Charlotte et le pari de l’agroforesterie


Rédigé par - Angers, le 23/12/2013 - 08:56 / modifié le 23/12/2013 - 09:05


Charlotte de Clerck a quitté Paris pour réinvestir la ferme de ses aïeux à Miré, au nord du Maine-et-Loire. En pariant sur les arbres pour donner sens à son retour à la terre.



Charlotte de Clerck a tourné le dos à Paris pour venir vivre à la ferme de ses arrières grands-parents à Miré.
Charlotte de Clerck a tourné le dos à Paris pour venir vivre à la ferme de ses arrières grands-parents à Miré.
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Accroupie au milieu de son potager, Charlotte de Clerck plonge ses mains sous la couche de BRF qui recouvre le jardin : « Regardez cette terre comme elle est riche et meule. Ce n’est pas ce que souhaite n’importe quel jardinier ? » La question est posée dans un sourire où l’on devine tout à la fois satisfaction, fierté et bonheur de partager, par l’exemple, les effets concrets de ses choix de culture.

Le BRF ou bois raméal fragmenté, c’est le fertilisant du projet agricole de Charlotte. Un mélange de broyats de rameaux de bois, non composté, qu’elle utilise comme paillis sur la couche supérieure de ses sols pour les aérer et les enrichir. Il y a plus de dix ans, cette ancienne psychologue du travail a tourné le dos à Paris pour venir vivre à la ferme de ses arrières grands-parents à Miré, à trente minutes au nord d’Angers, en lisière du département de la Mayenne. Un héritage certes, un choix surtout. Guidé autant par de solides convictions, que par ses attaches affectives et la lassitude de Panam’. « Je venais ici toute petite. J’étais déjà passionnée d’arbres », raconte Charlotte.

En 2001, c’est le ventre rond qu’elle retrouve les Prés de Lucé, le lieu-dit familial, et sa quarantaine d’hectares exploités en fermage par un voisin, pas plus épanoui que ça dans son boulot. « Quatre-cinq ans après, il est venu me dire qu’il en avait marre, que la mise aux normes s’imposant à l’exploitation, il avait décidé d’arrêter. Et qu’il avait trouvé un repreneur... » Pour la propriétaire des lieux, c’est l’heure des choix. « J’avais planté mes premiers arbres en 2002. J’ai décidé de reprendre concrètement en main la ferme. » De facto, « la Parisienne » voit se mettre en branle « le lobby local anti-chardons », rigole-t-elle. Le lobby anti-chardons ? « Ces agriculteurs qui ont décidé de reprendre vos terres et colportent pour cela le fait qu’elles sont mal entretenues... ».

"Quelques essais noyés sous la flotte"

Ce qui, admet-elle aujourd’hui, n’était « pas complètement faux non plus ». Charlotte prend le statut agricole pour éviter un conflit plus dur. Conduit désormais elle-même le tracteur. Lit, s’informe, consulte pour trouver les moyens de concilier sa passion pour les arbres et sa volonté de garder la ferme familiale. Claude et Lydia Bourguignon, ce couple d’agronomes, héros du film de Coline Serreau, « Solutions locales pour un désordre global », débarque à Miré et l’encourage dans sa voie agroforestière pour revivifier ses sols.

Des sols limono-argileux qu’elle va quadriller de chênes, de frênes, de cormiers, de fruitiers…, et au milieu desquels elle sème colza, blé, luzerne, maïs, chanvre, tournesol. L’enjeu ? Favoriser les interactions entre les cultures et les arbres et éviter leur compétition. Elle apprend. De ses échecs – « quelques essais noyés sous la flotte » – comme de ses réussites. Voit insectes et faune recoloniser ses terres, et certains agriculteurs... lui apporter leurs propres rameaux de bois. « Leur regard change, il y a plus de respect. De mon côté, j’ai appris à prendre autant soin de ma terre que de mes cultures », indique Charlotte. Au quotidien, deux hommes l’aident, son compagnon, Juan, et un entrepreneur qui intervient à façon.

« On recherche aussi des stagiaires motivés. Ça ne fait pas encore vivre pour le moment mais je vois les résultats concrets en terme d’agronomie et de biodiversité. C’est un projet à dix ans pour les premiers retours et un investissement à très long terme ». Autres grands gagnants, ses enfants, dont elle apprécie la relation « géniale » à la nature et aux animaux. Cochons – ses animaux préférés –, poules et chevaux peuplent aussi les Prés de Lucé. Sans regret ? « Non. Je suis convaincue que les changements agricoles viendront aussi de la ville. On adore être dehors, on est heureux ici ».

Pour en savoir plus : www.agroforesterie.fr ou missionbocage.fr




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