Bretagne & Pays-de-la-Loire : où va l’université ?

#TRIBUNE du LUNDI


Rédigé par Jean-Luc Godet Secrétaire du SNESUP d’Angers, élu FSU au Conseil académique de l’UBL - Angers, le 27/02/2017 - 07:50 / modifié le 02/03/2017 - 01:00


Difficile de dessiner les contours du regroupement des universités par fusions ou Communauté d’universités et d’établissements (COMUE). Cette nouvelle entité, imposée par la loi, porte en elle, selon le syndicaliste Jean-Luc Godet (Secrétaire du SNESUP d’Angers), un réel danger pour la nature de l'université elle-même. C'est l'objet de cette Tribune du Lundi.



Cours à la faculté de médecine d'Angers. Photo DR
Cours à la faculté de médecine d'Angers. Photo DR
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Depuis la loi LRU (lois relatives aux libertés et aux responsabilités des universités), votée après l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, les universités sont réputées « autonomes » et peuvent diversifier leurs rentrées financières. La « masse salariale » des agents –jusqu’alors gérée centralement par l’Etat– est devenue partie intégrante des budgets des universités, ce qui permet de la ponctionner en cas de déficit du budget de fonctionnement.

Parallèlement, le mode de financement de la recherche a été bouleversé : relativement à un budget récurrent contraint, le poids des « appels à projet » y est devenu prédominant, condamnant les chercheurs à consacrer un temps considérable à rédiger des demandes en fonction des desiderata de leurs financeurs, très souvent sans résultat (lire aussi à ce sujet, notre dossier ici). La dérive gestionnaire et autoritaire des équipes dirigeantes des universités a fait un saut qualitatif, marqué par la recherche permanente d’une adéquation des formations et de la recherche aux exigences immédiates de « l’économie réelle ». La « collégialité » des choix universitaires et les libertés académiques en matière de recherche et de transmission du savoir et de l’esprit critique se sont d’autant réduites.

Après l’élection de François Hollande, le ministère a pérennisé la loi LRU et l’a même aggravée. La loi relative à l'enseignement supérieur et à la recherche (ESR) de 2013 n’a retouché qu’à la marge certains de ses aspects des plus antidémocratiques. En revanche, elle a introduit de nouveaux mécanismes renforçant l’influence des entités locales et/ou patronales et le désengagement de l’Etat. Ainsi, le regroupement des universités par fusions ou Communauté d’universités et d’établissements (COMUE) a-t-il été rendu obligatoire.

Au nom d’une douteuse économie des moyens, l’éloignement des centres de décision s’est accentué en raison inverse de l’exigence démocratique. La COMUE « Université Bretagne-Loire » (UBL) en est une traduction éloquente. Regroupant toutes les universités de Bretagne et Pays-de-la-Loire et la majeure partie de leurs grandes écoles et organismes, ce mastodonte a d’abord été justifié par un double pari : la fusion (encore une !) des deux régions et l’obtention de fonds spéculatifs ciblant une prétendue « excellence » (Idex et Isite).

En dépit des votes contraires des Comités techniques représentant les personnels, les Conseils d’administration ont avalisé un projet concocté dans l’urgence par des présidents sous pression et craignant de rester sur le bord de la route.
"L’effet de taille ne peut compenser le vide abyssal d’un projet qui se décline dans la novlangue de la marchandisation généralisée du monde"

Depuis, le double pari a été perdu et les instances de l’UBL –élues à l’issue d’un processus électoral caricatural– cherchent à justifier leur existence, encourageant là une spécialisation des établissements, essayant ici d’élargir la COMUE à l’intégralité de l’enseignement supérieur public et… privé.

La faculté Saint-Serge, à Angers.
La faculté Saint-Serge, à Angers.
Le 7 février, le président de l’UBL, M. Pascal Olivard, s’est réjoui devant la presse que dix nouveaux établissements s’associent à la COMUE. Parmi eux, l’ESEO et l’École catholique des arts et métiers de Rennes (ECAM) viennent s’ajouter à l’ESA pour y former un pôle privé.
De plus, le président annonce une prochaine intégration de deux autres poids lourds du privé à Angers : l’Association St Yves (UCO) et l’ESSCA, avant même que les conseils de l’UBL –de simples chambres d’enregistrement ?– aient été formellement consultés sur cet élargissement. L’UBL va mettre à disposition de ses « associés » des outils et services mutualisés.

Outre le transfert de fonds publics que cela implique, on peut craindre qu’au nom de la « coordination de l’offre de formation » qui est une compétence de la COMUE, des formations soient demain réservées aux établissements privés de l’inter-région alors même que leurs droits d’inscription (près de 10.000€ à l’ESSCA) et/ou leurs orientations idéologiques excluent de nombreux étudiants. La double fonction des universités comme celle d’Angers, à la fois de proximité et ouvrant largement sur des poursuites d’études en 2e (masters) et 3e cycles (thèses) risque d’être mise en cause.

L’effet de taille ne peut compenser le vide abyssal d’un projet qui se décline dans la novlangue de la marchandisation généralisée du monde, ainsi que l’illustre le « projet de site » de l’UBL. Le renforcement des critères de gestion et de management venus du privé et l'intégration massive des établissements confessionnels ou/et commerciaux enfoncent en revanche de nouveaux coins dans les principes de gratuité et de laïcité de l’enseignement.

Il faut rompre avec ces processus insidieux induits par les lois LRU et ESR, et particulièrement avec la COMUE telle qu’elle se construit. Au lieu d’avoir le nez sur l’étroit guidon de l’économie « réelle », l’université doit élargir son horizon aux changements sociaux et écologiques nécessaires autant qu’urgents pour l’humanité. C’est à cette condition qu’elle peut retrouver une place centrale dans une société qui, enfin, maîtriserait son destin.










1.Posté par BLMWD le 27/02/2017 12:08 | Alerter
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Merci pour cet excellent article.








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