Cosmopolis : un terrible et fascinant huis clos


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Lundi 28 Mai 2012 à 18:53


Eric Packer, jeune multimilliardaire, décide de traverser Manhattan dans sa limousine blanche pour aller se faire couper les cheveux chez son coiffeur habituel, alors que la ville est paralysée par la visite du Président et par des manifestations contre le système capitaliste.



Eric Packer cherche son agresseur
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Dans un Manhattan en ébullition pour la visite du Président des Etats-Unis, le jeune multimilliardaire Eric Packer (Robert Pattinson), décide de prendre sa limousine. Il a envie d’une coupe de cheveux et se rend chez son coiffeur familial à l’autre bout de la ville, malgré l’inquiétude de son garde du corps qui pense qu’une menace pèse sur son employeur. Commence alors la lente traversée durant laquelle on apprend que le jeune homme a investi dans le yen, qu'il est en train de perdre toute sa fortune. Un incessant défilé de rencontres avec ses collaborateurs, son épouse frigide (Sarah Gadon), ses maîtresses (l’une interprétée par Juliette Binoche), son médecin… se déroule dans la limousine blanche. Hors de ce huis clos, le monde s’effondre. Un attentat est attendu contre le Président en visite, les obsèques d’un rappeur connu virent en cortège populaire dans les rues, des manifestants anticapitalistes entament une révolution…

Cronenberg revient avec l’adaptation du roman visionnaire et difficile de Don DeLillo. Très peu de réalisateurs auraient pu être capables de réussir un tel défi, et pourtant ! Le réalisateur québécois a choisi de respecter mot pour mot les dialogues du livre paru en 2003 ce qui a pour effet de mettre en valeur le langage, la communication et la façon dont Packer établit ses relations durant tout le film, qui devient un long, passionnant et psychologique dialogue. Le roman, visionnaire à sa publication, donne un film très contemporain et ancré dans l’actualité. Un défi largement réussi !

Au travers de ce huis clos mouvant Cronenberg dresse une critique intellectuelle du système capitaliste. Packer regarde sans émotion la révolution qui a symboliquement lieu de l’autre côté de la vitre teintée de sa limousine. Il fait partie d’un autre monde littéralement et physiquement parlant. Le son permet de renforcer cette impression d’isolement. Tous les bruits sont étouffés à l’intérieur de la limousine dans laquelle il passe le plus clair de son temps. Le multimilliardaire fait même ajouter une plaque de liège à la voiture pour couper encore plus ce contact avec l’extérieur, qui à l’inverse est assourdissant. Cronenberg signe donc une fois de plus un film analysant en profondeur les attitudes humaines (un travail proche de celui fait dans son film « A dangerous method ») ainsi qu’une critique sur les tares de notre société.

Le réalisateur nous dépeint l’univers dans lequel vit le goldenboy comme à la fois impersonnel, froid, morbide et sensuel. Les mouvements de caméra sont très légers la plupart du temps mais donnent ainsi une impression de proximité étouffante avec le personnage. Le jeune homme est glacial pendant une importante partie du film et ne sera réellement touché que par la mort d’un artiste qu’il admire. Il trompe son épouse plusieurs fois par jour avec une femme différente à chaque fois et le lui cache à peine, ce qui peut nous faire éprouver de la compassion pour elle. Il est également fasciné par la mort. L’identification au personnage nous est au final impossible. Packer est en fait la personnification du capitalisme. Cronenberg joue sur les symboles et les différentes interprétations que l’on peut donner à son film très cérébral.

Enfin on retiendra surtout de ce film le jeu des acteurs. Sarah Gadon incarne avec brio la jeune femme sensible et intelligente mariée à Packer et parvient à nous rendre attachant ce personnage frigide et presque mystérieux. Juliette Binoche fait elle aussi une apparition dans le film en tant que maîtresse de 41 ans du jeune homme de 28 et s’approprie l’espace réduit de la limousine de façon surprenante. On aurait finalement pu redouter le choix de Robert Pattinson pour le rôle principal, connu pour avoir tourné dans de nombreux blockbusters. Mais il marque ici un tournant dans sa carrière. On le découvre jouant chaque scène avec une incroyable aisance. Son jeune âge frappant se mêle à son côté morbide et indifférent, ce qui amplifie la critique de cette pathologie qui envahit notre époque, une jeunesse toujours plus blasée, presque cruelle. Les sceptiques seront conquis. Pattinson semble aujourd’hui marcher dans le sillage des grands, et l’on attend avec impatience de le voir dans l’adaptation de « Bel-ami » de Maupassant qui devrait sortir en juin prochain.

Cosmopolis est à la hauteur de sa nomination à Cannes. Une critique amère de notre société qui donne à réfléchir…

Clémentine.









1.Posté par Kick-Ass Movies le 28/05/2012 21:11 | Alerter
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Un superbe film. Ma critique sur : http://kick-assmovies.blogspot.fr/2012/05/cosmopolis.html








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