Christophe Béchu : « Les partis ont une vie et une mort »

QUELLE VOIE POUR LA DROITE ET LE CENTRE ? #5


Rédigé par Recueilli par Yves BOITEAU et Sébastien ROCHARD - Angers, le 26/02/2016 - 08:09 / modifié le 29/02/2016 - 08:46


S’il portera la parole d’Alain Juppé lors des primaires à droite, Christophe Béchu s’est tenu plutôt à l’écart, publiquement parlant, des débats politiques internes à sa formation depuis son élection à la mairie d’Angers en 2014. Rapport aux partis, primaires, présidentielle, recomposition… le sénateur-maire Les Républicains d’Angers nous livre ses réflexions.



Crédit photo : Thierry Bonnet/Ville d'Angers
Crédit photo : Thierry Bonnet/Ville d'Angers
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Quelle considération avez-vous des partis, depuis votre entrée en politique ?
 
« La méfiance vis-à-vis des partis consiste à se dire : ce sont des endroits qui tuent le débat, on est dans du militantisme… et cette espèce de préjugé, je l’avais avant d’entrer en politique. D’abord, je crois ne jamais y avoir eu de responsabilité à part comme président des jeunes UDF. Et puis j’ai toujours été assez attaché à mon indépendance. »
 
Cette méfiance n’a sans doute jamais été plus forte qu’aujourd’hui. Comment l’interprétez-vous et quel rôle peuvent encore tenir les partis dans ce contexte ?
 
« Il y a l’image et la réalité. L’image qu’ils renvoient, c’est la caserne, le petit doigt sur la couture du pantalon, le culte du chef… La réalité, c’est que les partis sont d’abord ce que les gens qui sont à l’intérieur, en font. Ici, la nature des réunions de section de parti n’est sûrement pas comparable à ce qui se vit à Lille, Strasbourg ou Marseille. Ensuite, cette réalité tient aussi aux personnalités des responsables. Enfin, quoi qu’on puisse en penser, c’est la moins mauvaise organisation pour faire vivre la démocratie, qui est, elle-même, le moins mauvais système de gouvernance. Ça, c’est le point de départ. »
 
Et le point d’arrivée ?
 
« Les partis ont une vie et une mort ; simplement, le moment de ces mutations, c’est presque toujours le lendemain d’une élection présidentielle, compte tenu soit de la défaite d’un camp, qui en tire la conséquence que le moment est venu de relancer quelque chose, soit de sa victoire, avec la nécessité de faire coïncider une réalité politique ou partisane avec une nouvelle assise politique. En tout cas à droite et au centre. »
"Est-ce qu’on a un candidat très à droite ? Un candidat sur une ligne de droite mais avec un rassemblement très large au centre ? Là aussi, ça balise ce que peuvent être les limites d’une recomposition" 

On est donc à la veille d’une recomposition ?
 
« On est à la veille d’une présidentielle… De ce qui en ressortira, de ce que seront les rapports de force, y compris les résultats des primaires, peuvent émerger un certain nombre de choses, mais je ne lis pas dans le marc de café…
On ne sera pas du tout dans le même cas de figure si François Hollande est réélu ou pas. Mais ça dépend aussi de la ligne : est-ce qu’on a un candidat très à droite ? Un candidat sur une ligne de droite mais avec un rassemblement très large au centre ? Là aussi, ça balise ce que peuvent être les limites d’une recomposition. »
 
Cette recomposition doit-elle s’opérer au-delà des partis traditionnels ?
 
« Je pense qu’il faut dépasser les partis le plus souvent possible pour justement être en capacité de rassembler. Ça ne veut pas dire les piétiner, mais s’appuyer sur ce qu’ils sont pour aller au-delà. C’est ça une dynamique électorale. Plus l’échelon est local, moins le parti correspond à une réalité. A l’élection présidentielle, vous n’avez pas de parti : ça n’est pas la même histoire. Mais les élus ne doivent pas oublier ce qu’ils doivent aux militants. Même si je suis pour une logique de dépassement, je n’oublie pas ce que je dois à tous ceux qui ont donné de leur temps. C’est le sens de cette idée de parti des Angevins que dès 2008 puis en 2014, j’ai porté avec ceux qui m’entouraient. »

Cette logique a-t-elle vraiment contribué au rassemblement ?
 
« Je n’ai aucun doute là-dessus. D’abord parce qu’elle a enrichi notre démarche de campagne, avec une diversité d’horizons qui épousait mieux les contours de la ville et les aspirations des Angevins. Je suis dans une logique permanente qui est celle du dialogue et de l’union de la droite et du centre. Pas la fusion ! L’union, la capacité à travailler ensemble. Evidemment, au moment d’une élection politique majeure, j’ai du mal avec l’idée qu’il pourrait y avoir des candidats dans ma famille politique qui ne seraient pas sur cette ligne. »
 
Vous évoquez à demi-mot la primaire à venir à droite et au centre. Dans le contexte actuel, quelle place lui accordez-vous ?
 
« La guerre Copé-Fillon a laissé des traces profondes en dégradant l’image des partis et du nôtre en particulier. Ça ne donne pas vraiment envie d’adhérer.... Il y a la volonté depuis un peu plus d’un an de tourner la page : les primaires vont être une occasion de regarder vers l’avenir, vers un projet pour le pays. C’est aussi fondamental parce que c’est une première pour nous : il y a un défi élevé à relever en termes d’organisation matérielle, d’autant plus élevé que la gauche s’en est remarquablement sortie en la matière. Et puis derrière, en braquant les projecteurs de manière positive sur l’organisation d’un parti, c’est une occasion de modifier leur image. »
 
A condition encore une fois que tout s’y passe bien…
 
« Je suis extrêmement concentré sur cette échéance, parce que c’est là que débute la recomposition. Ce n’est pas du tout la même chose si vous avez 3 millions de votants ou si vous en avez un demi-million. Ce n’est pas du tout la même chose en fonction des scores, de la dynamique électorale qui sera déclenchée. Et s’il y a un décalage entre les résultats de la primaire et les aspirations des Français, c’est qu’il y a un sujet. »
Sur Alain Juppé : "On a besoin aujourd’hui après avoir eu des sentiments d’agitation, d’hésitation, d’avoir quelqu’un qui puisse tout de suite endosser le costume, qui a déjà la stature et l’épaisseur d’un homme d’Etat au premier jour"
 
On en vient à votre choix de soutenir Alain Juppé, dont vous serez l’un des porte-parole. Est-ce le seul à même de mener ce rassemblement ?
 
« C’est le plus à même. Et de loin. C’est la bonne personne, sur la bonne ligne au bon moment. Si l’histoire politique ces dix dernières années n’avait pas été celle-là, sur le papier, rien ne me prédisposait à soutenir un homme de plus de 70 ans qui a été Premier ministre dans les années 90. Mais on a besoin aujourd’hui après avoir eu des sentiments d’agitation, d’hésitation, d’avoir quelqu’un qui puisse tout de suite endosser le costume, qui a déjà la stature et l’épaisseur d’un homme d’Etat au premier jour. Parce que c’est n’est pas la deuxième partie d’un quinquennat qui doit porter les réformes, c’est le tout début. Alain Juppé n’a pas l’obsession de sa popularité, et il sait trop à quel point il y aura des réformes compliquées à faire pour ce pays  et il a donc conscience de l’importance de partir avec la base la plus large possible en terme de rassemblement. »

Au début du mois de juillet 2015, Alain Juppé avait été reçu par Christophe Béchu et Marc Laffineur à Angers. Les deux hommes ont annoncé leur soutien depuis un long moment déjà au maire de Bordeaux et ancien Premier ministre à la primaire des Républicains.
Au début du mois de juillet 2015, Alain Juppé avait été reçu par Christophe Béchu et Marc Laffineur à Angers. Les deux hommes ont annoncé leur soutien depuis un long moment déjà au maire de Bordeaux et ancien Premier ministre à la primaire des Républicains.
Et quel rôle vous est promis s’il accède à la présidence de la République ?
 
« Ça vous semble à ce point inconcevable que je puisse défendre sa candidature, en n’ayant pas le souci de ce que ça va changer pour moi, à titre personnel ? Est-ce que j’ai envie de connaître un jour des responsabilités nationales ? Oui. Est-ce que c’est pour moi un sujet pour 2017 ? Non. Si c’était une obsession, je l’aurais déjà assouvie puisque j’ai déjà eu des occasions de le faire. Et si mon optique c’était d’entrer au gouvernement en 2017 à tout prix, je serais juste le plus mauvais tacticien du monde. »
 
C’est à dire ?
 
« Dans la situation qui est la mienne avec un âge pas trop avancé et un petit peu d’expérience, dans l’Ouest de la France où l’on ne compte pas pléthore d’élus municipaux de la droite ou du centre, je pourrais tranquillement attendre le résultat de la primaire et soutenir le vainqueur… Je ne suis pas du tout dans cette optique. Moi je considère que pour mon pays, il n’est pas souhaitable de revivre en 2017 le match de 2012.
 
Soutenir Alain Juppé, ça vous implique forcément. Jusqu’à remettre en cause l’engagement de préserver votre mandat local jusqu’en 2020 ?
 
« L’optique dans laquelle je suis, est d’être maire et président de l’intercommunalité jusqu’en 2020. Je ne tiens pas pour acquis le succès à la primaire, ni celui à la présidentielle. Il y a deux haies et vous êtes en train de me demander ce qui se passe après cela à titre perso ? Si ces étapes sont réalisées, une équipe sera constituée au service de la France : il y aura des gens qui seront dedans, et des gens autour, y compris avec des responsabilités locales, qui pourront donner un coup de main. Il y a une première partie de quinquennat durant laquelle j’aurai moi des responsabilités locales. Je vois très bien tout ce qui m’attend comme boulot ici. La densité de ce qu’il y a à vivre et à faire fait que je ne suis pas dans l’après, mais dans le présent. »

« Tout le monde connaît… »
Là où d’autres divisent pour mieux régner, Christophe Béchu le répète main sur le cœur : c’est la culture du rassemblement qui le porte là où il se trouve. Composer avec Jean-Charles Taugourdeau, un nouveau président des Républicains de Maine-et-Loire, proche de Nicolas Sarkozy dont il a décliné les insistantes relances, peut-il modifier la donne ? S’il lui a apporté publiquement son soutien, il se murmure que la défaite interne de Marc Laffineur n’a pas affecté outre-mesure le maire et président de la communauté urbaine d’Angers dont l’habileté stratégique vaut capacité d’adaptation à toutes les situations. « Tout le monde connaît le chef de file naturel et emblématique de la droite départementale : c’est Christophe Béchu » assure Stéphane Piednoir, le maire de Montreuil-Juigné dans ce dossier. Tout le monde, y compris Jean-Charles Taugourdeau ? Rien de tel que des primaires pour lever ou entretenir le doute.

Yves BOITEAU









1.Posté par webduweb le 28/02/2016 21:52 | Alerter
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