Biopole : passé soldé, avenir tracé ?


Rédigé par - Angers, le 06/09/2016 - 17:00 / modifié le 06/09/2016 - 18:26


Le feuilleton de l'usine Biopole va connaître un tournant décisif, lors du conseil communautaire du 12 septembre. Les conseillers devront se prononcer sur le projet de réindustrialisation du site et la fin du contentieux avec le constructeur Vinci, qui propose un chèque de 6,3 M€ comme solde de tout compte.



Le dossier Biopole fera à nouveau la Une du prochain conseil d'agglomération, le lundi 12 septembre. la dernière fois ?
Le dossier Biopole fera à nouveau la Une du prochain conseil d'agglomération, le lundi 12 septembre. la dernière fois ?
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C'est au rayon des faits divers que l'usine Biopole, installée à Saint-Barthélémy, avait fait parler d'elle, le 7 août dernier : un incendie avait détruit une partie des installations du site, prolongeant un peu plus la réputation de "nid à emmerdes" qu'elle traîne dans les couloirs de l'agglo d'Angers. Une réputation qui est peut-être en train de tourner. Lundi soir, le président de la collectivité, Christophe Béchu, avait réuni l'ensemble des conseillers municipaux des 30 communes de l'agglomération pour évoquer en leur présence deux avancées majeures dans le dossier Biopole, propositions issues d'un séminaire des maires, au tout début de l'été.

L'une concerne le projet de réindustrialisation du site, un travail mené depuis sa fermeture, en mai 2015 ; l'autre a trait au contentieux qui oppose depuis le début de l'année 2015 la collectivité -propriétaire des lieux- et son constructeur, le groupe Vinci. 
Commençons par le portefeuille : après avoir réglé ses différends avec l'exploitant du site -Véolia, par un chèque de 5,9 M€ - et ses riverains -en rachetant les maisons alentours pour environ 2 M€- l'agglo a la possibilité, lundi 12, lors du prochain conseil communautaire, de clore le contentieux qui l'oppose au constructeur de Biopole, Vinci, dont le rapport d'expertise pointe clairement la responsabilité dans les dysfonctionnements de l'usine de tri mécano-biologique.

Alors que le groupe proposait à la collectivité un chèque de  1,5 M€, début 2015, avec un maintien de l'activité sur le site -question d'image- une proposition de 6,3 M€ est arrivée sur le bureau de Christophe Béchu, peu avant l'été, alors même que le site est fermé. Surprenant, si l'on considère la dégradation des rapports entre la collectivité et le géant du bâtiment, au cours de l'année 2015 : l'été dernier, Vinci demandait à l'agglo 30 M€, celle-ci lui en demandant 100... une surenchère qui a pris fin en décembre 2015, notamment avec l'arrivée d'un nouvel interlocuteur à la tête de Vinci.

"Avec cette proposition, il y avait trois scénarios possibles", retrace Christophe Béchu : "soit on choisissait d'optimiser le contentieux, en ne négociant pas avec Vinci, mais en ne touchant pas non plus du tout au site de Biopole ; soit on ne négociait pas avec Vinci, mais en débutant tout de même une réindustrialisation du site ; soit on négociait avec Vinci, sur la base de 6,3 M€, avec une perspective de réindustrialisation et une nouvelle ère pour Biopole."

Et c'est, selon le président de la collectivité, un article (le 14-7) du cahier des clauses administratives particulières du marché public signé en février 2008 entre l'agglo et le constructeur qui a orienté la décision unanime des maires de l'agglo. Il stipule que "le cumul de l'ensemble des pénalités et réfactions sur performances est plafonné à 10 % du montant initial du marché". En clair, si dysfonctionnement il y a, Vinci devra s'acquitter au maximum d'une somme de 5,4 M€, sur un marché à 54.
"Sans cette clause, je ne suis pas sûr que nous aurions négocié", concède Christophe Béchu. Le caractère hypothétique voire hasardeux d'une poursuite du contentieux et la volonté des élus de l'agglo de "tourner la page Biopole" (Joël Bigot, vice-président de l'agglo en charge des déchets) a fait le reste.
"Soit on choisissait d'optimiser le contentieux, en ne négociant pas avec Vinci, mais en ne touchant pas non plus du tout au site de Biopole ; soit on ne négociait pas avec Vinci, mais en débutant tout de même une réindustrialisation du site ; soit on négociait avec Vinci, sur la base de 6,3 M€, avec une perspective de réindustrialisation et une nouvelle ère pour Biopole" - Christophe Béchu, président d'Angers Loire Métropole

Christophe Béchu et Joël Bigot, président et vice-président d'Angers Loire Métropole en charge des déchets.
Christophe Béchu et Joël Bigot, président et vice-président d'Angers Loire Métropole en charge des déchets.
Si les conseillers communautaires se prononcent en faveur de cette délibération, Vinci -qui s'en tire plutôt pas mal quand on sait que le préjudice de l'agglo sur le dossier tourne autour de 60 M€- réglera 6,3 M€ dans les trente jours.
 
Fin de l'histoire ; et début d'une autre. Car les perspectives réelles de réindustrialisation du site ont évidemment pesé dans l'esprit des élus. Le projet travaillé par la collectivité s'appuie sur un constat d'"échec industriel et environnemental" de Biopole et fixe deux principes : une limitation des engagements financiers d'Angers Loire Métropole et la fin des nuisances relatives à l'exploitation du site.

Que faut-il retenir du projet qui sera présenté le 12 septembre ? Que le centre de transfert, déjà en service, demeure : 53 000 T de déchets ménagers transitent par le quai de Biopole, puis sont acheminés pour incinération à Lasse. La grande nouveauté réside dans la création d'un centre de tri XXL, à l'échelle du territoire de l'agglo, mais également du Sivert et du Sedno, deux syndicats mixtes regroupant les communes de l'est et du nord ouest du département.

S'inscrivant dans une volonté plus générale de regroupements des centres de tri, quelque 8 000 m2 traiterait les 35 000 T de sacs jaunes de cette zone. Un centre de tri piloté par une structure dont la forme juridique restant à définir. Une chose est sûre : pour ne pas revivre le scénario Biopole -un constructeur différent de l'exploitant- la conception, la réalisation, l'exploitation et la maintenance du centre seront confiées à un seul et même acteur.

Une perspective qui peut permettre de résoudre par là même un autre souci : en présentant la candidature de Biopole pour accueillir ce centre de tri, l'agglomération met de fait en danger l'activité de l'industriel privé -Paprec, à Seiches-sur-le-Loir- qui traite jusqu'alors le volume correspondant à la collectivité.
En clair : rien n'empêche l'entreprise de candidater à la gestion de ce nouveau centre de tri, qui devrait employer 35 personnes à terme (fin 2017-début 2018) . La valorisation du site existant permettra également, selon les savants calculs des services de l'agglo, de réduire sensiblement le coût de traitement de la tonne.
 
Voilà pour les gros volumes. Du lourd, "du classique", selon Christophe Béchu. Mais le projet recèle aussi deux volets "innovants au niveau environnemental", avec notamment une unité de Combustible solide de récupération (CSR) -confiée à la société Grandjouan (filiale de Veolia NDLR)- : il s'agit de la préparation de déchets non dangereux destinés à être valorisés sous forme énergétique dans l'industrie. Une autre unité abritera un centre de désemballage des biodéchets, avant un traitement hors site en compostage ou méthanisation. Enfin, des bâtiments de stockage et de stationnement des véhicules seront construits et recouverts, comme l'ensemble de l'existant, de panneaux photovoltaïques : l'électricité produite servira à un usage interne ou sera revendu à EDF.
  
Soumise aux votes des conseillers communautaires le 12 septembre prochain, la délibération a évidemment toutes les chances d'être adoptée, et le site Biopole de prendre un visage décisif. Avant de changer de nom ?




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur















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