Conducteurs et contrôleurs de bus, Lydie et José témoignent

REPORT'CITÉ - avec les conducteurs et contrôleurs de Keolis


Rédigé par Heather, Léa, Sabrina, Hanad et Jessy, élèves de 3e du collège Jean Lurçat. Photos : Samuel Lebrun. - Angers, le 12/06/2017 - 07:30 / modifié le 13/06/2017 - 19:34


Lydie et José sont conducteurs de bus pour le compte de Keolis Angers, la société qui gère les transports urbains de la ville. La première est aussi contrôleuse et le second, médiateur. Le 16 mai dernier, dans le cadre de Report'Cité (action d'éducation aux médias portée par Angers Mag' dans les quartiers), cinq élèves de 3e du collège Jean Lurçat ont échangé avec eux après avoir visité le centre de maintenance technique du tramway, situé dans le quartier des Hauts-de-St-Aubin. L'occasion pour Heather, Léa, Sabrina, Hanad et Jessy, de jouer les reporters, poser toutes les questions qu'ils souhaitaient et faire tomber quelques à priori. Compte-rendu.



José et Lydie ont répondu durant 1h30 aux questions des collégiens de Jean Lurçat.
José et Lydie ont répondu durant 1h30 aux questions des collégiens de Jean Lurçat.
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Y a-t-il un âge pour exercer le métier de conducteur de bus ?

José : "Oui, bien sûr. Pour avoir le permis D, il faut avoir 21 ans. Sauf si on passe par une école spécialisée dans le transport, ce qui permet de conduire un peu plus tôt. Moi, j'ai passé et obtenu mon permis "lourds" et "super-lourds" à l'âge de 19 ans et j'ai commencé le transport en commun aux alentours de 21 ans. J'ai 49 ans aujourd'hui."

Cindy : "Et moi, j'ai commencé à 40 ans, il y a 5 ans. Je suis dans la moyenne d'âge des conducteurs de Keolis Angers. Avant cela, j'avais été hôtesse d'accueil dans un magasin, dans le commerce donc."

Il n'y a pas de profil type pour être conducteur ?

Cindy et José : "Pas vraiment... certains viennent de l'armée, de la gendarmerie, de l'artisanat. Il y a des pompiers, des ambulanciers, des couvreurs, des maçons, des boulangers et même un accordeur de pianos. Un vétérinaire dentaire aussi. Le spectre est large à partir du moment ou on aime la conduite, le contact et si on est attentif aux questions de sécurité."

Et pour conduire le tramway ?

José : "Pour le tramway chez Keolis, il faut au minimum le permis voiture (B) puis passer un test dit "SNCF" pour voir si la personne est apte à poursuivre. Si c'est le cas, elle aura à suivre une formation de quatre semaines avec au bout un examen écrit et un examen de conduite. Si elle réussit les deux, elle pourra conduire. C'est une habilitation spécifique à Keolis Angers et uniquement pour le matériel qui roule sur la ligne A."

Guy Bienvenu, chargé de prévention chez Keolis : "L'examen recouvre un code spécifique pour le réseau tram, il faut connaître des notions mécaniques et d'aiguillage aussi. Sur les voies ferrés, on n'est pas sur les mêmes obligations que sur du roulant classique. En pré-requis, on demande au minimum 18 ans et, effectivement, le permis B. Pour les vacances scolaires, huit à neuf étudiants sont formés spécifiquement pour remplacer les titulaires."

Est-ce que ce sont les mêmes personnes qui conduisent le tram et le bus ?

Cindy : "Pour une partie, oui. Aucun conducteur ne conduit que le tram, chacun d'entre eux fait obligatoirement du bus. Mais a contrario, tous les conducteurs de bus ne conduisent pas le tram."
"Avec le tram, on est constamment à chercher avec les yeux d'où peut venir le problème." José De Sousa

Et vous José, qui avez conduit les deux, quelles différences percevez-vous entre les deux conduites ?

José : "Ce sont deux choses bien différentes. Le tram demande a être vraiment concentré car à tout moment, il peut se passer quelque-chose... et on n'arrête pas 40 tonnes comme ça. Vous allez me dire "le bus aussi présente des risques" ! C'est vrai sauf qu'avec le bus, on peut tourner le volant, se servir de ses rétros qui sont essentiels pour la conduite etc... Avec le tram, on est constamment à chercher avec les yeux d'où peut venir le problème : les élèves avec les baladeurs, ça va dans tous les sens. C'est pour ça que vous entendez le conducteur sans arrêt en train de gonguer ("Ding ding") car si vous lui tournez le dos, il attend simplement un petit regard de votre part, pour être sûr que vous le voyez. N'hésitez pas à le faire."

José présente aux élèves l'un des outils de communication mis à disposition des chauffeurs au centre de maintenance.
José présente aux élèves l'un des outils de communication mis à disposition des chauffeurs au centre de maintenance.
Guy Bienvenu : "Un tram a besoin de sa longueur pour s'arrêter. Un bus, aussi."

José : "Le métier de conducteur, c'est beaucoup d'anticipation. Il doit prévoir ce qui va éventuellement se passer."

Matthieu Lecoq, responsable de communication de Keolis Angers : "Ce que certains de vos collègues mettent en avant aussi, c'est que le conducteur de bus est au contact des clients. Il les voit, il leur dit bonjour... Dans le tramway, le conducteur est tout seul dans sa cabine. Ça convient très bien à certains et d'autres aiment bien retourner conduire le bus."

José : "C'est vrai. Et la recherche de polyvalence est née de ce constat."

Conduire un tram ou un bus, est-ce que c'est le même salaire ?

Lydie : "Oui. Normalement, le conducteur de tramway est payé moins cher qu'un conducteur de bus car le coefficient n'est pas le même. Mais à Angers, du fait de la polyvalence, nous sommes automatiquement tous conducteurs-receveurs, c'est à dire en capacité de vendre des tickets à l'intérieur des bus. Et les hommes et les femmes touchent le même salaire. C'est l'ancienneté qui engendre des différences."

Guy Bienvenu : "Et ils n'ont pas de prime s'ils vendent plus de tickets (rires)..."

Concrètement, ça représente quoi ces salaires ? 

Guy Bienvenu : "Au démarrage, c'est à peu près 1500€. C'est la base."

Est-ce qu'on conduit toujours la même ligne ? 

Lydie : "Non, jamais. On roule sur 2, 3, 4 lignes par jour selon le service qui nous est attribué. On connaît toutes les lignes par coeur et, à chaque fois que le réseau change, il faut tout réapprendre. Le matin, avant de partir, un tableau nous indique toutes les déviations. Qu'il faut intégrer avant de partir. On est maximum 4 heures sur la même ligne."

Guy Bienvenu : "Quand le tram va arriver à Monplaisir, le réseau va changer. Et les conducteurs auront tous un moment de formation pour se le réapproprier. Cette capacité à aller sur n'importe quelle ligne présente des avantages, s'il y a beaucoup de malades, on peut assurer la même qualité de service car ils connaissent le réseau. C'est pas le cas dans toutes les villes, à Lyon par exemple, les chauffeurs sont dédiés à certaines spécifiques."

Lydie : "Par contre, par le jeu de la planification, un conducteur peut être affecté deux ou trois matins de suite sur le même service."
"Les conducteurs n'ont pas droit de conduire sept jours consécutifs, même bénévolement."

Combien de temps conduisez vous dans une journée ?

José : "Ça varie. Quand il y a des services du matin, c'est 6h38 jusqu'à 7h de conduite. Les services "journées", ça peut faire quasi 10 heures de conduite et les après-midis, ce sont des journées de 7h30 à 8h. En théorie, on est sur des semaines de 34h20, mais notre temps de travail est annualisé avec 46 heures à ne pas dépasser par semaine."

Guy Bienvenu : "Les conducteurs n'ont pas droit de conduire sept jours consécutifs, même bénévolement."

Lydie : "Et on doit avoir neuf heures de coupure entre la fin de notre service le soir et la reprise le matin. Si on a 8h58, ça ne passe pas, c'est une durée incompressible."

Lydie conduit les bus de Keolis Angers depuis 5 ans et assure aussi des fonctions de contrôleuse.
Lydie conduit les bus de Keolis Angers depuis 5 ans et assure aussi des fonctions de contrôleuse.
Après avoir passé le volant, le conducteur qui quitte le bus rentre-t-il chez lui ou à l'agence ?

Lydie : "S'il a fini sa journée, il rentre chez lui. S'il ne l'a pas finie, il a une coupure d'en principe 20 minutes. Il fait ce qu'il veut durant cette période et retourne ensuite sur un autre bus pour poursuivre le service."

José : "Il y a des services pour lesquels il y a des grosses coupures de 3 heures ou 3 heures 30. En ce cas, bien souvent, quand le conducteur habite loin, il reste à proximité et profite du temps pour faire ses courses ou autre chose."

Guy Bienvenu : "La prise de service n'est pas forcément là où le conducteur a lâché le sien. Il peut très bien terminer boulevard Foch et reprendre à la gare. Ou finir à la gare et recommencer au centre de maintenance."

Portez-vous toujours le même uniforme ou en avez-vous plusieurs ?

Lydie :
 "On a toujours le même, pantalon noir ou jupe pour les femmes avec veste noire. Pour les chemises ou polos, il y a plusieurs couleurs : cette année notre dotation était bleue et parme. Après, chaque conducteur met celle qui lui plaît à partir du moment où c'est une tenue avec le logo Keolis. Mais pour les vérificateurs, vous nous verrez toujours en parme, ou chemise blanche pour les agents de maîtrise. Ca changera en septembre 2018."

Est-ce qu'il y a des vérificateurs sans uniforme ?

Lydie : "Oui, aussi. Depuis un an, certains officient en civil. Mais on garde notre carte de service avec nous pour attester que nous sommes assermentés pour contrôler."

Guy Bienvenu : "Tous les vérificateurs ont aussi une caméra GoPro sur eux quand ils sont en uniforme depuis janvier dernier."

C'est un plus pour vous ?

Lydie : "Oui. Ca peut apaiser les tensions comme ça peut parfois, mais beaucoup plus rarement, les accentuer si la personne contrôlée n'est pas d'humeur. Ces caméras ne filment pas en permanence. Elles ne sont pas cachées non plus mais pincées sur nos sacoches, c'est nous qui les déclenchons en vous prévenant."

A quoi sert cette caméra ?

Lydie : "A pouvoir attester d'une agression si celle-ci intervient. C'est arrivé une fois me concernant lorsqu'un collègue a été giflé. Ce sont nos responsables qui font le relevé d'images. Ces images ont une valeur juridique s'il y a une plainte."

Matthieu Lecoq : "Il faut préciser qu'à l'intérieur du tramway et des bus, il y a des caméras qui filment en permanence."
"Il n'y a pas de passe-droit, ni pour ma maman, ni pour mes enfants, ni pour nous-mêmes puisque nous sommes les premiers à valider nos titres" - Lydie Maillet

Combien de contrôles ont lieu chaque jour ?

Lydie : "Ça dépend du nombre d'équipes de contrôle engagées dans la journée, on est au maximum 15 contrôleurs en service en même temps. En moyenne, on est entre 1500 et 2000 contrôles. Après, il peut aussi y avoir maintenant des opérations renforcées qui impliquent des employés de Keolis non assermentés pour contrôler et dresser de PV mais qui sont là pour inciter à valider les titres de transports."

José : "Lors d'autres opérations de prévention, on prévient la rame qu'elle va faire l'objet de contrôles pour encourager tous ceux qui n'ont pas validé leurs titres de transport à le faire. Et là, ça fonctionne : vous entendez les valideurs sonner et vous repérer tout de suite ceux qui descendent par précaution au prochain arrêt..."

Guy Bienvenu en pleine explications à l'atelier de réparation des matériels électroniques de Keolis Angers.
Guy Bienvenu en pleine explications à l'atelier de réparation des matériels électroniques de Keolis Angers.
Quelles excuses les plus bidonnées avez-vous déjà entendues ?

Lydie : 
"Mon chien a mangé ma carte ! Ça m'est arrivé une fois. Ou des mamans qui se tournent vers leur enfant de 3 ans en lui demandant pourquoi il n'a pas validé le ticket !"

José : "Faut pas être dupe, on est conducteur mais lorsqu'on arrive aux arrêts, on sait si la personne veut frauder ou pas. Ne serait-ce qu'à son regard. On va le voir reculer, regarder un petit peu dans le bus s'il y a des contrôleurs ou pas. Pas de contrôleur, il essaye de rentrer mais on le rappelle rapidement."

Lydie : "Quand vous entrez à plusieurs aussi, on se dit que vous nous prenez pour des lapins de trois semaines mais on vous voit passer entre le valideur et la copine. Quand c'est comme ça, si vous avez oublié votre carte, on ne vous laissera pas sur le trottoir, il faut venir nous voir et nous prévenir. On vous dira de faire attention la prochaine fois, en glissant votre carte dans votre téléphone portable car lui vous ne l'oublierez jamais !" (rires)

Et si le contrôleur ne nous croît pas ?

Lydie : "Il y aura un PV d'établi que vous aurez à rapporté à l'agence place Lorraine avec votre carte. Vous aurez alors simplement un rappel aux règles et s'il y a un abonnement sur votre carte, vous n'aurez pas d'amende."

Est-ce qu'il vous est déjà arrivé de contrôler quelqu'un que vous connaissiez ?

José : "Et oui ! Je n'avais pas le choix. C'était à l'époque des tickets, la personne avait dépassé le délai de 2 minutes, le bus était en retard mais j'avais mon chef avec moi... Je m'en suis voulu et je me suis excusé auprès d'elle après..."

Lydie : "Les gens qu'on connaît sont comme tout le monde, ils doivent valider leurs titres de transport. Il n'y a pas de passe-droit, ni pour ma maman, ni pour mes enfants, ni pour nous-mêmes puisque nous sommes les premiers à valider nos titres."

Et vous, vous avez déjà eu une amende ?

(rires) Lydie : "En tant que conductrice ? Non, jamais. En tant que fraudeuse, non plus."

José : "Je vais vous avouer une chose : quand je suis rentré chez Keolis, j'ai demandé jusqu'à quand remontait l'historique car je m'étais fait prendre une fois lorsque j'avais dans vos âges."

Lydie : "Sachez que les conducteurs peuvent être contrôlés, flashés. J'ai déjà été contrôlée par la police qui peut nous demander de souffler dans un ballon, de présenter notre permis... Jusqu'au 31 décembre 2016, lorsque le bus était flashé, on payait l'amende mais on n'avait pas de point retiré. Mais ce n'est plus le cas car l'employeur est dans l'obligation de fournir le nom du conducteur. Que ce soit en bus ou voiture de vérification, on doit en tenir compte."

Comment ça se passe quand un bus tombe en panne ?

José : "En aucun cas, un conducteur ne doit prendre une initiative personnelle. On signale l'anomalie au poste de contrôle qui nous demande des précisions et relaie l'information à la maintenance. Selon ce que va dire le responsable d'atelier, le centre de contrôle nous rappelle pour indiquer la marche à suivre : un arrêt d'urgence (on éteint le moteur et on appuie sur un petit champignon rouge qui coupe toute l'alimentation du bus, avant de redémarrer) ou une intervention avec remplacement de bus."

Guy Bienvenu : "Ce qu'il faut savoir, c'est que le poste de contrôle a enregistré dans ses ordinateurs tous les tableaux de bord de chaque bus. Ce qui lui permet de vérifier les informations en direct."  


Nos remerciements à Lydie, José, Guy Bienvenu, Matthieu Lecoq et à la direction de Keolis Angers pour leur implication dans l'organisation de cet entretien  et de la visite du Centre de maintenance. 
Pose finale devant un tramway en maintenance. Heather, Léa, Sabrina, Hanad et Jessy étaient accompagnés par Jérôme Baud (à gauche), responsable du Centre de documentation du collège Jean Lurçat.
Pose finale devant un tramway en maintenance. Heather, Léa, Sabrina, Hanad et Jessy étaient accompagnés par Jérôme Baud (à gauche), responsable du Centre de documentation du collège Jean Lurçat.









1.Posté par jules ferrand le 12/06/2017 20:29 | Alerter
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2.Posté par alexis le 18/07/2017 15:54 | Alerter
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il faut savoir aussi que les conducteurs de transport en commun, autobus, tramways, ... sont particulièrement exposés aux risques professionnels : accidents routiers, troubles dorsolombaires, affections psychosomatiques et cardiovasculaires liées au stress des contraintes de temps, de sécurité et de possibilité d'agression : "prévention des risques professionnels des conducteurs de transport en commun" : http://www.officiel-prevention.com/formation/conduite-d_engins/detail_dossier_CHSCT.php?r...








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