Bienvenue à Bataville, bienvenue au pays d’un mensonge !


Rédigé par Cinéma Parlant - Angers, le Vendredi 3 Avril 2009 à 19:55


Mardi 31 mars, c’était la soirée ATTAC au Cinéma les 400 coups, avec la projection unique du film de François Caillat, œuvre enjouée, mi-documentaire, mi-fiction, sur la ville-usine fondée par Tomas Bata dans l’est de la France.



Gabriel Thomas et Bernard Joly, ATTAC 49
Gabriel Thomas et Bernard Joly, ATTAC 49
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Cette « utopie » est décrite par la voix off du fondateur comme un véritable paradis sur terre, ne reposant que sur des valeurs humaines ; les quelques interviews confirmeraient cette thèse, même si une ouvrière s’aventure à dire que le travail était vraiment dur, et qu’elle en pleurait les premiers mois !

Le film apparaît en fait comme une vision très restreinte et très subjective, complètement ironique, d’une réalité que nous soupçonnons infiniment plus complexe ; son caractère agréable n’est que la mise en scène d’un bonheur factice, aussi superficiel qu’un spectacle de cirque ; comme l’avait annoncé Gabriel Thomas, le thème en devient cette servitude volontaire, tant recherchée par le patronat chez les ouvriers qu’il emploie : l’harmonie dissimule une subordination totale.


Bienvenue à Bataville, bienvenue au pays d’un mensonge !
Un spectateur de la salle l’a remarqué, cette soumission à l’usine est imitée par la mise en scène du film, auquel tous semblent prêter leur bonne humeur, sans rechigner. Pourtant, à la fin, on voit certains personnages parlant à travers un trou, comme s’ils étaient emprisonnés, leur bouche encerclée, et comme s’ils avaient perdu une part d’eux-mêmes.

Le débat qui a suivi, vif et animé, a permis de réfléchir sur la forme de cette société : société fermée au reste du monde, société sans contre-pouvoir, société paternaliste et finalement dictatoriale, société qui dirige son personnel de l’intérieur pour éviter qu’il ne soit dirigé de l’extérieur (seule allusion laissant entrevoir la possibilité de syndicats, le mot lui-même n’étant jamais prononcé !), mais société qui parvient à faire totalement accepter l’asservissement et l’aliénation.

La question s’est vite posée de savoir si cela ne concernait pas aussi toute l’organisation du travail, y compris en dehors de Bataville ; le productivisme, disait un ancien ouvrier, aboutit nécessairement à une organisation dirigiste du travail, et on touche au cœur de la société de consommation, qui veut produire pour consommer ensuite. Les systèmes communistes ont aussi été évoqués.

C’est ainsi qu’une spectatrice se demande quelle utopie peut nous rester… Voilà une soirée qui appelle à poursuivre la réflexion sur l’organisation sociale et économique à laquelle nous pourrions aspirer.












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