Daniel Dubroca : "Les valeurs du rugby sont des atouts vers le travail"


Rédigé par - Angers, le 09/02/2017 - 18:42 / modifié le 11/02/2017 - 18:13


Il y aura 30 ans en juin prochain, l'équipe de France s'inclinait en finale de la première Coupe du Monde rugby face à la Nouvelle Zélande. Daniel Dubroca, son capitaine, comme ses camarades de jeu, n'était pas professionnel. Il exerçait et exerce encore le métier d'arboriculteur. A l'invitation du SCO Rugby Club d'Angers, il participe ce vendredi soir à une table-ronde autour de l'opération "Un essai transformé pour l'emploi", un dispositif d'accompagnement vers l'emploi des jeunes des quartiers. Entretien.



Daniel Dubroca (à droite) : "Ce qui nous animait au rugby, c'était une manière de se battre pour un maillot, un clocher, un club, un état d'esprit. C'est ce que je perçois dans l'opération "Un essai transformé pour l'emploi."
Daniel Dubroca (à droite) : "Ce qui nous animait au rugby, c'était une manière de se battre pour un maillot, un clocher, un club, un état d'esprit. C'est ce que je perçois dans l'opération "Un essai transformé pour l'emploi."
la rédaction vous conseille
Pourquoi avoir accepté de parrainer cette opération ?

"C'est d'abord lié à la relation que j'ai avec Jean-Benoit Portier (le président du SCO Rugby Club, NDLR), qui est un ami. La deuxième, c'est que le rugby a toujours été, de mon point de vue, un sport qui favorise le développement personnel et professionnel à l'extérieur du terrain. J'en ai fait moi-même l'expérience puisque le rugby était amateur à cette époque là."

Pourquoi ? En quoi les valeurs du rugby vous paraissent être des atouts pour s'intégrer dans la vie active ?

"Il y a beaucoup de similitudes entre le rugby et l'entreprise : l'authenticité, l'engagement, le mental... qui sont autant de qualités utiles pour s'intégrer dans le projet d'une entreprise. La première d'entre elles est sans doute, pour moi, la capacité à faire abstraction de soi pour servir une oeuvre collective. Si on arrive à développer cet état d'esprit au sein d'une entreprise, par delà même l'engagement, c'est de la confiance que l'on transmet."

L'opération portée par le SCO Rugby Club vise en particulier des jeunes issus de quartiers moins favorisés...

"Précisément. Je pense que les valeurs du rugby peuvent être utile à des jeunes en manque de maturité, de repères et de capacité de se projeter sur le marché du travail."

On pense pourtant moins spontanément rugby que football quand on parle "quartiers" ?...

"Peut-être. Pourtant le rugby est un sport plus collectif, à mon sens, que le football. Dans les moyens de communication et de liaison entre les joueurs, les passes, le contact, le soutien... des gestes qui sont eux-mêmes porteurs de valeurs."

Vous avez été 25 fois capitaine de l'équipe de France, tout en exerçant le métier d'arboriculteur. A l'heure du rugby pro, ça parait invraisemblable aujourd'hui ?

"Oui. J'ai toujours été dans le monde agricole, en ayant la chance d'exercer ce métier avec une belle famille passionnée par le rugby à XV ou à XIII - mon beau-père a été international de rugby à  XIII- qui m'a libéré le temps qu'il fallait pour me permettre de m'investir sportivement. Je lui dois un grand merci."
"Je sais bien que l'on ne peut pas transposer un modèle d'il y a 40 ans aujourd'hui mais j'ai envie d'encourager les jeunes à bouger, faire preuve de motivation pour s'en sortir"

Qu'est-ce qu'il vous reste de l'esprit du rugby dans la manière dont vous exercer votre rôle de chef d'entreprise aujourd'hui ?

"Le grand mot qu'on utilise aujourd'hui, c'est le management. Je dirai que c'est de tirer la quintessence de collègues qui jouent ou travaillent avec vous. En leur faisant passer les messages nécessaires pour atteindre le but recherché, l'épanouissement, le plaisir de faire ensemble."

Précisément, c'est un plaisir ?

"Oui. On ne naît pas forcément chef d'entreprise, mais on naît avec des qualités et on grandit avec des valeurs familiales, professionnelles qu'il faut exploiter au mieux ensuite. Il y aussi une question d'adrénaline derrière cela. De 1985 à 2012, on a travaillé avec environ 20 permanents et 80 saisonniers, en commerçant avec la grande distribution. Je n'ai fait pas d'école de commerce, mais c'est bien grâce au rugby que j'ai pu me faire une carte de visite et rencontrer des clients qui sont devenu pour certains des amis."

Il y a 40 ans, lorsque vous aviez l'âge des jeunes qui se sont engagés dans l'opération "Un essai transformé pour l'emploi", le chômage n'était pas ce qu'il est aujourd'hui en France. C'est aussi un élément qui pèse dans leur équation ?

"C'est évident. C'était une époque où le gars qui voulait se remonter les manches sur le terrain comme dans la vie, avait plus facilement la possibilité de trouver un club ou un travail. C'était totalement différent. J'éprouve une part de tristesse devant les difficultés que rencontrent les jeunes aujourd'hui. Le contexte économique est en cause mais on a peut-être commis des erreurs aussi en matière de formation et d'éducation. Prendre un coup de pied dans le c... de temps en temps, ça peut pas faire de mal pour encourager un jeune à saisir un travail, une opportunité."

Vous parlez en connaissance de cause ?

"En tant qu'employeur, il y a des périodes où on se demande si on va avoir le personnel suffisant pour travailler et ramasser les fruits. Alors que je vis à côté d'une ville de 20 000 habitants où l'ANPE ne manque pourtant pas de personnes en mal de travail. N'y a t-il pas aussi un problème de motivation de la part de certains ? Je n'accable par la génération actuelle, c'est peut-être la précédente qui est fautive."

Ca nous ramène à la culture de l'effort, propre au rugby ?

"Oui. Ce qui nous animait au rugby, c'était une manière de se battre pour un maillot, un clocher, un club, un état d'esprit. J'espère sincèrement que cela existe encore au niveau du sport amateur. Et c'est ce que je perçois dans l'opération qui est lancée par le SCO Rugby Club. Après, je sais bien que l'on ne peut pas transposer un modèle d'il y a 40 ans aujourd'hui mais j'ai envie d'encourager les jeunes à bouger, faire preuve de motivation pour s'en sortir."

Table-ronde "Un essai transformé : une entrée vers l'emploi", à partir de 18h45 au Centre Pierre Cointreau, 132 avenue De Lattre de Tassigny.

"Un essai transformé pour l'emploi", c'est quoi ?
Lancé à l'automne dernier par le SCO Rugby Club d'Angers, le dispositif repose sur une double ambition. « Le SCO RCA a pour ambition de monter en Fédérale 2 mais il nous faut des joueurs et des moyens. Aujourd’hui, nous sommes plutôt tournés vers des classes aisées or il y a des jeunes dans les quartiers qui n’ont pas forcément accès au sport », résumait alors Jean-Benoit Portier, son président. « Alors nous nous sommes demandés comment faire pour nous tourner vers les quartiers et en profiter pour aider les jeunes ». Le principe d’ « Un essai transformé pour l’emploi » ? Proposer à 24 hommes et femmes, âgés de 16 à 30 ans, une action d’insertion professionnelle à raison de 210 heures de formation (remise à niveau des savoirs de base), 120 heures de formation sportive liée au rugby et 70 heures de stage en entreprise. A la sortie, les entreprises partenaires s’engagent à proposer un contrat supérieur à six mois. 

Lire notre article "Faire un placage au chômage" (30/09/2016)




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur








Angers Mag