Corinne Bouchoux (EELV) : "Pour le moment, je tiens encore le coup"


Rédigé par - Angers, le 28/08/2015 - 16:43 / modifié le 28/08/2015 - 18:29


Quel avenir pour Europe Ecologie Les Verts ? Après les annonces successives des départs de François de Rugy et Jean-Vincent Placé, deux de ses leaders nationaux, la question anime non seulement le parti mais le débat politique. Nous l'avons posée à Corinne Bouchoux, sénatrice EELV de Maine-et-Loire.



Corinne Bouchoux (EELV) : "Pour le moment, je tiens encore le coup"
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Comment analysez-vous les départs de vos collègues parlementaires ?

"Ce ne sont malheureusement pas les premiers et je crains que ce ne soient pas les derniers. Je vous rappelle que Marie-Christine Blandin, première présidente écologiste d'un Conseil régional entre 1992 et 1998, première sénatrice écologiste, a quitté discrètement Europe-Ecologie-les-Verts en juillet l'an passé. Ma première remarque est que nous vivons une crise institutionnelle qui touche hélas toutes les familles politiques, il ne faut donc pas faire de nombrilisme.

Ma deuxième, c'est qu'en Allemagne, nos amis verts cohabitent assez paisiblement finalement entre deux sensibilités différentes mais complémentaires de l'écologie politique : les réalistes, ceux qui veulent être aux responsabilités dans les exécutifs locaux, régionaux et nationaux; et ceux, que je respecte d'autant plus que j'en viens, qui sont plus à l'aise dans la protestation, le verbe, la mobilisation pour dénoncer un certain nombre de choses. Et le problème, c'est que nous n'avons pas réussi en France à créer les conditions d'un vrai vivre-ensemble entre ces deux sensibilités."

Ces deux départs interviennent en pleine rentrée, à quatre mois des élections régionales et de la conférence climatique de Paris... C'est tout sauf un hasard ?

"En politique, il y a rarement des hasards mais plutôt des concours de circonstances. Il ne faut surtout pas minimiser ces départs. François de Rugy était responsable du groupe des députés, ce n'était pas rien. Jean-Vincent Placé est président du groupe des sénateurs, ce sont des poids lourds qui s'en vont. Il faut les entendre. Indépendamment des ambitions personnelles sur lesquelles je n'ai pas de jugement à porter, c'est que ce n'était plus possible pour eux. La goutte d'eau, c'est la question des éventuelles alliances aux régionales avec des partis qui racontent l'inverse de ce que nous prônons comme modèle. Qu'il y ait des listes citoyennes et ouvertes, c'est bien, c'est ce qui a fait la force d'EELV en 2009. Mais, et je ne veux stigmatiser personne, s'associer à des partis qui sont productivistes, défenseurs du nucléaire et non européens alors que nous sommes clairement fédéralistes et européens, c'est le mariage de la carpe et du lapin."

Sans les nommer, vous visez le Parti de Gauche et le Parti communiste ?

"Ca n'est pas trop compliqué de protester contre des choses avec des amis politiques, avec lesquels on n'a pas le même projet. Et on y arrive assez bien. Beaucoup plus compliqué est ensuite l'exercice des responsabilités ensemble. Et quand je vois l'état de dissensus dans lequel nous sommes aujourd'hui dans le parti... On prône la gestion non violente des conflits ? Il y a des conflits d'une rare violence comme dans les autres partis. Nous sommes plutôt ouverts sur les questions sociétales, la cause LGBT etc... et nous n'arrivons même pas en interne à assumer notre biodiversité et à faire en sorte que vivent ensemble des personnes qui n'ont pas la même façon de voir la politique. C'est un vrai problème."
"S'associer à des partis qui sont productivistes, défenseurs du nucléaire et non européens alors que nous sommes clairement fédéralistes et européens, c'est le mariage de la carpe et du lapin"

Europe-Ecologie-Les-Verts est un "astre mort" comme le suggère Jean-Vincent Placé ?

"Alors écoutez, vous n'allez pas me trouver pour commenter ni les sorties successives, ni les petites phrases ! Je ne l'ai jamais fait, je ne vais pas commencer. Je suis pragmatique, je veux être utile là où je suis. J'étais à Lille aux Université d'Eté la semaine dernière pour y animer des ateliers, les plénières étaient intéressantes et peut-être faut-il séparer plus le jeu médiatico-politique d'un certain niveau, et le travail militant qui a été de grande qualité. Je pense que l'écologie politique a encore de l'importance, on a des idées, des programmes. Néanmoins, si on n'est pas capable de s'entendre pour porter collectivement les combats, c'est sûr que ça va pas le faire."

En quoi ce qui est devenu insupportable pour François de Rugy et Jean-Vincent Placé, ne risque pas de le devenir pour vous ?

"C'est une manie que tout le monde a de me poser cette question (sourires) ! J'avoue que j'ai rarement eu des désaccords profonds avec l'un et l'autre. Pour les élections régionales, j'avais même rédigé un texte avec François de Rugy pour qu'on essaye de rassembler toutes les forces de gauche plutôt que de s'émietter. Je n'ai donc pas de différence d'analyse politique, y compris sur la gravité de la situation dans laquelle nous sommes. En revanche, peut-être que ce qui me singularise, c'est que je ne ferai pas toute ma vie dans la politique et que notre regard sur le moyen et le long terme n'est donc pas le même. Je vais continuer à essayer de faire ce que je peux, là où je suis tant que je suis élue pour servir ce pour quoi j'ai été élue. Mais, je ne fais pas le choix de partir à ce jour, même si je n'oublie pas les paroles de Marie-Christine Blandin qui disait : "Quand on ne peut plus, on ne peut plus. Pour le moment, je tiens encore le coup."

A quatre mois des élections régionales, quelles leçons EELV doit-il ou pas tirer de ces événements, selon vous ?

"Quand vous partez désunis à la bataille, vous vous affaiblissez. Une bataille électorale, c'est difficile, on a besoin de tous, on a besoin de chacun. Ces dernières années, on a perdu beaucoup de militants et des militants de qualité, on a regretté Matthieu Orphelin. Je regrette ces départs et je les comprends. J'espère que Sophie Bringuy et mes amis qui vont faire les désignations l'entendront. Si dans la région, on devait avoir l'idée de copier ce qui se fait en PACA (Provence Alpes Côte d'Azur) ou dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie en terme d'alliances (une alliance au premier tour avec le Front de Gauche NDLR), c'est sûr que ce ne serait pas mon analyse politique. Mais, je ne vous cache pas que je suis inquiète."
 




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1.Posté par Nicolasticot le 29/08/2015 19:25 | Alerter
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J'ai le regret de vous informer Madame Bouchoux que vous êtes en ce moment même alliée à un parti productiviste et défenseur du nucléaire. Et, contrairement aux partis que vous dénoncez et avec lesquels vous ne souhaitez pas d'alliance, on ne le croise pas dans les rassemblements contre les Grands Projets Inutiles Imposés à NDDL, à Bure, à Roybon, à Sivens et ailleurs... et pour cause !















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