans tout ça. Etes-vous cinéphile ? Quels réalisateurs actuels vous séduisent ?
Non, je ne peux pas dire que je suis cinéphile. On est cinéphile quand on a 18 ou 20 ans, et je l’ai été. Quant aux réalisateurs d’aujourd’hui, je trouve qu’il y en a de très bons en France. Je pense à Jacques Audiard ou à Abdellatif Kechiche qui m’a bien secoué récemment. Almodovar m’a mis un coup de pied au cul avec Tout sur ma mère et Parle avec elle. J’aime aussi beaucoup David Fincher, Paul Thomas Anderson, Wong Kar-Wai. Ce ne sont pas des grands révolutionnaires, pas des génies mais des très bons metteurs en scène.

Et d’être acteur ne vous jamais tenté ?
Non, jamais. Cela me faisait peur et j’ai toujours trouvé cela impudique. En fait, j’avais ce métier en horreur. Mais comme je suis vieux maintenant, je peux tout me permettre et j’avoue que cela me tente. A mon âge vous savez, il n’y a plus de risques.

Le festival Premiers Plans est aussi une compétition. Quel regard portez-vous sur les distinctions, vous qui en avez reçu beaucoup et des très prestigieuses ?
Quand on en reçoit, on dit qu’on s’en fout et quand on n’en a pas, on fait la gueule. Au final, cela fait toujours plaisir. Et c’est vrai que quand on se retrouve devant le parterre du tout Hollywood pour recevoir son Oscar (Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1979 pour « Préparez vos mouchoirs), je vous assure qu’on se sent tout petit !

Avec du recul, comment jugez-vous votre filmographie ?
J’en suis assez fier. Je trouve qu’elle tient la route. Bon, il y a deux ou trois films de pur divertissement un peu moins intéressants et que j’ai d’ailleurs enlevés de la rétrospective pour Angers. Mais la plupart des réalisateurs ont fait des films moins bons, non ?

Avez-vous des projets ?
Oui. Je vais commencer le tournage d’un nouveau film pendant l’été 2015. Enfin, j’espère, car avec le cinéma, on n’est jamais sûr de rien ! Mais je vous livre un scoop : ce sera avec Benoît Poelvoorde.

Crédit photo : Eddy Brière
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Blier façon Proust

Le bonheur parfait selon vous : voir le bonheur de mes enfants
Le trait de caractère dont vous êtes le plus fier : l’humour
Votre qualité préférée chez une femme : la féminité
Et chez un homme : la féminité (c’est une réponse à la Depardieu, ça !)
Votre artiste préféré : Fellini
Votre film culte : « Sonate d’automne » d’Ingmar Bergman
Le livre qui a changé votre vie : « Voyage au bout de la nuit » de Céline
Votre chanson préférée : « St James Infirmary » de Louis Armstrong
Que détestez-vous le plus au monde : la prétention
Le défaut qui vous inspire le plus d’indulgence : la gourmandise












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