"Chauve(s)", dans le sein des saints du combat...


Rédigé par - Angers, le 16/10/2015 - 18:30 / modifié le 17/10/2015 - 14:35


A Angers comme ailleurs, la campagne de sensibilisation sur le cancer du sein -Octobre Rose- bat son plein sur le territoire. Un sujet qui est au centre de la BD "Chauve(s)", parue il y a quelques mois à La Boîte à Bulles. Un exorcisme devenu témoignage qui touche au cœur par sa force, sa sincérité et son humour. On en parle avec son auteur, Benoît Desprez.



"Le choix". Planche extraite de "Chauve(s)" de Benoît Desprez.
"Le choix". Planche extraite de "Chauve(s)" de Benoît Desprez.
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"C'est l'histoire de la femme que j'aime (et elle a un cancer)". Dans l'édition, la quatrième de couverture est souvent le lieu des raccourcis, parfois celui des leurres. Rarement celui de la phrase juste. Simple, concise, sincère, celle qui referme la première BD de Benoît Desprez -graphiste de métier- compose pourtant un résumé idéal de "Chauve(s)" : 72 planches comme autant de tranches de vie, d'abattements et de rires au cœur de la maladie. Dix-huit mois durant, Olivia et Benoît ont lutté contre le cancer du sein, en Bretagne. Là où le soleil finit toujours par se lever...
 
Benoît, quand avez-vous appris la maladie d'Olivia ?
 
"Ça faisait quelques mois que l'on était ensemble. Et on pressentait bien qu'il y avait quelque chose de pas très très cool dans son sein gauche. Mais Olivia avait plein d'autres choses en tête, et elle a repoussé toujours un peu plus le moment de poser un diagnostic. Jusqu'au jour où elle l'a fait : la tumeur faisait déjà plus de 7 cm..."
 
Comment avez-vous réagi tous deux à cette nouvelle ?
 
"C'est le ciel qui vous tombe sur la tête, parce qu'on a beau s'y préparer, ça reste très inattendu. Les premiers temps, ce sont des moments d'abattements profonds, avec les mauvaises nouvelles qui s'accumulent sur le plan médical, l'impression qu'on ne pourra pas s'en sortir. Et puis il y a ce moment où on se lève et où on se dit : "Ca va se lever !"
Dès le diagnostic de sa maladie, Olivia m'a posé très clairement la question de savoir si je voulais rester. C'était pour moi une évidence... A partir de ce moment-là, on a essayé de continuer à vivre comme on le faisait avant, malgré sa fatigue, les hauts et les bas, les interrogations quant à l'issue de ce combat..."
 
Vivre comme avant, ça veut dire quoi ?
 
"Boire, fumer, faire l'amour, sortir. On a choisi d'aller à fond là-dedans. Nous étions un couple festif, un peu rock'n'roll, punk. Je raconte dans "Chauve(s)" l'épisode du Festival interceltique de Lorient où on a débarqué en criant : "Barrez-vous, voilà Sinead O'Connor !" Alors voilà, on a vécu durant 18 mois -du diagnostic à son début de rémission- quelque chose d'hors du commun, un amour fou, très intense. Ensemble, même si Olivia m'a dit un jour quelque chose que j'ai mis du temps à comprendre : "Je suis seule face à la maladie"... Ça veut dire sans doute seule face à ses peurs, ses interrogations..."

Quand et pourquoi avez-vous commencé à dessiner ce que vous viviez ?
 
"Quelques semaines après le diagnostic. Ça me permettait d'extérioriser, une sorte d'exutoire pour me libérer de mes peurs, de mes interrogations. Mais je n'avais alors strictement aucune envie d'en faire un livre. Avec Olivia, nous étions assez présents sur les réseaux sociaux, nous n'hésitions pas à montrer notre amour. J'ai commencé à mettre quelques planches sur TumblR, puis sur une page Facebook, qui, à notre grand étonnement, a commencé à être pas mal fréquentée. J'ai commencé à recevoir des témoignages de gens qui m'ont fait prendre conscience que le côté des accompagnants était très peu abordé, d'une manière générale. Moi, je dessinais dans mon coin, sur la table de la cuisine, je n'avais absolument aucune conscience de cela."
 
Vous n'avez jamais eu de doute, par rapport à ce que vous faisiez ?
 
"Si. Ça m'est arrivé de ne plus vouloir dessiner, mais comme je l'explique dans le récit, Olivia me disait qu'elle aimait bien quand je dessinais, parce que ça l'apaisait. L'idée d'en faire un livre m'a été suggérée très tard, alors que j'avais déjà une grande majorité des planches. Finalement, c'est pour faire les dernières planches que j'ai ramé : parce qu'on les écrits après, alors que la maladie est en partie derrière et qu'on a plutôt envie de passer à autre chose que de se complaire dans cette épreuve. Il y a autre chose dont on parle peu : c'est de l'après-maladie et de la difficulté pour les anciens malades et leurs proches de tourner la page..."
 
Comment Olivia a-t-elle reçu ce récit ?
 
"Je crois qu'elle en est très fière, même si, comme moi, elle est incapable de le lire ! Elle a réussi à très vite prendre de la distance avec le personnage dessiné, même si l'ensemble de ce que je raconte est exactement ce que nous avons vécu. Au-delà d'une histoire sur le cancer, "Chauve(s) est une histoire d'amour : nous avons traversé ensemble une épreuve, se soutenant l'un l'autre. Pendant la maladie, elle devait faire de l'exercice, donc elle a commencé à se balader avec moi et à faire de nombreuses photos - une de mes passions- ; elle a travaillé son œil... J'ai fait d'elle une photographe professionnelle et elle a fait de moi un auteur de BD, un rêve de gamin que j'aurais mis 40 ans à réaliser !"

Cette épreuve vous a-t-elle rendu particulièrement sensible à des événements comme Octobre Rose ?
 
"Oui, j'ai beaucoup d'amis qui sont impliqués dans des associations autour de ça, même si cette année, je me tiens plus en retrait par rapport aux deux précédentes. Les plus beaux moments se passent parfois en dédicace. Il y a quelques semaines, j'ai signé à Paris et une femme chauve s'est avancée vers moi : elle était venue de Belgique spécialement pour cette dédicace..."
 
Vous avez d'autres projets BD en gestation ?
 
"Oui, je veux continuer ! Je travaille actuellement avec un ami scénariste, Frédéric Mellet à un récit totalement barré, mais ancré dans notre monde. L'idée de départ, ce sont les moments passés seul à Lyon pendant l'écriture de "Chauve(s)". Le titre ? "Ça va se lever"..."

"Chauve(s)", Benoît Desprez, éd. La Boîte à Bulles, 12 €.

A Angers, Octobre Rose se poursuit dimanche avec un gros temps fort : un challenge sportif au départ du Quai, dès 9 heures dimanche 18 octobre. Pour plus d'infos, c'est ici
Extraits de "Chauve(s)", de Benoît Desprez, éd. La Boîte à Bulles.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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