Conseil général : la prévention spécialisée, victime de la rigueur budgétaire


Rédigé par - Angers, le 08/12/2014 - 15:54 / modifié le 31/01/2015 - 11:00


En annonçant la semaine passée la division par deux de la subvention accordée à l'Association pour la sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence (ASEA) pour sa mission départementale de prévention spécialisée, le président du Conseil général a suscité surprise et révolte. Réunis autour des éducateurs de rue, les travailleurs sociaux dénoncent un choix budgétaire désastreux sur le long terme.



Educateurs de rue et travailleurs sociaux se sont retrouvés, lundi matin, devant les bâtiments du Conseil général pour manifester contre la baisse de 50 %  du budget de la prévention spécialisée.
Educateurs de rue et travailleurs sociaux se sont retrouvés, lundi matin, devant les bâtiments du Conseil général pour manifester contre la baisse de 50 % du budget de la prévention spécialisée.
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Les promesses n'engagent que ceux qui les prennent. Du point de vue politique, c'est la leçon qu'il faut retenir de l'arbitrage budgétaire rendu par le président du Conseil général, Christian Gillet (UDI). La semaine passée, dans le contexte financier tendu que l'on connaît, l'élu a annoncée à l'Association de sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence (ASEA) que le Département allait abaisser sa subvention de 2 à 1 million d'euros, à compter du 1er janvier 2015, sur le champ de la prévention spécialisée (lire aussi, à ce sujet La Tribune du Lundi de Florian Pontoire).

Quelques mois plus tôt, Christophe Béchu, son prédécesseur au poste, avait assuré les responsables de l'association (campagne municipale oblige ?) de la sanctuarisation de ce même budget pour trois ans... 

C'est pour dénoncer ce (nouveau) tour de vis budgétaire que nombre de travailleurs sociaux -éducateurs de rue, formateurs, étudiants, sympathisants- ont manifesté lundi matin devant les grilles du Conseil général. Quelques minutes plus tôt, les dirigeants de l'Asea ont rencontré Christian Gillet, qui leur a confirmé la décision prise. S'ils avaient bien entendu parler d'une baisse de subventions, ils ont été totalement pris au dépourvu lorsqu'on leur a présenté la douloureuse, mardi dernier. "A moyen terme, c'est tout simplement la fermeture du service qui est en jeu", résume Michel Fouillet, le président de l'Asea.
 
"En privilégiant la prévention plutôt qu'en réduisant sa part, on doit arriver à l'objectif de baisse des coûts sociaux pour la collectivité"

Le service de prévention spécialisée, dont l'Asea est le seul opérateur sur le territoire, compte 27 personnels, éducateurs de rue qui œuvrent dans les quartiers à Angers, Cholet, Saumur et Trélazé, parfois depuis 1973. Le financement du Conseil général représente 90 % du budget du service, complété par les 10 % des villes bénéficiaires (Angers, Cholet, Trélazé, Saumur).

"Au-delà de la notion d'emploi, c'est vraiment la mission que nous défendons aujourd'hui", explique le directeur de l'Asea, Philippe Ropers. Les responsables de l'association disent "comprendre la réalité budgétaire" du Département, mais remettent en cause "le pari qui est fait" par le président du Conseil général. "En privilégiant la prévention plutôt qu'en réduisant sa part, on doit arriver à l'objectif de baisse des coûts sociaux pour la collectivité".

Eux comme les travailleurs sociaux s'appuient sur ce qui se passe en dehors du Maine-et-Loire pour appuyer leur propos. Là où la prévention spécialisée -qui n'est pas une mission obligatoire pour les conseils généraux- a été supprimée, les coûts sociaux ont sensiblement augmenté. Au contraire, des départements comme les Hauts de Seine -certes dans un autre contexte financier- ont choisi de consolider le volet prévention spécialisée, et réduit par là-même le nombre d'actions éducatives en milieu ouvert (Aemo) ou de placement en internat.

"La prévention spécialisée est au milieu de tout cela, une sorte de catalyseur de la prévention dans le département", abonde Michel Fouillet. Et puisqu'on leur oppose des chiffres budgétaires, eux aussi ont sorti la calculette. "Un million d'euros (soit le montant de la baisse envisagée par le Conseil général), c'est 18 jeunes, pendant, un an, en internat", avance le président de l'association, alors que le service Prévention spécialisée suit en moyenne 1000 jeunes de 12 à 21 ans et près de 300 familles dans le département.
 
Ni les éducateurs de rue, ni leur dirigeant ne comprennent "le choix politique" de Christian Gillet, alors que l'action du service est "salué par toutes les villes dans lesquels nous intervenons".

Bref, c'est une action de pleine proximité qui "coûte peu cher", à l'heure où près de 150 dossiers sont en attente pour une Action éducative en milieu ouvert (Aemo). "Il y a deux ans, le Conseil général avait déjà choisi de baisser sa participation, ce qui avait entraîné la suppression de la prévention spécialisée auprès des gens du voyage. Aujourd'hui, nos collègues de l'Aemo nous disent qu'ils font face à des situations qu'ils ne connaissaient pas avant", explique Florian Pontoire, éducateur de rue.

Surtout, ni les éducateurs de rue, ni leur dirigeant ne comprennent "le choix politique" de Christian Gillet, alors que l'action du service est "salué par toutes les villes dans lesquels nous intervenons. Il y a quelques années, on nous avait fait le reproche d'un manque de lisibilité, mais nous avons fait un gros travail là-dessus, qui a porté ses fruits", souligne Philippe Ropers.

Droit dans ses bottes, le président du Conseil général apparaît inflexible sur le sujet. Pour des raisons budgétaires évidentes, mais pas uniquement. "L'Etat et la Caisse d'allocations familiales (CAF) se sont retirés du dispositif en 2005 et en 2010, le Département en finance aujourd'hui plus de 90 %. Il ne s'agit pas de supprimer ce service, dont je reconnais la légitimité et l'utilité, mais les communes qui en bénéficient doivent y participer de manière plus importante".

En clair, Christian Gillet propose une "parité de financement" entre le Conseil général et les communes qui utilisent ce dispositif dans leurs quartiers. Et de citer les exemples du Loiret (qui a supprimé le service en 2013), des Alpes-Maritimes ou de la Seine Maritime -qui ont divisé de moitié leur participation, rappelant que "depuis 1973 et la mise en place de la prévention spécialisée, beaucoup de dispositifs ont été créés à côté, comme la médiation familiale ou la prévention de la délinquance, avec des porosités entre ces dispositifs".

Plus avant, le patron du Département entend lancer "un appel à projet" sur le sujet de la prévention spécialisée. "Par tradition, la Sauvegarde (l'AESA NDLR) est le seul prestataire, mais on doit réinterroger la lisibilité du dispositif et la pertinence des interventions. Je ne remets pas en cause la légitimité de l'association, mais la méthode du service. Pourquoi ne pas mettre en place, par exemple, un groupement d'intérêt public (GIP) pour se substituer à l'ASEA..."

Mobilisés dans une "action de conviction politique et d'engagement citoyen" (toujours Philippe Ropers), les dirigeants de l'association compteront aussi avec la mobilisation des travailleurs sociaux, qui se réuniront à nouveau le jeudi 18 décembre.

Sur le terrain politique...

Le groupe d'opposition départementale est venu soutenir durant quelques minutes l'action des manifestants. Pas tant par opportunisme -après tout, les échéances électorales approchent- que par conviction profonde. "C'est la politique globale de prévention du Conseil général qui nous interroge", explique Stella Dupont (PS), aux côtés de Bruno Cheptou et de Grégory Blanc. "Depuis un an, nous avons fait un état des lieux autour de l'Aide sociale à l'enfance. Elle mobilise beaucoup d'argent -autour de 100 M€- pour des résultats faibles. Nous avons cherché à savoir les raisons de tout cela et le constat, c'est que beaucoup de cet argent est investi dans le placement. Nous pensons qu'il faut investir au contraire beaucoup plus dans la prévention..."




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