Christian Roblédo : « L’Université a une responsabilité sociale »


Rédigé par Tiphaine Crézé et Sébastien Rochard - Angers, le 18/04/2016 - 08:00 / modifié le 18/04/2016 - 16:54


A la tête de l’Université d’Angers depuis mi-février, Christian Roblédo évoque ses souvenirs d’étudiant, la jeunesse d’aujourd’hui face à la précarité, les finances de l’établissement et les objectifs qui présideront à sa mandature.



Pour le nouveau Président de l'Université d'Angers, "les futurs créateurs d’activités peuvent émerger de l’environnement universitaire." (crédit photo : Université d'Angers - Gilles Morin)
Pour le nouveau Président de l'Université d'Angers, "les futurs créateurs d’activités peuvent émerger de l’environnement universitaire." (crédit photo : Université d'Angers - Gilles Morin)
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Quel genre d’étudiant étiez-vous ?
 
« J’étais un étudiant modèle comme il se doit (rires). Un étudiant intéressé par ses études. J’avais fait plutôt un bac série économique ; à l’époque, l’orientation n’était pas aussi active qu’elle ne l’est aujourd’hui et donc j’étais en faculté d’économie. J’ai découvert un monde passionnant, et puis j’ai mal tourné, donc je suis parti vers la gestion. »
 
Etiez-vous un étudiant engagé ?
 
« Lorsque je suis arrivé à Brest, je me suis beaucoup plus impliqué dans la vie universitaire : j’ai participé à la création de la première Junior Entreprise qu’il y a eu à l’Université de Brest. J’étais étudiant pendant la loi Devaquet (projet de loi qui visait à instaurer, en 1986, une sélection à l’entrée en université et leur mise en concurrence. Il ne verra jamais le jour NDLR) et j’ai donc participé, comme beaucoup d’étudiants je pense, aux manifestations de l’époque. »
 
Que pensez-vous justement, de la mobilisation actuelle des jeunes autour du projet de loi Travail ?
 
« C’est un sujet complexe à plusieurs niveaux. J’ai participé moi-même à ces mouvements, donc je sais quelle peut être, à un moment donné, la psychologie d’un étudiant qui découvre pour la première fois un mouvement qui se met en place… Ceci étant, ça traduit une réelle inquiétude, quel que soit d’ailleurs la pertinence de ce que contient la loi El Khomri. Il y a une angoisse de la jeunesse sur son propre avenir. Le trait commun des derniers mouvements que l’on a eu, c’est qu’il y a quasiment plus de lycéens que d’étudiants : on voit que ça touche la jeunesse d’un pays. »
 
Dans cette contestation, on retrouve régulièrement les thèmes de la précarité et de l’adaptation au marché de l’emploi. Considérez-vous que l’Université d’Angers joue son rôle en la matière ?
 
« C’est un paradoxe : on a souvent fait le reproche à l’Université d’Angers, dans les instances universitaires, d’être une université professionnelle, qui a fortement développé des formations à vocations professionnelles. Ça reste pour moi une responsabilité sociale de l’université : quand des jeunes et leurs parents nous font confiance, on doit leur proposer des filières dans lesquelles les étudiants se forment à des métiers pour lesquels il y a des emplois à la sortie. »
 
Comment procède-t-on pour y parvenir ? Et le lien formation-emploi doit-il être systématique ?
 
« Il faut travailler un peu plus fortement sur le lien université-écosystème : il ne s’agit pas de mettre en place uniquement des formations utilitaristes, nous avons aussi d’autres missions, mais une d’elles est de dire : « Toi étudiant, quand tu sors, tu es préparé, tu peux t’intégrer sur le marché du travail, dans un emploi qui correspond à ta formation ». Ça passe par des forums où l’on fait venir des entreprises à l’université, ce qui n’est pas un gros mot. C’est intégrer à nos formations des intervenants professionnels qui viennent transmettre leur expérience. C’est aussi les conseils de perfectionnements, qui réfléchissent à l’évolution et l’adaptation des formations, par rapport aux besoins ou au marché, à court et moyen terme. La mission de l’université, c’est aussi d’être capable d’anticiper les métiers de demain. Les futurs créateurs d’activités peuvent émerger de l’environnement universitaire. »
 
"Il y a une angoisse de la jeunesse sur son propre avenir"


Trouvez-vous que l’Université d’Angers rayonne au niveau national ?

« Incontestablement oui. Pas sur tous les sujets. Mais sur un certain nombre de sujets, nous sommes clairement identifiés : sur le végétal par exemple, en terme de recherche et de formation, nous sommes en pointe ; sur le tourisme, ça ne fait pas débat : nous avons la seule composante en France centrée sur le sujet. »
 
Faut-il développer ce rayonnement sur d’autres sujets ou se concentrer sur ce que l’on sait faire ?
 
« Il faut asseoir notre crédibilité sur ces sujets là : le rayonnement ne repose pas sur de la communication, mais sur des réalités : l’efficacité des formations, la recherche qui appuie ces formations… rien n’est acquis en la matière. Après, nous avons d’autres sujets sur lesquels nous avons des atouts à faire valoir, par les compétences internes à l’université, mais également par l’écosystème dans lequel nous sommes. L’électronique professionnelle et du numérique en sont de bons exemples.
De ce point de vue, Angers et sa région sont clairement identifiées comme un pôle de compétence à l’échelle nationale et européenne. Angers labellisée French Tech, ça n’est pas le fruit du hasard. L’Université est partie prenante de cette dynamique, du développement local. Tout ça permet de faire rayonner l’université, ce qui n’est pas une fin en soi : une Université rayonnante dans un désert, ça ne sert à rien. »

Venons-en aux résultats obtenus par l’Université d’Angers, qui figure en tête des bilans en matière de réussite en licence. Comment l’expliquez-vous ?

« Ça fait plusieurs années que nous sommes sur la première ou deuxième place sur ce type de critères: il n’y a pas de hasard. C’est la conséquence de tout un travail de fond qui a été mené à l’Université ces 6 dernières années. Le principe, c’est l’analyse des facteurs qui font qu’un étudiant a des difficultés à s’intégrer à l’Université : « C’est quoi le problème ? » Nous agissons ainsi sur trois paramètres : l’information-orientation, l’intégration et l’accompagnement.
Sur le premier point, il y a eu tout un tas de dispositifs qui ont été mis en place, pour établir des relations de partenariat assez fines avec les principaux lycées qui envoient des élèves à l’université, avec des référents universitaires et lycéens.  Ça a permis notamment de démystifier l’Université d’Angers.
Ensuite, il y a un système d’accompagnement pluriel - par les pairs, avec des tuteurs étudiants qui sont là pour du tutorat pédagogique ; par un service déployé au sein de l’université (le Suoip : Service universitaire d'information, d'orientation et d'aide à l'insertion professionnelle) - qui permet d’accompagner l’étudiant dans sa vie universitaire, à travers notamment le projet personnel et professionnel. Ce dispositif est extrêmement développé ici, car il est suivi, encadré, et fait l’objet d’une évaluation. »
 
On sait que l’un des facteurs de réussite ou plutôt d’échec des étudiants, c’est le temps qu’ils peuvent passer dans un job étudiant, une réalité qui se renforce de plus en plus. Comment la considérez-vous ?
 
« Nous avons intégré cela à notre dispositif. Nous avons développé les emplois étudiants, partant de la réalité que les étudiants étaient amenés à occuper des petits boulots. Autant, avec les moyens financiers qui vont avec, proposer ce type d’emplois étudiants –autour de 300 contrats- qui permettent une intégration plus profonde à l’université. C’est une aide directe.
En matière d’aide indirecte, on va institutionnaliser l’expérience acquise par les étudiants qui occupent des emplois étudiants, même à l’extérieur de l’Université. On développe des compétences complémentaires de celles que l’on peut développer à l’Université… tout ça sera désormais intégré à un supplément diplôme, pour ceux qui le souhaitent. »
 
Moins d'un étudiant sur sept s'est déplacé pour voter aux dernières élections universitaires. Safia Kiker, la nouvelle vice-présidente étudiants propose de mettre en place un "temps d'enseignement consacré à l'explication du fonctionnement interne de l'Université". Elle souhaite également "étendre l'accompagnement des associations étudiantes mais également développer leur consultation" lors de prises de décisions". Qu'en pensez-vous ?

« La participation des étudiants à la démocratie de l’établissement est à la fois une problématique et un enjeu. Une problématique si l’on considère le taux de participation de 13 % aux dernières élections des conseils centraux dont on ne peut se réjouir quand bien même il est dans la fourchette haute au niveau national. Un enjeu pour faire passer les étudiants d’un statut d’usager de l’Université à celui d’acteur. En ce sens, la priorité accordée à la question de l’accompagnement des associations étudiantes est tout à fait intéressante. »
 
Une Maison des étudiants verra-t-elle le jour sous votre mandature et sous quelle forme ?

« Je porte avec mon équipe le projet d’une maison des étudiants qui pourrait accompagner les étudiants et leurs associations en leur permettant d'y organiser leurs réunions et d’y préparer leurs projets. L’intérêt de tels locaux est la synergie que la proximité des différentes associations peut dégager. Nous prévoyons d'installer physiquement cette maison sur le campus de Belle-Beille de manière à lui redonner vie, mais les actions qui y seront déployées par l'intermédiaire des associations ont bien évidemment vocation à rayonner sur l'ensemble des campus. »
 
Quelle est aujourd’hui la santé financière de l’Université d’Angers ? Avez-vous les moyens de mettre en œuvre les différentes politiques dont vous venez de parler ?
 
« En partie, oui. On a connu certaines difficultés en 2010, 2011 et 2012, mais ça va un mieux, grâce au volant d’oxygène amené en partie par un soutien du ministère de tutelle, mais également des collectivités qui nous ont aidés. Cela s’est fait au prix d’un plan de retour à l’équilibre qui a eu pour nous une vertu : il a permis justement de planifier une politique de développement. Et le développement de l’université, c’est de la matière grise. Nous avons pu relancer notre politique de recrutement, en appui d’objectifs.
Les fonds nous ont aussi permis de travailler, dans une certaine mesure, à un rééquilibrage des composantes.
Aujourd’hui notre situation annuelle est saine, notre capacité d’autofinancement est bonne, ceci étant, on reste extrêmement dépendant de la dotation du ministère. Par rapport à notre volume d’activité, nous sommes sous-dotés : il nous manque autour de 300 personnes et 7M€ ! »
 
« Faire passer les étudiants d’un statut d’usager de l’Université à celui d’acteur. »
 
Les élections à la Communauté d’universités et d’établissements Université Bretagne Loire (Comue UBL) viennent d’avoir lieu dans une indifférence quasi-générale. Quelle est la raison d’être de ce nouvel établissement ?
 
« La loi impose à chaque établissement public d’enseignement supérieur de se regrouper dans une nouvelle université. La Comue repose sur un principe d’universités fédérales : elle n’a pas été constituée dans l’objectif de fusionner l’ensemble de tous ces établissements : il s’agit de conserver l’identité de chacun des membres, avec son statut parfois particulier. Il s’agira de jouer sur cette richesse, et ce n’est pas juste un langage d’auto-conviction : il peut réellement y avoir des conséquences extrêmement positives pour l’ensemble des établissements. »
 
Quels avantages en attendez-vous, en terme de recherche et de formations ?
 
« Avoir une force de frappe plus importante quand il s’agit de répondre à des appels à projet internationaux : un seul établissement n’a pas forcément les moyens d’y répondre seul, et je ne parle pas là de moyens financiers, mais de moyens scientifiques.
Pour les étudiants, il y a des formations qui sont quasiment les mêmes à Nantes, Angers ou Rennes, mais ce sont des formations pour lesquelles on a un public, ce ne sont pas des filières vides ! Ça n’aurait pas de sens, en terme de réponse à notre population étudiante, dire : « Et bien voilà, maintenant, l’informatique, ça n’est qu’à Rennes ». Par contre, ce qui peut être intéressant, c’est qu’il peut y avoir une spécialité qui n’est enseignée qu’à Angers : ça peut permettre aux étudiants quel que soit leur lieu d’inscription initiale de pouvoir venir avec fluidité de Brest à Angers ou symétriquement. C’est une vraie richesse ! »
 
N’y a-t-il tout de même pas un risque de voir les financements orientés sur les pôles d’excellence au détriment des autres filières ?
 
« Mais ce système existe de fait, en dehors de la Comue ! Le financement de la recherche aujourd’hui se fait par des moyens certes récurrents, mais qui sont relativement faibles par rapport aux moyens que l’on a par le biais des appels à projets, qu’ils soient régionaux ou internationaux. »

Jean-René Morice continue d'être vice-président en charge de la culture et des initiatives sous votre présidence. En quoi la culture à l'Université peut accompagner la réussite des étudiants ?
 
« S’agissant de la politique culturelle, l’Université d’Angers occupe, pour la quatrième année consécutive, la première place de la réussite en licence, mais nous souhaitons que nos étudiants puissent profiter de leur passage à l’Université d’Angers pour s’épanouir personnellement. Comme en témoigne le Festival de la création universitaire, ou encore le dispositif de la Carte culture, nous leur offrons la possibilité d’être spectateur et/ou acteur de la culture : la réussite étudiante n’est pas obtenue au détriment de la qualité de la vie étudiante. »
 
Un mot sur le report de la construction de la ligne B du tram, dont un des terminus est Belle-Beille ?

« L’Université d’Angers se félicite du passage de la seconde ligne de tramway dans le campus Belle-Beille et nous avons pris acte du report de la réalisation de cet ouvrage. Dans l’attente nous souhaiterions que la liaison entre ce campus et le centre ville soit plus efficace : nous travaillons conjointement avec les autres établissements d’Angers Loire Campus et Angers Loire Métropole pour satisfaire au mieux les 13 000 étudiants qui viennent quotidiennement y suivre leurs cours. »

Bio express
- 1966 : Christian Roblédo naît le 2 mars à Pau.
- 1995 : Docteur en Sciences de Gestion
- 1996 : Arrivée à l’Université d’Angers en qualité de Maître de conférences
- 2002-2012 : Directeur de l'ISTIA
- 2012-2016 : Vice-président du conseil d’administration du l'Université d’Angers
- 2016 : Président de l’Université d’Angers












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