"Créer quelque chose qui console"


Rédigé par Sébastien ROCHARD - Angers, le Lundi 18 Janvier 2016 à 07:15


C'est un lundi. Dix jours après les attentats de Paris. Bruxelles est en alerte. A une cinquantaine de kilomètres de là, à Gand, le metteur en scène Frank Van Laecke n'a pas cessé le travail. Avec son collègue et ami Alain Platel et le directeur musical Steven Prengels, ils ont créé au printemps dernier un spectacle iconoclaste autour de la fanfare, "En Avant Marche !" Il sera donné au Quai les 19 et 20 janvier 2016. Nous avons pris le temps d'en parler, ainsi que de l'art et de la société...



L'Harmonie municipale d'Angers sera mobilisée pour accompagner les 11 "permanents" d'"En avant marche". (©Stephan Vanfleteren)
L'Harmonie municipale d'Angers sera mobilisée pour accompagner les 11 "permanents" d'"En avant marche". (©Stephan Vanfleteren)
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Frank Van Laecke, dans quel état d'esprit êtes-vous, dans ce moment de tension extrême ?
 
"J'ai été mobilisé sans cesse pour un spectacle ou un autre, et je n'ai donc pas quitté le théâtre depuis les attentats de Paris. Quand on se retrouve dans une salle, on se sent étrange, mais il faut pourtant continuer à jouer. Comme on le dit dans le spectacle "En avant, marche !" : "La plus grande crainte, c'est la crainte elle-même". Ce sont évidemment des paroles qui ont une autre valeur, après le 13 novembre ; pourtant, ce sont les mêmes mots..."
 
L'art a-t-il un rôle majeur à jouer, selon vous, dans cette période difficile ?
 
"Un grand mot dit que l'art va sauver le monde. C'est très fort de dire ça. Ce que je ressens moi, quand j'assiste à un spectacle ou quand on travaille, c'est un lien très très fort qui m'indique que l'art peut effectivement sauver le monde, à ce moment-là, et dans cet endroit-là. Et c'est déjà beaucoup. A nous, créateurs, de rester libres dans nos têtes pour préserver cela."
 
Comment présenteriez-vous le spectacle "En Avant Marche !" ?
 
"Ce n'est pas une pièce de théâtre, ni un ballet, ni de la musique -même si elle joue le rôle principal- c'est un ensemble. On ne peut pas mettre "En Avant Marche !" dans une case, et finalement ça n'est pas très important.
On entre dans l'univers d'une fanfare, et à un moment très précis : l'un des musiciens, est atteint d'un cancer de la gorge et ne peut plus jouer de trombone. Pour lui, il va falloir quitter la table de façon digne : le spectacle parle d'adieux, de combat, de perte et relaie la tension qui se crée entre les individus tous différents qui composent cette fanfare."
 
Pourquoi justement avoir choisi l'univers de la fanfare ?
 
"C'est évidemment une métaphore de la société. Mais avec Alain (Platel, metteur en scène des Ballets B de la C), après notre spectacle "Gardenia",  on cherchait un biotope idéal pour raconter autre chose. L'idée de la fanfare est née d'une exposition photo sur le sujet. Nous avons alors assisté à des répétitions pour découvrir plus avant ce microcosme et avons été très émus le caractère hétérogène de l'ensemble : le médecin y côtoie le facteur, dans le seul but de faire de leur mieux et de créer de la musique. C'est un témoignage musical extrêmement émouvant."
 
Comment avez-vous travaillé cette "matière première" ?
 
"Pendant trois mois, nous nous sommes réunis avec Alain et Steven Prengels, le directeur musical de la production, dans une salle de répétition, sans scénario, sans script ni quoi que ce soit de ce genre. L'objectif a très vite été d'exploser le cadre dévolu, dans l'imaginaire populaire à la fanfare : en gros, les marches et les musiques de films. On en retrouve, mais au milieu de Wagner, de Mahler, Holst, Verdi et de bien d'autres. Tout simplement parce que les musiciens d'une fanfare sont capables de le faire ! L'histoire de ce tromboniste est quelque chose d'important, c'est elle qui donne la tension du spectacle, mais elle est un prétexte pour évoquer l'universel."
 
"C'est un univers où l'on peut entrer, se promener, déguster, sentir ou comprendre." - Franck Van Laecke
 
Vous avez souhaité, dans chacune des villes où vous donnez ce spectacle, associer une fanfare ou une harmonie locale. Pour quelles raisons ?
 
"Parce que c'est très intéressant... même si ça donne beaucoup de travail ! Il y a toujours un élément inconnu et chaque représentation est ainsi unique : elle se nourrit de la tension interne qui se crée au sein de cette formation. Ça crée toujours une autre société, une autre famille, avec des cultures et des personnalités différentes. D'autant plus que ces formations sont totalement intégrées dans la pièce : elles ne sont pas seulement là pour jouer, si bien qu'il est impossible de voir, pour le spectateur, qui est le danseur ou le musicien... C'est un spectacle d'atmosphère, de mouvement, de sentiments partagés, où il n'est pas nécessaire de comprendre chaque mot. Il y a des moments parlés dans différentes langues, le mix de ces langues composant aussi une musique.
 
Vous semblez laisser une grande liberté d'interprétation au spectateur ?
 
"Oui. On donne un propos : voici notre univers, voici le début de l'histoire, vous pouvez la suivre, avec la possibilité de vous y sentir libre, de créer votre propre histoire. C'est un univers où l'on peut entrer, se promener, déguster, sentir ou comprendre."
 
Comment le public a-t-il reçu "En Avant Marche !" depuis sa création au printemps dernier ?
 
"Les réactions sont touchantes, chaleureuses. On a voulu créer quelque chose qui console : un médecin est là pour éviter qu'on attrape des maladies, les soigner, traiter la douleur ; l'art est là pour nous faire accepter les douleurs de la vie. Cette émotion est fondamentale lorsqu'on assiste à un spectacle. C'est ce que l'on espère avoir réussi à faire."
 
« En avant marche ! » sera donné au Quai les 19 et 20 janvier 2016. Plus d’informations : www.lequai-angers.eu/
 

L’Harmonie d’Angers au diapason
C’est l’Harmonie municipale d’Angers qui sera mobilisée pour accompagner les 11 « permanents » d’"En Avant Marche". Une trentaine des 60 musiciens amateurs de l’orchestre plus que centenaire (fondé en 1895) sortira donc de son répertoire habituel et lèvera le nez du pupitre, pleinement intégrée au spectacle. « Nous avons pris l’habitude de participer à des projets collaboratifs », explique le directeur musical de « la cipale », Bruno Chiron. « Celui-ci est original, exceptionnel, hors contexte, ce qui est toujours motivant ».












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