"C'est Monsieur Piccoli ?"

Hors-Cadre


Rédigé par Tristan LOUISE - Angers, le Samedi 20 Juin 2015 à 08:11


Géant du cinéma français, le comédien Michel Piccoli sera sur scène ce samedi soir au château du Plessis-Macé dans un spectacle hommage au poète Serge Gainsbourg. Une première pour le festival d'Anjou. Début mai, nous avions rencontré l'acteur à Paris. Rencontre "hors-cadre".



Jane Birkin, Hervé Pierre et Michel Piccoli, les trois lecteurs du spectacle "Serge Gainsbourg, poète majeur" à l'affiche ce samedi soir du Festival d'Anjou. Crédit photo : Pascal Victor
Jane Birkin, Hervé Pierre et Michel Piccoli, les trois lecteurs du spectacle "Serge Gainsbourg, poète majeur" à l'affiche ce samedi soir du Festival d'Anjou. Crédit photo : Pascal Victor
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Il est 10 h 35 en ce début de joli mai et le TGV Angers – Paris s’ébroue gentiment. Pas le temps de rêvasser sur les champs et les prés, Michel Piccoli, LE Michel Piccoli nous attend. On a gardé un souvenir ému d’une première rencontre, au début des années deux mille, lors du festival Premiers Plans d’Angers. Celui qui contemplait les fesses de Bardot pour Godard en imposait par sa carrure, sa carrière. Son regard était perçant et doux ; sa réputation de « client » bourru tombait en poussière… aucun mépris, aucune condescendance, aucun mauvais ego chez lui.

La marche est plus haute cette fois-ci. C’est un tête-à-tête, dans un très chic bar du IVe arrondissement. Question questions, on est blindé. Bio, propos, interview, critiques du spectacle que le monsieur vient jouer au Festival d’Anjou (Gainsbourg, poète majeur avec Jane Birkin et Hervé Pierre, ce 20 juin au Plessis-Macé) : on a potassé comme il faut pour vivre un échange vif et vivifiant.

Au pied de la porte du café, on aperçoit un homme dont la marche trahit la vieillesse. On le suit, le salue et l’on s’excuse de ne pas être la charmante serveuse qui, boulot oblige, doit vaquer à ses occupations. « C’est Monsieur Piccoli ? » - « Oui » - « Ah ! Je l’aime beaucoup dans des films ». Nous aussi, mais on aimerait davantage qu’il ne souhaite pas s’installer dans les cuisines pour converser. « C’est quand même énervant à la fin ! À chaque fois que l’on rentre quelque part, on vous dit où aller, ce que vous voulez… ». Le doute s’installe. Michel Piccoli est-il bien là ?
« C’est une manière d’écrire la poésie que d’être acteur. On sait dire-écrire ce que le public a envie d’entendre ».
La suite est à l’avenant, malheureusement. Il y aura des propos précieux sur la place du comédien, sur la jouissance que celui-ci procure et se procure ; sur sa fraternité avec les auteurs. Des sourires à l’évocation de ce métier extraordinaire qui consiste à offrir aux gens de la joie de vivre, d’apprendre, de découvrir ; sur le culot de posséder un auteur et la passion intacte, chevillée au corps, de raconter des histoires. « C’est une manière d’écrire la poésie que d’être acteur. On sait dire-écrire ce que le public a envie d’entendre ».

Il y aura aussi une jolie pensée pour Manoel de Oliveira, le cinéaste centenaire disparu récemment et avec lequel Michel Piccoli a plusieurs fois collaboré. Et la politique dans tout ça, Michel Piccoli ? Homme engagé… à gauche… il l’appréhende, comme le reste, avec la distance poétique des sages : « Je suis attentif à l’histoire. J’ai beaucoup fréquenté, joué, écouté, posé des questions, choisi des intelligences. La politique est dans l’œuvre théâtrale, la création. Les créateurs n’oublient pas. Ils n’oublient pas comment vivre, comment comprendre ».

Et puis l’on revient, inlassablement, au rôle de l’acteur… à sa jouissance… au couple qu’il forme avec l’auteur… C’est obsessionnel. Un mot sur Gainsbourg, un sur l’Anjou, et… « C’est difficultueux tout cela, voyez-vous… On aime jouir à être merveilleux grâce à l’écrivain. La morale d’un acteur ? Rendre les gens plus extravagants, plus étonnés… C’est prétentieux, non ? Oui, je le suis. Et c’est un peu dégoûtant, non ? ». On ne sait pas, Monsieur Piccoli. On ne sait plus. On sait simplement que vous êtes un immense acteur et un vieil homme sympathique qui agite la main quand il prend congé et retourne sur le pavé parisien. Avec ce mot de vous, qui résonne : « Il faut savoir être dans l’autorité de cette vie que nous avons créée et continuer le combat ».
 

Bio Express
1925. naissance à Paris.
1945. Première apparition au cinéma dans « Sortilèges » de Christian-Jaque.
1955. La Mort en ce jardin de Luis Buñuel.
1963. Le Mépris de Jean-Luc Godard.
1974. Vincent, François, Paul… et les autres de Claude Sautet.
1980. Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes pour Le Saut dans le vide  de Marco Bellocchio.
1991. La Belle Noiseuse de Jacques Rivette.
1997. Réalise Alors voilà avec Dominique Blanc.
2011. Joue le Pape pour Nanni Moretti dans Habemus Papam.
2012. Holy Motors de Leos Carax.
 












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