ChroniK'Ô Noir - #24 - Sandrine Collette : "J’écris dans la joie"


Rédigé par Martine LEROY-RAMBAUD - Angers, le Samedi 27 Mai 2017 à 08:00


Chaque mois, la journaliste Martine Leroy-Rambaud vous présente son coup de cœur littéraire du moment, sous un angle bien particulier : celui du roman noir. ChroniK'Ô Noir, c'est un champ des possibles large, du thriller à la quête initiatique en passant par le polar ou le roman policier, qui prolonge le goût de son auteur, également collaboratrice du fanzine La Tête en Noir, pour le genre. Ce mois-ci, entretien avec l'écrivain Sandrine Colette autour de son dernier ouvrage, "Les larmes noires sur la terre".



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Pour votre cinquième roman, Les larmes noires sur la terre, une grande partie de l’action se passe dans une casse de voitures occupée par des gens mis en marge de la société. Comme pour vos autres livres, vous teniez à planter un décor particulier ? 

Sandrine Collette : "Je suis persuadée de l’impact du lieu sur les gens. Le lieu contamine l’humain. Pour y survivre, il faut parfois être aussi rude que le paysage. Je mesure aussi la puissance de la nature et je la réutilise, dans mes livres, comme s’il s’agissait d’une volonté devant laquelle on n’a pas de prise. La nature constitue, à elle seule, un personnage et dans la mesure où on ne sait pas comment cela fonctionne, il est possible de lui prêter des intentions, une volonté de destruction même s’il s’agit d’une interprétation humaine."


Vous restée aussi attachée aux grandes espaces. Pourquoi ? 

"Il ne m’est pas possible de placer les actions ailleurs que dans de grands espaces. Il faut peut-être y voir là le fait que je vis à la campagne, dans le Morvan. Mais avec ce paradoxe : l’action se déroule dans un grand espace et en même temps dans un microcosme fermé, dans des univers figés où des molécules d’air viennent  bousculer le huis-clos." 

Vos livres portent une vision assez sombre de la société. Cependant, dans les deux derniers romans (Il reste la poussière et Les larmes noires sur la terre), on entend une sorte de sérénité chez vos personnages, une sorte de rédemption.

"En fait, Les Noeuds d’acier, le premier livre que j’ai écrit, n’est pas ce que je voulais faire. Au départ, j’imaginais quelque chose de plus initiatique, en référence à LAlchimiste, de Paulo Coelho qui m’avait beaucoup marquée. Et puis j’ai basculé vers le thriller, le suspense. Il a fallu les trois premiers livres pour que je revienne vers une dimension plus initiatique, plus poétique, tout en restant dans le roman noir." 

Comment se construisent vos livres ? 

"Au départ, il y a une idée.  Quand l’idée, le thème est là, petit à petit les personnages et les faits s’agrègent et je pose alors un ou deux mots clés pour chaque chapitre, ce qui me permet d’avancer. Le plus dur, c’est l’idée de départ. Je souffre plus de l’idée blanche que de la page blanche. Ensuite j’écris dans la joie."


Dans votre dernier roman paru, vous décrivez une société très dure, ségrégationniste. Est-ce cela que vous vouliez dénoncer ? 

"Je voulais raconter une histoire de solidarité et d’amitié entre femmes.  Tout ce que je raconte est le résultat de rencontres, de conversations. J’ai puisé dans la vie réelle, tout en mettant de la distance. Et ce livre est, en quelque sorte, une façon de rendre grâce à ces personnages croisés, sachant que certains  sont décédés. Ensuite, j’ai placé l’histoire de ces six femmes dans ce lieu particulier d’une casse en réutilisant un décor dont je m’étais servie dans une nouvelle écrite pour Le Monde voici deux ans. Je trouvais qu’il y avait là un matériau non suffisamment exploité dans une nouvelle de dix pages. Il n’y a donc pas de volonté de message politique dans Des larmes noirs sur la terre. Si le lecteur y trouve une dimension sociale, tant mieux mais je suis sans illusion. Cela reste un roman.


Le thème du prochain roman est déjà choisi ? 

"Oui, ce sera le thème de l’eau."


Quelques mots sur Les larmes noires sur la terre :
Après avoir quitté son île pour la métropole, Moe déchante vite. Désormais mère, elle échoue dans un centre d’accueil qui abrite des déshérités dans des carcasses de voiture. C’est « la casse ». On lui attribue une vieille peugoet 306 dans laquelle elle tente de survivre. C’est là, contre toute attente dans cette cour des miracles du XXIe siècle où chaque jour est un péril que va se nouer une singulière relation entre femmes.


Bio express

Sandrine Collette est née en 1970. Après des études de philosophie et de sciences politiques, elle est chargée de cours à l’Université de Nanterre et travaille dans le privé, tout en gardant des liens avec le Morvan où elle élève des chevaux. A la quarantaine, elle revient vers l’écriture et écrit depuis un roman par an. Auteur de cinq romans, elle a déjà reçu plusieurs prix littéraires. Les livres de Sandrine Collette sont édités chez Denoël. Déjà traduit en italien (Resta la polvere), une version de  « Il reste la poussière » est également prévue aux Etats-Unis.














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