Communauté Urbaine, communauté humaine

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Rédigé par Jacques CHAMBRIER, Maire de Savennières - Angers, le 18/01/2016 - 07:38 / modifié le 18/01/2016 - 13:08


Depuis le 1er janvier, Angers Loire Métropole n'est plus une communauté d'agglomération mais une communauté urbaine de 30 communes (1) et 270 000 habitants. Une transformation juridique, doublée d'une extension de compétences qui marque une nouvelle étape dans l'histoire intercommunale d'Angers. Maire de Savennières et conseiller communautaire, Jacques Chambrier nous livre les attentes et les espoirs que suscite cette évolution chez lui, alors que se tient ce lundi soir le premier conseil de l'année de la nouvelle communauté urbaine.



Communauté Urbaine, communauté humaine
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Au 31 décembre 2015, nous étions une Agglomération, voire un agglomérat, et au 1er janvier 2016 nous sommes devenus une Communauté. C’est un si joli mot « communauté » que force est de penser qu’on ne va pas changer le contenant, sans changer en même temps le contenu. Il nous appartient d’inventer cette Communauté nouvelle dans sa gouvernance, dans les valeurs qu’elle porte, dans les actions qu’elle conduit. Juridiquement, il faut ajouter « urbaine » pour s’en tenir aux statuts : admettons que nous soyons une Communauté Urbaine. Maire d’une Commune de 1376 habitants, j’aurais aimé que le caractère rural de notre territoire soit affirmé. Les Maires des petites communes d’Angers Loire Métropole auraient peut-être apprécié « Communauté Urbaine et Rurale », allez savoir…

Le Savennières est un vin prestigieux et dans ma commune on n’aime pas le dicton « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! ». Les viticulteurs soignent le nom de leurs vins, leurs étiquettes, leurs bouteilles parce qu’ils vendent un savoir-faire unique dans un terroir unique qui a besoin d’un flacon unique, d’un nom unique, pour exprimer sa singularité. Rien ne nous force à rêver petit en gardant « Communauté urbaine d’Angers-Loire-Métropole ». Mon premier souhait est donc que nous sachions inventer collectivement un nom porteur d’identité et d’espoir, de notre envie de vivre ensemble, ruraux comme urbains, une expérience nouvelle.

L’Académicienne Danièle Sallenave a vécu toute son enfance à Savennières et elle préside notre festival littéraire des vendanges « Terres à vins, terres à livres ». Je l’entends me souffler que « urbain » n’a pas que le sens de citadin. Ce mot convoque aussi « urbanité ». Alors souhaitons que notre Communauté soit la plus urbaine possible avec ses habitants, que l’urbanité prévale toujours entre communes du pôle métropolitain et communes de première ou deuxième couronne.
"Sur de nombreux sujets, la Communauté doit définir une nouvelle philosophie du partage, de la solidarité, du vivre ensemble. La solidarité doit fonctionner dans les deux sens."
Les moyens dont disposent les finances communales sont très hétérogènes. Ils varient d’une commune à l’autre de 700€ par habitant à 1500€ par habitant. Or, une communauté de vie, c’est aussi une volonté de partage. Les efforts de solidarité ont été modestes dans la mandature précédente, mais des petits pas ont été accomplis malgré un contexte financier difficile. Dans la mandature actuelle, la solidarité entre grandes communes et petites communes a nettement progressé avec la suppression des dotations négatives qui pénalisaient les petites communes ayant peu d’activités économiques sur leur territoire. Ira-t-on plus loin dans la solidarité maintenant que nous sommes une Communauté ?

Aujourd’hui, par exemple, ALM finance uniquement des constructions scolaires en cas d’augmentation de la population. ALM soutiendra-t-elle, à l’avenir, dans la rénovation de ses bâtiments scolaires complètement obsolètes une commune qui, comme Savennières, perd de la population afin que ses enfants soient correctement accueillis ? Sur de nombreux sujets, la Communauté doit définir une nouvelle philosophie du partage, de la solidarité, du vivre ensemble. La solidarité doit fonctionner dans les deux sens. Il est juste que la première ligne de tramway, et bientôt la seconde, soient financées solidairement par les petites communes. Elles ont d’ailleurs accepté à l’unanimité la création d’un impôt communautaire sur tous les ménages pour équilibrer les comptes d’ALM alourdis par ces grands investissements structurants qui concernent, avant tout, les habitants et les usagers du pôle métropolitain.

A leur tour, les communes rurales d’ALM attendent des communes urbaines une reconnaissance de la spécificité de leur apport à la qualité de la vie dans notre Communauté. Il est indispensable d’offrir aux habitants des villes des transports collectifs de qualité mais il est tout aussi indispensable d’avoir des petites communes vivantes qui entretiennent et améliorent leur cadre de vie. Elles offrent gratuitement, à tous les habitants d’ALM, des espaces de liberté, de détente, de découverte. Elles créent une richesse non-marchande, gratuitement donnée à chacun. Le service qu’elles rendent à la collectivité ne génère pas de recettes pour elles et pourtant il a un coût qu’il leur faut financer malgré des ressources modestes.  Tenir compte de cette création de richesse non-marchande par les communes rurales signifie mettre en place des mécanismes de soutien quand elles entretiennent leur réseau de petites routes et de chemins, lorsqu’elles aménagent leur centre bourg.

Ce n’est pas assez le cas aujourd’hui puisque le soutien d’ALM est subordonné au développement touristique, donc à la création de richesse commercialisable. Certes, il faut être vraiment inventif pour intégrer de façon satisfaisante le non-marchand quand on est habitué au simple calcul marchand. Alors, soyons-le et n’oublions pas la devise Shadocks : « Il n’y a pas de problèmes sans solution. Et s’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème ! »
"(...) on dit parfois, sans le vouloir, communautarisé, ce qui devient troublant ... En même temps, ce quasi-lapsus doit nous servir de signal d’alerte : communautariser, c’est gommer les différences, faire taire l’individuel."
Un travail important a été conduit pour définir un Plan local d’urbanisme qui couvre toute la Communauté urbaine. La façon dont ce chantier a été conduit est remarquable de transparence, d’écoute, de prise en considération des préoccupations locales, même quand elles auraient pu sembler secondaires au niveau de nos 280 000 habitants. Nous avons pour 15 ans un document cohérent et solidaire. C’est un socle important pour bâtir notre Communauté Urbaine et Rurale.

Jacques Chambrier, maire de Savennières et conseiller communautaire d'Angers Loire Métropole.
Jacques Chambrier, maire de Savennières et conseiller communautaire d'Angers Loire Métropole.
Il y a aussi des aspects plus techniques. La mise en commun des moyens humains et matériels a commencé dans la mandature précédente avec la mutualisation. Il faut la poursuivre certes, car elle est source d’efficacité, de compétence accrue des salariés et d’économies. Il ne faut cependant pas croire que tout doit être mutualisé, on dit parfois, sans le vouloir, communautarisé, ce qui devient troublant ... En même temps, ce quasi-lapsus doit nous servir de signal d’alerte : communautariser, c’est gommer les différences, faire taire l’individuel. Je crois profondément que la réponse adaptée à des communes diverses ne peut pas être partout et toujours la même. Gardons présent à l’esprit le principe de subsidiarité qui guide l’Union européenne : ne pas transférer au niveau communautaire ce qui peut être réglé de façon satisfaisante au niveau communal.

Il nous faut aussi développer le sentiment d’appartenance à une même Communauté. Paradoxalement, ce n’est pas en gommant les différences mais en les revendiquant, en les affirmant, en montrant la diversité de l’apport de chacun qu’on y parviendra. Les documents de communication d’ALM ont déjà évolué dans ce sens avec un appel aux communes qui veulent valoriser dans des clips communautaires un patrimoine local. Des Conseils communautaires se sont tenus en dehors d’Angers. La parole est parfaitement libre dans toutes les instances communautaires et on prend le temps du débat. C’est positif, mais on peut encore enrichir cette approche chorale.

ALM a décidé de soutenir financièrement le SCO d’Angers. En complément, de jeunes footballeurs de toutes nos communes sont invités à assister à des matchs et à évoluer à la mi-temps sur la pelouse pour des concours de tirs au but intercommunaux. Dans le domaine culturel, deux concours ont été créés par ALM et le Festival Premiers Plans pour inciter les amoureux du cinéma de toutes nos communes à produire des critiques de films ou des scénarios courts. De grands évènements sportifs ou culturels comme ceux-là sont incontestablement d’intérêt communautaire. S’il est légitime qu’ils soient à l’avenir financés en partie par la Communauté Urbaine et Rurale, il faut de plus, là encore, être inventifs pour que les habitants d’ALM se les approprient davantage.

Toutes les démarches partageuses doivent être renforcées car elles créeront une vraie communauté de vie entre nous. Une communauté dans laquelle nous devons être prêts à accueillir une partie des 30 000 réfugiés de guerre auxquels la France a offert l’hospitalité et qui finiront bien par arriver un jour chez nous. Ce sera l’occasion de mettre à l’épreuve notre sens de la communauté humaine.

(1) Après l'adhésion de Pruillé fin décembre, Angers Loire Métropole est passé de 33 à 34 communes. Mais au 1er janvier, quatre d'entre elles - La Membrolle-sur-Longuenée, Le Plessis-Macé, La Meignanne et Pruillé - ont donné naissance à la commune nouvelle de Longuenée-en-Anjou, et deux - Saint-Sylvain-d'Anjou et Pellouailles-les-Vignes- à la commune nouvelle des Verrières-en-Anjou.



















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