Casse-tête chinois, une vie en pagaille.


Rédigé par cinéma-audiovisuel Lycée Renoir - Angers, le Lundi 9 Décembre 2013 à 16:36


Après L'Auberge Espagnole en 2001, suivie des Poupées Russes en 2004, Cédric Klapisch met en scène Casse tête chinois, troisième opus des aventures de Xavier (Romain Duris). Ce dernier, devenu jeune quadragénaire, mène une vie qui n'est pas des plus simple.



Xavier (Romain Duris) en plein recommencement © StudioCanal
Xavier (Romain Duris) en plein recommencement © StudioCanal
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Contraint d’emménager à New-York pour voir ses enfants que sa femme a emmenés avec elle en refaisant sa vie avec un autre homme, Xavier, écrivain à l'aube de son succès, tente de remédier à l'absurdité de sa vie. Entre paternité d'un nouveau genre, mariage blanc et recherche de l'amour, il est loin de démêler le fouillis qu'est son existence.

Les grandes préoccupations de la vie, sources de questionnements infinis pour le protagoniste principal, sont le fil conducteur de la trilogie. Ils sont au cœur des romans largement autobiographiques écrits par Xavier et font de Casse-tête chinois un film emblématique de notre époque. Klapisch s'était déjà intéressé à cette représentation de notre époque avec Ma part du gâteau en 2011, drame social qui interrogeait la question de la mondialisation et le choc des classes dans notre monde actuel. Dans son dernier film, la critique de la société est moins virulente, le réalisateur cherche plus à capter, à travers les questionnements de Xavier, ceux de toute une génération. Et New-York incarne parfaitement cet esprit de liberté, d'ouverture sur le monde, de renouveau permanent dans lequel les personnages de ce film vivent. Dans lequel nous vivons.

Cette ville représente en effet l'aboutissement de tous les voyages de Xavier. De Barcelone à St Saint-Pétersbourg, il n'a eut de cesse d'éprouver ce monde cosmopolite où tout semble à portée de main, sans réellement savoir où poser ses valises. Il s'installe quelques temps avec Wendy (Kelly Reilly) à Paris mais lorsqu'il doit tout recommencer dans le quartier de Chinatown à New-York sa vie semble se brouiller à nouveau. La ville devient alors un cadre à l'image du personnage ; immensité dans laquelle on se perd, logique en apparence mais profondément complexe. Klapisch film un New-York loin de Time Square et des grands clichés. Sous l'œil de la caméra, la ville, dans laquelle Xavier aurait pu être « noyé », prend des accents chaleureux notamment à travers le décors bigarré qu'est Chinatown.

Sans jamais enfermer le personnage, le cadre new-yorkais devient le lieu de tous les possibles. Klapisch porte un regard empreint d'une réelle tendresse sur son personnage, grâce au point de vue subjectif qui conduit le récit. Xavier est sincère dans les hésitations qu'ils nous offre, Klapisch filme avec bienveillance cette sincérité.

Une certaine mélancolie imprègne le début du film. Malgré un générique et une bande originale rythmés ainsi qu'un montage tout en flash-back et en flash-forward, on sent que Xavier est fatigué, presque las. Il vit ce nouveau départ dans sa vie personnelle comme un échec. Comme un non-sens. Alors, Casse-tête chinois commence par des accents nostalgiques, quand tout allait mieux, avant. La jeunesse. L'insouciance. Mais ce n'est pas pour autant que Klapisch -et à travers lui, Xavier- s'interdit l'humour. Le personnage, qui devient le double, l'alter-ego du réalisateur, prend du recul, revoit et analyse sa vie pour en livrer des scènes choisies avec beaucoup d'auto-dérision. Ses monologues intérieurs sont souvent très drôles (notamment lorsqu'il s'adresse à un philosophe allemand) et les dialogues vifs, absurdes parfois, entre les protagonistes, viennent ponctuer le film de touches d'humour. Humour que l'on retrouve également dans certaines scènes à la limite du burlesque. Humour souvent subtil et poétique que les acteurs portent avec brio.

Casse-tête chinois laisse d'ailleurs la part belle aux acteurs. Même si Romain Duris reste au cœur du film, les femmes de sa vie prennent de l'épaisseur, notamment Martine (Audrey Tautou), mais surtout Isabelle (Cécile de France). Cette dernière est parfaite en lesbienne frivole désireuse de devenir mère. Avec la question de l'homoparentalité, encore une fois Klapisch montre son talent à pour représenter son époque, sans clichés, comme Kechiche avec La vie d'Adèle.

Les enfants font également partie intégrante du film. Ils obligent les adultes à être plus responsables que dans leur jeunesse. Ils apportent une fraîcheur bienvenue, un nouveau souffle, de nouvelles préoccupations; car, dans Casse-tête chinois, on sent que les protagonistes ont évolué depuis L'Auberge espagnole et Les Poupées russes. Il ont mûri, ils sont devenus adultes avec les hauts et les bas qui en découlent.

Mais surtout, Xavier et les autres savent désormais que, quoiqu'il arrive, la vie continue.

Mélina













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