Coline Serreau : “L’alimentation est le levier par lequel tout peut basculer”

Dossier : la proximité, une chance pour l'économie ? (7/7)


Rédigé par - Angers, le 28/05/2014 - 07:52 / modifié le 31/05/2014 - 08:12


Quatre ans après « Solutions locales pour un désordre global », son film manifeste pour une agriculture alternative, la réalisatrice Coline Serreau estime plus que jamais nécessaire la transition écologique de la société. Ce mercredi soir au Quai à Angers, elle vient en débattre aux côtés du co-fondateur du mouvement des Colibris, Cyril Dion.



Coline Serreau, réalisatrice (© Eric Robert).
Coline Serreau, réalisatrice (© Eric Robert).
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Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre film ? Son propos reste d'actualité ?
« A 100%, oui. »

Depuis, les lignes ont-elles bougé suffisamment pour vous ?
« Je n'ai pas à juger de ça. Vous savez, il y a quelque chose de très organique dans les changements qui ont marqué l'Humanité. Il y a toujours des gens qui sont aux avant-postes et d'autres qui suivent. Et c'est la masse qui fait l'Histoire. Les choses avancent bien, mais cela génère forcément une réaction. Dans les années 70-80, le féminisme était vu comme un truc sympathique, car marginal et peu gênant. Maintenant que les femmes sont aux portes du pouvoir un peu partout, on assiste à une espèce de régression, apparente du moins. »

Même chose donc pour l'écologie ?
« Oui. Tant que c'était un petit truc sympa pour les bobos, ça allait. Mais maintenant que ça touche vraiment les masses, que la réalité d'un changement de paradigme s'impose, la réaction ne rigole plus du tout. Dans ces cas-là, soit celle-ci l'emporte et on a la situation de 1936, soit ce sont les autres qui l'emportent et on a une situation pré-révolutionnaire. Mais ce ne sont ni vous ni moi qui décidons ça. »

Vous croyez au retour de l'économie de proximité ?
« Oui. Mais pour que l'économie suive, le premier pas c'est la terre. L'alimentation est le levier naturel par lequel tout peut basculer parce que ça crée des marchés. Lorsqu'un maire décide de convertir les établissements de restauration collective de sa ville en bio, on ne peut décemment pas s'y opposer. Il y a des pressions, ce n'est pas facile, mais on ne les arrête pas. Lorsqu'on additionne cantines scolaires, hôpitaux, établissements pour personnes âgées, etc..., ça fait des millions et des millions de repas et donc un marché. Je ne crois pas que les gens changent par vertu, ils le font quand le changement rencontre leur intérêt. »

Et le reste peut vraiment suivre ?
« Si vous étendez le cercle à l'eau, à la production d'énergie, on peut aller loin, non ? Il me paraît évident par exemple que la production autonome d'énergie va s'imposer, sous des formes aussi diverses que le sont les climats, les reliefs, les territoires. C'est ça la biodiversité. Comme pour les semences, chacun trouve des solutions adaptées à son histoire. Ça relève d'une logique presque darwinienne et c'est bien dans cette logique que se joue notre survie. »

Et le monde politique ? Vous venez de parler des pouvoirs d'un maire. C'est suffisant ?
« Quand Jospin disait “je ne peux rien faire”, il avait raison. Une masse de décisions passe très au-dessus de tout ce que le gouvernement peut dire et faire. Avec les négociations américaines en cours sur le libre-échange, on voit bien qu'ils cherchent à déposséder les élus d'un certain nombre de leurs pouvoirs. Demain, n'importe quelle multinationale aura le droit de faire le procès à un État parce qu'il aura trop résisté à ci ou à ça. Si cette règle passe, je pense qu'il faut se défendre dans la rue. Et pour de bon, pas pour rigoler. »

Si vous aviez un message à adresser à nos lecteurs qui restent dubitatifs face à ces enjeux ?
« Je leur dis : faites attention à une chose par-dessus tout, c'est la semence. Elle est en train d'être assassinée et c'est très grave, car celui qui tient les semences tient l'humanité. »

"Solution locale pour un désordre global" de Coline Serreau, ce mercredi soir au Quai (salle T900) à 18h. Tarif unique : 3€.


Coline Serreau : “L’alimentation est le levier par lequel tout peut basculer”
Imagine 2020, un temps pour parler de la "Grande Transition"

"Produire et consommer à proximité : rêve ou nouvelle façon de vivre ?" A l'initiative du Conseil de développement de la région d'Angers, la question est au centre des échanges qui clôturent ce mercredi l'événement Imagine 2020 au Quai à Angers. Experts, entrepreneurs et citoyens sont invités à échanger leurs réflexions sur le sujet entre 16h et 20h. Partenaire de l'événement, Angers Mag Info vous a proposé ces derniers jours de faire connaissance avec des acteurs et projets locaux de l'économie de proximité.

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