Christian Godefroy : «Les Restos du Cœur sont un pied de nez à l’économie»


Rédigé par Cédric SOULIÉ - Angers, le 25/11/2013 - 07:22 / modifié le 25/11/2013 - 18:00


Depuis fin septembre, il est le nouveau président de l’association départementale des Restos du Cœur. Christian Godefroy et ses 1 290 bénévoles lancent leur nouvelle campagne d’hiver, ce 25 novembre. L’occasion pour lui de faire le point sur leur action, d’évoquer les projets. Et de constater que leur militantisme à l’égard des plus démunis n’est pas prêt de s’arrêter. Entretien…



Ancien trésorier, Christian Godefroy a été élu président des Restos du Cœur de Maine-et-Loire en septembre dernier.
Ancien trésorier, Christian Godefroy a été élu président des Restos du Cœur de Maine-et-Loire en septembre dernier.
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Y-a-t-il une hausse des demandes d’aide au niveau local et départemental par rapport aux années précédentes ?
« Sur la dernière campagne de mai 2012 à avril 2013, on observe une hausse de bénéficiaires de l’ordre de 8 % à l’échelle du Maine-et-Loire. Ce qui représente 6 449 familles accueillies dans les 26 centres des Restos du Cœur, soit 15 307 adultes et 1 266 bébés (de zéro à 18 mois). Sur cette période, nous avons distribué plus de 1,5 million de repas. J’ajoute que nous allons ouvrir un 27e centre, un Resto Bébé, courant novembre, au cœur du quartier de la Baumette, rue Couffon à Angers. Nous pourrons y accueillir plus de 300 bébés et leur famille. Cette ouverture va aussi nous permettre de désengorger notre unique antenne angevine située rue du Mail. D’ailleurs, je peux d’ores et déjà vous annoncer qu’avec l’aide de la mairie d’Angers, un nouveau centre – réservé aux adultes – ouvrira ses portes en avril 2014 dans le quartier de la Roseraie à Angers. »

A combien s’élèvent vos dons ?
« Ils s’élèvent à 174 000 euros. Cela inclut la ”collecte bébés” que nous organisons une fois par an, ainsi que l’abandon des frais de nos bénévoles qui en font cadeau aux Restos lorsqu’ils se rendent dans les différents centres du département. »

Ces dons suffisent-ils à financer vos actions ?
« Toute la partie distribution alimentaire et nos différentes activités –Toit du Cœur, notamment – sont en partie subventionnées par l’association nationale qui nous donne un coup de main chaque année. Mais, les dons sont la source financière essentielle pour couvrir nos différents champs d’action. A l’exception de nos chantiers d’insertion qui, eux, font appel à des subventions provenant de collectivités territoriales et de notre association nationale. En fonctionnement, charges comprises, notre budget annuel s’élève à 2,2 millions d’euros par an. Et les recettes s’articulent autour des dons, des subventions (Ville, Conseil général, Région) et des emplois des chantiers d’insertion, soit 1,9 million d’euros. »

Parlez-nous de vos chantiers d’insertion ?
« On croit à tort que les Restos du Cœur sont uniquement des distributeurs de repas pour les plus démunis. Mais, depuis plusieurs années, nous développons aussi l’accompagnement de personnes en difficulté sociale et professionnelle. Pour cela, nous avons d’abord lancé les Jardins de proximité – 8 hectares soit 16 jardins – qui redonnent envie à certains de travailler. Aujourd’hui, nous produisons pas loin de 68 tonnes de légumes par an, le tout coordonné par une centaine de bénévoles. Ce dispositif est un premier pas vers l’insertion, car les Restos du Cœur ont depuis 2006 mis sur pied trois chantiers d’horticulture : à Trélazé, à Saint-Lambert-des-Levées à côté de Saumur et depuis avril 2012, nous avons repris un chantier issu de Promojeunes à Angers. Ce qui équivaut à 58 salariés qui tentent de se réinsérer.»

"On touche tous les âges, du bébé à l’adulte jusqu’aux personnes âgées. Mais aussi quelques étudiants, des personnes seules (36 %), beaucoup de familles monoparentales (31 %)…"

Combien comptez-vous de bénévoles au sein des Restos du Cœur à l’échelle départementale ?
« Aujourd’hui, nous sommes 1 290 bénévoles répartis sur les 26 centres. Depuis mai 2013, nous comptons une petite cinquantaine de bénévoles supplémentaires qui, eux, œuvrent sur le RestoBus. Et nous sommes toujours et encore à la recherche de personnes qui peuvent et qui veulent donner un peu de leur temps et de leur bonne humeur. Il suffit pour cela qu’elles se présentent au siège des Restos à Saint-Barthelémy-d’Anjou ou dans l’un de nos centres. En fonction de leur disponibilité et de leur souhait, nous les orientons et nous les formons. C’est une obligation. »

En quoi consistent ces formations ?
« La toute première porte sur la connaissance et l’historique des Restos du Cœur. Une sorte de tronc commun qui doit être suivi dans les trois mois précédant l’entrée dans l’association. Ensuite, nous proposons des formations plus spécifiques, comme celle d’inscripteur. Elle consiste à maîtriser l’accueil des bénéficiaires et le contrôle de leur droit d’accès aux Restos. »

Question plus personnelle : comment devient-on président des Restos du Cœur du Maine-et-Loire ?
« En ce qui me concerne, c’est une histoire de passion, de militantisme et d’état d’esprit. Les Restos du Cœur sont une entreprise extraordinaire de bonne volonté, d’amitié et de générosité. J’ai de plus eu la chance de succéder à Jean-Pierre Menanteau, président des Restos pendant 3 ans, qui m’a bien préparé le terrain. »

Revenons sur la nouveauté 2013, le RestoBus, ce dispositif répond-il réellement à une demande ?
« Nous avons d’abord voulu le tester de mai à juillet 2013. Et très vite, nous nous sommes rendu compte qu’il existait effectivement un réel besoin à Angers. Le principe est simple : trois jours par semaine, nous stationnons le bus, quai Gambetta de 19 heures à 20 h 45 pour ensuite nous rendre à la gare d’Angers où nous proposons des repas chauds jusqu’à environ 22 heures. Chaque soir, nous servons en moyenne 130 repas sans condition. Seulement, un prénom pour un repas chaud. »

Qui sont les bénéficiaires des Restos du Cœur ?
« On touche tous les âges, du bébé à l’adulte jusqu’aux personnes âgées. Mais aussi quelques étudiants, des personnes seules (36 %), beaucoup de familles monoparentales (31 %), très peu de SDF qui préfèrent venir au RestoBus. On observe aussi que 45 % des bénéficiaires sont venus chez nous pour la première fois lors de la dernière campagne. C’est une réelle satisfaction d’accueillir ces personnes qu’on ne voyait pas avant. Et on sait que 52 % de nos bénéficiaires ont moins de 24 ans. Quand même… Tous ces gens répondent à un barème, lié à leur revenu, allocations ou encore aides sociales, qui leur permet – ou non – de bénéficier des Restos du Cœur. »

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce barème ?
« Nous avons deux barèmes, un d’été et un d’hiver comme dans les 116 associations des Restos du Cœur présentes sur le territoire national. Mais, sur ce sujet, on évite de communiquer des chiffres. Et d’ailleurs, je ne les ai pas en tête. »

"Coluche, on est très fiers de toi, mais tu nous a mis dans une belle pagaille"

Pourtant, on entend souvent dire que tous ceux qui bénéficient des Restos du Cœur ne sont pas aussi démunis que cela. Qu’en est-il ?
« Oui, cela fait référence à cette fameuse image : une famille de quatre personnes – les parents et les deux enfants – qui vient aux Restos en Mercedes. Sauf qu’on oublie de dire que la voiture avait plus de 25 ans et que les gens dormaient dedans ! Non, il faut arrêter avec ces préjugés. Nos inscripteurs veillent au grain et contrôlent scrupuleusement la situation de chacun de nos bénéficiaires. Et si le doute subsiste, nous leur délivrons des cartes provisoires en leur demandant de revenir avec leurs papiers à jour. »

La fraude n’a donc pas lieu d’être aux Restos du Cœur.
« Elle existe, mais le taux est infime, de l’ordre de 3 % à 4 %, pas plus. Comme un peu partout. Et je tiens aussi à préciser que jusqu’alors, nous distribuions six repas par personne et par semaine – nous mangeons tout de même 21 fois, rappelons-le –, mais l’association nationale nous a demandé de monter à neuf repas par semaine pour les personnes seules. »

Les associations comme la vôtre ne se substituent-elles pas au rôle des pouvoirs publics ?
« Bien évidemment. D’ailleurs, sur le projet du RestoBus, nous sommes allés taper à la porte de la directrice de la Cohésion sociale du département pour qu’elle nous aide. Et avec un dispositif comme celui-là, nous allons bien au-delà de la simple banque alimentaire. On écoute, on oriente, on conseille les gens. Nous sommes très proches de la mission première du Samu social. »

BIO-EXPRESS

1950 : naissance le 14 avril à Paris (XIIIe).

1969 : sort de l’école des d’Arts et Métiers (Paris) avec un DUT de comptabilité.

1977 : arrivée à Angers.

1990 : directeur financier du groupe Géodis (transporteur) pour le grand-ouest.

2009 : part en retraite et entre comme bénévole aux Restos du Cœur de Maine-et-Loire. Il occupe alors le poste de trésorier.

2013 : prend la présidence des Restos du Cœur en Maine-et-Loire.

FAÇON PROUST

Le bonheur parfait selon vous ?
« Le parfait n’a pas d’intérêt ».

Le trait de caractère dont vous êtes les plus fier ?
« Le respect des autres ».

Votre qualité préférée chez une femme ?
« Sprirituelle et drôle ».

Et chez un homme ?
« La volonté face à l’effort ».

Votre personnalité préférée ?
« Nelson Mandela ».

Votre artiste préféré ?
« Georges Brassens ».

Votre film culte ?
« “Grease” (1978), une comédie musicale de Randal Kleiser avec John Travolta et Olivia Newton-John ».

Le livre qui a changé votre vie ?
« “La Peau” de Curzio Malaparte ».

Votre chanson préférée ?
« “Melocoton” de Colette Magny ».

Votre plat préféré ?
« Saumon à l’unilatéral ».

Votre meilleur souvenir professionnel ?
« Diriger l’agence des transports Germain (aujourd’hui Dusolier) à Cholet en 1998 et redresser la barre grâce à l’énergie et à la confiance de tout le personnel ».

Que détestez-vous le plus au monde ?
« La violence sous toutes ses formes ».

Le défaut qui vous inspire le plus d’indulgence ?
« L’étourderie et le désordre ».












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