Blue Jasmine, le blues à la Woody Allen


Rédigé par cinéma-audiovisuel Lycée Renoir - Angers, le Lundi 7 Octobre 2013 à 19:34


Venez assister au grand retour en piste de Woody Allen, avec Blue Jasmine, son 48ème film qui marque 54 ans de carrière.



Cate Blanchett alias Jasmine, et, derrière elle, Sally Hawkins, (Ginger).  © Mars Distribution
Cate Blanchett alias Jasmine, et, derrière elle, Sally Hawkins, (Ginger). © Mars Distribution
la rédaction vous conseille
Nous avions cru l'avoir perdu dans les grandes capitales d'Europe, à Londres, Paris, Barcelone ou encore à Rome avec To Rome with Love en 2012, qui a sonné comme un échec pour certain fans. Mais tel un phénix qui renaît de ses cendres, Woody Allen a su nous reconquérir avec son tout dernier joyau : Blue Jasmine.

Jasmine, ou encore Jeannette, interprétée par la surprenante Cate Blanchett, est une belle femme, blonde, élancée, chic, élégante et surtout... sans un sous. Veuve d'un grand escroc devenu milliardaire (qui ne serait pas sans nous rappeler l'affaire Madoff en 2008 aux Etats-Unis), Jasmine quitte New-York, ses quartiers mondains et son magnifique appartement pour aller vivre chez sa sœur, Ginger, la belle Sally Hawkins, qu'elle a complètement « oubliée » durant ses années opulentes, à San Francisco.

La brune et la blonde... On suit durant le film ces deux sœurs que tout oppose, depuis la mentalité jusqu'à la garde robe, mais qu'un sujet commun relie : leurs histoires d'amour qui ont mal tourné. D'un côté, nous retrouvons Jasmine, qui ne trouve qu'aucun homme n'est assez bien pour sa sœur et qui se désespère de la voir tout le temps avec des « loosers », et d'un autre côté il y a Ginger, qui voit toujours Jasmine avec des hommes richissimes, qui envie la classe de sa sœur, tout en revendiquant une simplicité pleine de bon sens.

Le scénario de Blue Jasmine n'est peut-être pas le plus flamboyant qu'ait pu nous donner Woody Allen, dans la mesure où il se détache de sa veine satirique mouvementée plus habituelle. Dans Blue Jasmine, donc, point de rebondissements comme ceux que l'on a pu voir dans Match Point (2005). En revanche, le film esquisse, par touches successives, le portrait d'une femme complexe, sorte de sirène magnifique, prise au piège de son propre chant. Cate Blanchett est bouleversante en femme au destin pathétique, aux névroses ravageuses. Sa performance d'actrice est remarquable de finesse psychologique. Woody Allen filme de manière classique, sans réelles surprises dans la mise en scène. C'est dans le scénario, en flash-backs successifs, montés cut, que réside le rythme du film. Ces flash backs nous informent de l'ancienne vie de Jasmine, en faisant un parallèle présent/passé et nous permettent de comprendre comment la descente aux enfers de cette femme s'est effectuée.

On retrouve aussi ce parallèle dans le choix des décors de Woody Allen. En effet, lorsqu'on découvre la vie passée de Jasmine, c'est tout un univers superficiel qui suit. Tout est trop grand, à commencer par son appartement de New York : des centaines de m2 pour deux personnes, avec des plafonds très hauts et des pièces immenses. Ce n'est pas sans nous faire penser au décors de Gatsby le magnifique de Baz Lurhmann. Tout est trop beau, les meubles, les gardes-robes, les bijoux que portent Jasmine autour des poignets. Chez Jasmine, nous retrouvons bien le superficiel de cette vie de « rêve » qui va des plantes vertes, au sourire et à la fidélité d'Hal, l'ancien mari de Jasmine, interprété par l'excellent Alec Baldwin. Mais après avoir tout perdu, Jasmine s'installe dans le modeste appartement de sa sœur Ginger, à l'antipode du sien. Les espaces sont plus confinés et les couleurs des meubles, de la vaisselles y sont plus foncées ce qui offre une atmosphère plus chaleureuse au « petit nid douillet » comme le qualifie la grande blonde déstabilisée.

Le sujet de prédilection de Woody Allen reste encore et toujours les femmes ! Avec son regard toujours aussi aiguisé, Woody Allen essaye de nous faire comprendre qu'une femme ne peut pas vivre sans un homme. Que ce soit par peur de devenir pauvre, comme Jasmine, ou encore purement et simplement par volonté de ne pas être seule, comme pour Ginger. Cette solitude, endurée par Jasmine va lui faire subir une sorte de descente aux enfers, qui la mènera à parler toute seule dans la rue, jusqu'à effrayer la femme près de qui elle s'assoit sur un banc dans un parc.

Cette comédie-dramatique traite avec humour et profondeur de l'éphémère bonheur qu'offre une richesse malhonnête, et du retour aux sources difficiles que la chute peux entraîner. Plus terriblement, il évoque les mensonges qu'on se fait à soi-même et qui empêchent d'entrer pleinement dans la vie et dans un rapport vrai aux autres.

Entre Xanax et Martini, Woody Allen nous offre cette fois-ci un cocktail subjuguant sur fond de Jazz de New Orleans : à consommer sans modération.

Joinita












Angers Mag