Bruno Retailleau : "Je ne veux pas d'une région à plusieurs vitesses"


Rédigé par - Angers, le 19/12/2015 - 08:25 / modifié le 21/12/2015 - 11:06


Soucieux d'équilibre "géographique", "économique" et "civique" pour les Pays-de-la-Loire, le nouveau président de la Région a fixé dès son élection vendredi le cap de ses six années de mandat à venir. Ses urgences : le chômage des jeunes, les territoires isolés et la concrétisation de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Politiquement, il devra composer aussi avec une opposition dont la volonté d' "intransigeance" s'est manifestée dès la séance d'installation.



Bruno Retailleau et son prédécesseur Jacques Auxiette ont posé pour l'histoire devant le buste d'Olivier Guichard, le premier président de la Région Pays-de-la-Loire (©Région des Pays de la Loire Ouest Médias).
Bruno Retailleau et son prédécesseur Jacques Auxiette ont posé pour l'histoire devant le buste d'Olivier Guichard, le premier président de la Région Pays-de-la-Loire (©Région des Pays de la Loire Ouest Médias).
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Solennelle. Voire par moments, grave. S'il fallait n'en retenir qu'une, difficile de dégager une autre tonalité pour décrire l'atmosphère qui a baigné vendredi matin la séance d'installation du nouveau Conseil régional des Pays-de-la-Loire. Cinq jours après la victoire de la liste conduite par Bruno Retailleau (LR), au sein de son camp politique, on a bien senti poindre encore derrière certains sourires la satisfaction de ceux qui, onze ans après, retrouvent le pouvoir. Mais même dans les applaudissements longs qui ont accompagné l'arrivée du sénateur de Vendée dans l'hémicycle puis, un peu plus tard, l'annonce officielle de son élection, c'est comme si chacun s'était astreint à la retenue.

Eu égard ne serait-ce qu'aux résultats électoraux de dimanche dernier, qui pourrait bien prétendre parader ? Bruno Retailleau a été élu, rappelons-le, avec 42,7% des suffrages exprimés. Nettement devant le socialiste Christophe Clergeau (37,56%) et le frontiste Pascal Gannat (19,74%). Mais avec l'adhésion au final d'à peine un quart des habitants de Pays-de-la-Loire inscrits sur les listes électorales. Soucieux de rappeler sa légitimité démocratique, le nouveau président de la Région n'a pas oublié d'en souligner les limites, rappelant que si les élections avaient été un révélateur des forces des Pays-de-la-Loire, elles l'avaient été surtout "de l'inquiétude, du désespoir et même parfois de la colère qui s'expriment dans nos territoires."
"Nous n'incarnons pas la Région, nous la représentons"

Comment lutter contre cette colère ? Après le traditionnel hommage aux prédécesseurs - d'Olivier Guichard, "le père fondateur" , à Jacques Auxiette, l'adversaire qui "a fait progresser le fait régional" - Bruno Retailleau a parlé d'un "devoir de lucidité" et d'un "devoir d'efficacité" qui "ne se décrète pas" mais "se construit" à partir d'une vision, d'une gouvernance et d'un projet. Il place la première sur le plan de l'équilibre. Entre les territoires d'abord : "Oui à une métropole puissante, rayonnante (...) mais non aussi à une ruralité délaissée." 

Equilibre au sein même de l'économie ensuite où, glisse-t-il, les fleurons industriels régionaux ne doivent pas faire oublier "la dynamique entrepreneuriale" des TPE et PME où se sont exprimés, pendant la campagne, le plus grand nombre de besoins "en terme de formation, d'innovation, d'internationalisation". Il plaide pour "un véritable patriotisme économique régional" dans "l'accès à la commande publique".

"Equilibre civique"
enfin plaide Bruno Retailleau, celui sur lequel, entre devoirs et droits, "repose l'ensemble du pacte républicain", une conception "ni de droite, ni de gauche" qu'il entend faire partager "d'abord aux plus jeunes dans les lycées dont nous avons la charge" et en soutenant "le bénévolat". La gouvernance de la région ? Elle s'opérera à deux niveaux, insiste Bruno Retailleau,  celui de l'institution régionale dont il salue les 3200 agents, et celui du territoire -"Nous n'incarnons pas la Région, nous la représentons" - où il entend travailler plus étroitement avec les départements et les intercommunalités, moyennant mutualisation et recherche d'économies. D'où la mise en oeuvre d'un audit financier indépendant annoncé pour janvier.

Quand au projet, il en dégage trois urgences à commencer par la lutte contre le chômage des jeunes, dont le soutien à l'apprentissage sera l'un des outils, mais aussi le chômage des seniors. Deuxième urgence : la lutte contre les zones isolées à qui il promet un "Pacte régional pour la ruralité" moyennant soutiens au Très Haut Débit, aux réseaux de communication ("gares de proximité" et route) et création d'un fond spécifique. Troisième urgence, sans surprise, le déblocage du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes dont la concrétisation, affirme-t-il, est directement lié à "la question de notre compétitivité territoriale", et la résolution une affaire qui relève de "l'autorité de l'Etat" et donc, "de l'unité nationale". Où comment après avoir demandé (cette semaine) à Manuel Valls de prendre ses responsabilités sur ce dossier en évacuant la ZAD, renvoyer la balle aussi à François Hollande...

Christophe Clergeau : "nous serons présent à chaque rendez-vous régional."
Christophe Clergeau : "nous serons présent à chaque rendez-vous régional."
Election sans surprise, opposition (déjà) offensive
Seul candidat à la présidence de la Région, Bruno Retailleau a été élu sans surprise vendredi matin, recueillant les 54 voix de sa majorité tandis que s'abstenaient les élus de gauche (socialistes, écologistes et alliés : 26 élus) et du Front National (13 élus). Si surprise il y a eu, elle est venue du ton très offensif du discours de Christophe Clergeau. Plutôt rond et fédérateur durant la campagne, l'ex-premier vice-président de la Région a musclé sa première prise de parole d'opposant et signifié clairement qu'il ne transigerait sur rien, à commencer par le bilan de la majorité sortante et ses convictions, notamment à l'égard du Front National. "Les positions réactionnaires et les ambiguïtés que vous avez entretenues sur les questions de société et la place des étrangers dans la République appelleront également à une clarification de votre part" lance-t-il à Bruno Retailleau.

Pointant un peu revanchard le score de celui-ci -le 8e national "seulement des président élus de France métropolitaine"-, l'élu socialiste place le nouveau président de la région face à la responsabilité d'accorder "votre confiance à des partenaires et à des projets qui ne correspondent pas à vos idées mais qui construisent l'avenir des Pays-de-la-Loire". Surtout, comme le fera plus tard Sophie Bringuy (EELV), il pointe "l'inévitable absence" du président du groupe Les Républicains au Sénat, renvoyant Bruno Retailleau aux choix de Valérie Pécresse et Xavier Bertrand d'abandonner leurs mandats nationaux pour se concentrer sur leurs régions. "Je serai président à 1000%" lui répondra le sénateur vendéen. Plus discret, plus bref aussi, Pascal Gannat pour le Front National, a annoncé que l'opposition de son groupe serait "certaine", "ferme" mais "courtoise", dénonçant "le projet funeste" de Notre-Dame-des-Landes et relayant "l'appel au secours de nos territoires."

Une commission permanente à 30 membres

L'installation du nouveau Conseil régional a été l'occasion aussi d'élire sa Commission permanente, l'instance qui assure la continuité de son action entre les différentes assemblées plénières et vote une partie des subventions. Cette commission comportera désormais 14 Vice-Présidents tous issus de la majorité régionale et 16 autres membres (4 élus de la majorité régionale et 12 élus de l’opposition) : 1er Vice-président : François Pinte,  2e VP : Christelle Morançais, 3e VP : Yannick Favennec, 4e  VP : Laurence Garnier, 5e VP : Paul Jeanneteau, 6e VP : Lydie Bernard, 7e VP : Maurice Perrion, 8e VP : Isabelle Leroy, 9e VP : Pierre-Guy Perrier, 10e VP : Samia Soultani-Vigneron, 11e VP : Roch Brancour, 12e VP : Vanessa Charbonneau, 13e VP : Antoine Chéreau, 14e VP : Barbara Nourry.

Les 16 autres membres de la Commission sont : Franck Louvrier, Béatrice Latouche, Alain Hunault, Sabrina Garnier (pour la majorité régionale), Christophe Clergeau, Violaine Lucas, Olivier Biencourt, Stella Dupont, Jean-Pierre Le Scornet, Maï Haeffelin, Franck Nicolon, Sophie Bringuy (pour le groupe socialiste et écologiste),  Pascal Gannat, Brigitte Neveux, Samuel Potier, Brigitte Nédélec (pour le Front National).





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