Campagne anti VIH : "Mais ces hommes vivent aussi dans notre société !"


Rédigé par - Angers, le 22/11/2016 - 19:38 / modifié le 22/11/2016 - 19:40


Lucile Bluzat travaille à l'unité santé sexuelle de Santé publique France, l'agence nationale issue de la fusion de toutes les agences sanitaires. C'est elle qui a travaillé sur la campagne anti VIH qui fait aujourd'hui polémique à Angers, comme dans une dizaine d'autres villes de France.



Campagne anti VIH : "Mais ces hommes vivent aussi dans notre société !"
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Comment est née cette campagne anti-VIH ?
 
"La prévention contres les risques VIH Sida est un sujet sur lequel nous travaillons tout au long de l'année, et depuis des années. Cela fait bientôt un an que nous avons en tête cette campagne, et sa date de publication a été calée au tout début de l'année 2016 : tout se fait largement en amont pour les affichages Decaux."
 
Êtes-vous surprise par l'indignation exprimée par certains et le retrait de ces affiches, dans une dizaine de villes ?
 
"Ça fait huit ans que je travaille dans la santé publique en France, autour de ces thématiques de santé sexuelle, de VIH ou d'éducation sexuelle, et à chaque campagne, nous avons régulièrement des mécontentements, cela crée de la tension, mais c'est la première fois, à ma connaissance, que des collectivités demandent le retrait d'une campagne. Après, cette campagne a été faite sur 130 villes en France, avec plus de 8 000 affichages. Les retraits restent minoritaires..."
 
Pourquoi avez-vous choisi de cibler cette campagne sur la population masculine homosexuelle ?
 
"Déjà, ça n'est pas la première fois que nous représentons des hommes entre eux. Ensuite, c'est une des populations les plus exposées par l'épidémie. Nous nous posons évidemment des questions autour de la stigmatisation de cette population, mais in arrive à un tel niveau de risques qu'on doit bien les avertir et prévenir toujours plus."

Pourquoi ne pas avoir opéré une campagne ciblée dans des lieux en dehors de l'espace public ?
 
"La campagne est bien sûr également diffusé sur des sites communautaires, dans des bars LGBT... mais les hommes gays ne sont pas tous communautaires ! Ce sont des hommes qui vivent comme tout un chacun dans la même société et il faut les toucher ! Nous avions en plus un vrai besoin de valoriser les questions autour de la prévention et de promouvoir les différents outils qui existent. Il y a de très bonnes nouvelles, ces derniers temps dans le VIH et nous souhaitions prendre la parole avec un message positif."
 
Sur le choix des visuels et des phrases, comprenez-vous que certains puissent être choqués ?
 
"Par quoi ? Ces phrases représentent la diversité des situations, elles font écho à ce qui se passent dans la vie. La diversité d'âge, d'apparence, de rencontres... Quant à l'image, je ne vois pas bien ce qui n'est pas visible par des enfants : ce sont des visuels d'hommes qui se touchent, se rapprochent avec tendresse, il y a même quelque chose de dansé là-dedans. La question de la décence par rapport aux enfants est incongrue, par rapport à un grand nombre d'autres campagnes publicitaires autrement plus choquantes. Qu'est-ce qui gênerait, à part qu'il s'agit de deux hommes entre eux ?
 
Sur la question de la stigmatisation de la population homosexuelle, en dehors de la réalité comptable du HIV, comment y réfléchissez-vous ?
 
"Nous travaillons sur nos campagnes avec un comité d'interface qui discute des stratégies à adopter : on y retrouve des infectiologues, des médecins, des institutions, mais également, évidemment, des associations LGBT ou de lutte contre le VIH. Encore une fois, nous travaillons toute l'année sur cette thématique : parfois nos campagnes sont exclusives, parfois non."

Christophe Béchu a adressé mardi après-midi une lettre à la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine. Crédit photo : Ville d'Angers/Thierry Bonnet.
Christophe Béchu a adressé mardi après-midi une lettre à la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine. Crédit photo : Ville d'Angers/Thierry Bonnet.
Des réactions entre solidarité et indignation
La décision du maire, Christophe Béchu, de retirer les affiches de la campagne anti VIH -dans un premier temps autour des écoles- a suscité de nombreuses réactions syndicales ou politiques. La CFDT Maine-et-Loire, qui vient de publier un guide de 40 pages intitulé : « Agir contre les discriminations LGBT* dans le monde du travail », demande à la municipalité d'Angers "de revenir sur sa décision qui crée plus de tensions qu’elle n’apaise. Cette décision n’améliore pas l’image d’Angers, ville qui doit être ouverte et qui doit vivre avec son temps", avance son secrétaire général Antoine Lelarge dans un communiqué. De son côté, le NPA appelle à "résister à l'offensive de l'ultra-droite à Angers et ailleurs".

Car dans la décision prise par Christophe Béchu et son bureau municipal, c'est bien l'influence de la frange droitière de sa majorité -liée à la Manif' Pour Tous ou au parti politique Sens Commun- qui est décriée. Le maire indique pourtant que cette décision a été prise "à l'unanimité" de son bureau municipal, qui réunit l'ensemble des adjoints. Nous avons donc interrogé trois de ces adjoints, reconnus pour être plus "modérés" dans leur approche.

Alain Fouquet, l'adjoint à la culture, se déclare solidaire de ses collègues. "J'ai été choqué par cette affiche. A vrai dire, je ne suis pas certain qu'elle ne soit pas pénalement répréhensible, sur le volet de la discrimination", explique l'ancien avocat. "C'est une affiche qui stigmatise et on n'éduque pas en stigmatisant. La sexualité est une des choses les plus importantes de la condition humaine et ça ne peut pas se traiter de cette façon, dans la rue."

De son côté, l'adjointe aux sport et conseillère régionale Les Républicains, Roselyne Bienvenu -longtemps directrice du CIDFF- regrette que ces quatre affiches aient été présentées au public, "comme si nos concitoyens étaient acculturés à la réflexion sur ce sujet." L'élue trouve la campagne "incompréhensible : quand on l'affiche dans la cité, c'est une provocation, et même une incitation à la haine"

Enfin le MoDem Bernard Dupré, adjoint aux transports, affiche lui aussi sa solidarité avec ses collègues de la majorité : "L'intention de cette campagne est saine, mais son expression n'est pas la meilleure. Autour des établissements scolaires, le message non décodé ou décrypté peut-être dangereux, et il me semble que ce message n'est guère tolérant avec la population homosexuelle."

En clair, on serre les rangs autour du maire, en affichant sa volonté de défendre la communauté homosexuelle. Christophe Béchu, lui, vient de faire parvenir un courrier à la Ministre de la Santé, Marisol Touraine, dans lequel réitère "que cette campagne volontairement provocante n'a pas sa place à proximité des écoles puisqu'elle délivre un message que les jeunes enfants ne sont pas en mesure d'appréhender (...) J'apprends que vous souhaitez attaquer en justice la Ville d'Angers à la suite de cette décision. Je le regrette très sincèrement (...) Je trouve totalement inacceptable le procès d'intention qui nous est fait et qui insinue que cette décision serait motivée par une quelconque homophobie. Je tiens à vous préciser de la manière la plus claire qui soit que la même campagne mettant en scène des couples hétérosexuels m'aurait conduit à formuler la même demande auprès de JC Decaux".




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1.Posté par danboc le 23/11/2016 07:15 | Alerter
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Encore une belle occasion de ternir l'image d´Angers en laissant s'exprimer l'obscurantisme émanant d'une municipalitė !
De quel droit vous permettez vous de censurer une campagne de santé publique ?
c'est l'interprétation et la récupération que vous faites de cette affiche qui est indigne !!!!!!
Utiliser l'innocence des enfants pour légitimer des idées noséabondes d'un autre temps...ce n'est pas très catholique !

2.Posté par soimeq le 23/11/2016 08:10 | Alerter
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Je trouve effectivement que l'air devient bien nauséabond chez nous par les temps qui courent. Les racistes, xénophobes et outres homophobes sont décomplexés. Danger! Ce genre de polémique a par ailleurs la grande vertu d'occuper l'espace médiatique, et les médias tombent dans le panneau. Ça fait vendre, et on ne parle pas des vrais problèmes.

3.Posté par Guillome le 23/11/2016 08:32 | Alerter
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Nous aurions bien aimé avoir l'avis de Caroline Fel adjointe à la Famille et à la Petite Enfance à la mairie d'Angers. Sa discrétion n'a d'égal que sa volonté à distiller les valeurs de la manif pour tous au sein de la majorité municipale.

4.Posté par Ménard Jean le 28/11/2016 15:44 | Alerter
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Et c'est là où l'on voit que les problèmes liés à l'ouverture du mariage aux personnes homosexuelles a été un échec politique cuisant pour la majorité en place. On peut se réjouir d'avoir des nouveaux droits, que la question de l'homosexualité ait été posée sur la place publique... mais si c'est pour avoir des années et des années de tensions derrière c'est que le débat a été soit mal posé, mais surtout pas réglé.
Et pourtant il parait que le mariage était une institution bourgeoise à abattre,...








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