Congrès mondial des journalistes : hommage et témoignages...


Rédigé par Victoria BEURNEZ - Angers, le 09/06/2016 - 18:00 / modifié le 10/06/2016 - 13:31


Depuis le 7 juin et jusqu'à vendredi soir, se tient à Angers le 29e Congrès mondial des journalistes, organisé par la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ). Le rassemblement réunit, au Centre des Congrès, plus de 300 professionnels venus du monde entier. L'occasion d'interroger quelques-uns d'entre eux sur la réalité du métier de journaliste dans leur pays. L'occasion, aussi mercredi soir, d'une marche blanche et du dévoilement d'une plaque, à la médiathèque Toussaint , en hommage à Camille Lepage, la photojournaliste tuée le 12 mai 2014 en Centrafrique.



Stanis Nkundiye (Congo) et Isabelle Bordes (France), réunis à Angers pour défendre le même métier.
Stanis Nkundiye (Congo) et Isabelle Bordes (France), réunis à Angers pour défendre le même métier.
la rédaction vous conseille
Une question, simple -quelle est la situation du journalisme dans votre pays ?- et cinq réponses, différentes, mais pas moins parlantes, issus de l'expérience personnelle de cinq journalistes rencontrées lors du Congrès de la Fédération internationale des Journalistes (FIJ).
 
Thierno Moussa Bah, journaliste en Guinée 

"L'objectif de ma présence ici, c'est de créer des liens : nous venons, en août 2015, de créer en Guinée un syndicat pour les jeunes journalistes. Il n'y en avait pas auparavant. Les journalistes en Guinée sont souvent victimes d'exploitation, et de violences de la part des forces de l'ordre. C'est une situation qui doit absolument changer, et c'est ce que nous essayons de faire. Ici, je vais à la rencontre de personnes qui peuvent mettre en lumière cette situation."

Monica Moritz, journaliste en Belgique

"Comme partout ailleurs, le nombre de journalistes diminuent, les revenus diminuent. Les journalistes sont sous l'emprise de la commercialisation de la presse. Ils doivent se soumettre aux exigences de cette commercialisation. Si ils ne veulent pas jouer ce jeu-là, ils peuvent toujours travailler en ligne. Mais c'est toujours la question : survivre. Il ne faut pas réduire le journalisme à une question financière, mais ce n'est pas une raison pour travailler pour rien, ou très peu. Pourtant, il y a tellement d'information rapide et gratuite : les gens refusent de prendre des abonnements, de payer pour des choses qu'ils peuvent obtenir gratuitement ! C'est toujours la question du numérique. Le papier disparaît petit à petit, mais on ne peut pas l'abandonner totalement."
"Moi, je suis une femme journaliste au Soudan. Il y quelques années, c'était quasiment impossible pour une femme, et surtout une femme africaine, d'accéder à ce type de métier" Hala Osman Mohamed

Monica Moritz et Hala Osman Mohamed.
Monica Moritz et Hala Osman Mohamed.
Hala Osman Mohamed, journaliste au Soudan

"Dans mon pays, il y a beaucoup de problèmes avec les journaux et les journalistes ! Nous avons une Union des journalistes soudanais, et nous cherchons à organiser des conférences ou  monter des délégations auprès de notre gouvernement. Nous voulons écrire à propos de notre société, mais nos droits sont mineurs et la liberté de la presse n'est pas respectée. Ici, quand quelque chose ne plaît pas au gouvernement, c'est le journal entier qui est fermé. On veut du changement dans les lois qui concernent le travail. À part ça, nous avons tout de même de la chance : moi, je suis une femme journaliste au Soudan. Il y quelques années, c'était quasiment impossible pour une femme, et surtout une femme africaine, d'accéder à ce type de métier. C'est en train de changer et c'est tout de même une bonne chose !"

Isabelle Bordes, journaliste française 

"Il y 12 ans, un tiers des demandeurs de carte de presse étaient dans des situations précaires : aujourd'hui, c'est deux tiers des jeunes journalistes. La situation des journalistes en France n'est pas pire que celle de tout les travailleurs français, ou que celles des journalistes du monde entier. Mais c'est tout de même préoccupant. Avec la crise, les licenciements ont largement fragilisé ce milieu. Les jeunes journalistes peuvent de moins en moins refuser un travail qui n'est pas correct, c'est à dire des papiers commerciaux par exemple. La loi sur la protection des sources a été abandonnée, et avec le contexte d'état d'urgence, c'est un milieu de plus en plus précaire. En plus de cela, il y la révolution numérique, qui remet en question la conception de l'information : ce n'est pas parce que l'information est publiée le plus vite possible que c'est forcément le plus judicieux. Les lignes éditoriales ne sont plus toujours très claires."

​Stanis Nkundiye, journaliste en République Démocratique du Congo

"Dans mon pays, les journalistes font face à deux sérieux problèmes. Le premier concerne la liberté de la presse. Chaque année, un journaliste est tué et des dizaines sont arrêtés et enfermés par les forces de sécurité. Ces enfermements peuvent durer plusieurs mois. Certains médias sont fermés, notamment ceux des opposants politiques. Le deuxième point, c'est le respect des lois : je représente le syndicat des employés, et nous avons mené en 2003 une convention avec le syndicat patronal. Depuis, cette convention n'a pas été respectée. Certains journalistes gagnent dans les 50 € par mois, lorsqu'on sait qu'un logement décent en République démocratique du Congo nécessite environ 120 €/mois. Nous n'avons pas de protection sociale, et lorsque l'on tombe malade, nous devons nous soigner nous-même ! Moi-même, j'ai déja été enfermé six fois. C'est une situation véritablement préoccupante."

Une plaque en hommage à Camille Lepage

En présence de ses parents et d'élus de la FIJ, une marche blanche a été organisée mercredi soir en hommage à Camille Lepage, tuée il y a un peu plus de deux ans lors d'un reportage en Centrafrique. Crédit photo : Patrice Campion/Ville d'Angers
En présence de ses parents et d'élus de la FIJ, une marche blanche a été organisée mercredi soir en hommage à Camille Lepage, tuée il y a un peu plus de deux ans lors d'un reportage en Centrafrique. Crédit photo : Patrice Campion/Ville d'Angers
Cinq photographies issues de ses reportages, et puis son visage, en noir et blanc, au centre du montage. Mercredi soir, une œuvre à la mémoire de Camille Lepage, la photoreporter angevine tuée en Centrafrique en mai 2014, a été dévoilée à la bibliothèque Toussaint, à Angers. En présence des parents de Camille et de nombreux élus et officiels, une grande partie des 300 journalistes du monde entier réunis pour le Congrès mondial des Journalistes de la FIJ avaient auparavant rallié une marche blanche, roses à la main, quelque 2 ans après la disparition de la jeune femme.









1.Posté par amanda le 09/09/2016 12:30 | Alerter
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il faut parler des risques professionnels des journalistes : http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=562








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