Danièle Sallenave, combattre par le mot


Rédigé par - Angers, le Mercredi 23 Avril 2014 à 11:51


Académicienne, Prix Renaudot, normalienne et agrégée de lettres classiques… Danièle Sallenave, c’est tout cela à la fois. C’est aussi et surtout une femme engagée, ligérienne de naissance et de cœur.



Danièle Sallenave, ici à l’abbaye Fontevraud, où elle a présenté  son dernier ouvrage  « Le Dictionnaire amoureux  de la Loire » (Plon).
Danièle Sallenave, ici à l’abbaye Fontevraud, où elle a présenté son dernier ouvrage « Le Dictionnaire amoureux de la Loire » (Plon).
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Qu’est-ce qui, finalement, définit un écrivain ? Sa maîtrise de la langue et de ses registres ? Sa créativité ? Cette manière qu’il a, singulière, de raconter le monde ? C’est sans doute un peu tout cela à la fois. Mais à observer Danièle Sallenave déambuler au gré de son instinct dans l’abbaye de Fontevraud, les yeux grand ouverts et l’esprit curieux, on tenterait bien une autre approche : être écrivain, c’est cultiver tout au long de son œuvre sa capacité d’écoute et d’émerveillement.

« C’est incroyable et très original, on dirait une architecture russe ». Devant l’académicienne, appareil photo autour du cou, les cuisines de l’abbaye et leur toit en écaille. « Ici, on sent vraiment tout le poids de l’histoire. Ces lieux sont habités ». Et ne lui sont pas étrangers. Après tout, nous sommes à moins d’une heure du village qui l’a vu naître, Savennières, un peu plus en aval du fleuve « dont elle vit », La Loire. Depuis bon nombre d’années, ce n’est plus le fleuve royal qui coule sous ses fenêtres, mais la Seine parisienne, celle-là même qui longe le quai Conti et sa célèbre Académie française. Chaque jeudi, Danièle Sallenave s’installe pour une journée de travail « intense » dans le fauteuil n°30, occupée avant elle par le père des « Rois Maudits », Maurice Druon.

De son enfance ligérienne aux ors des Immortels, une vie entière, une œuvre riche d’une trentaine de livres, des prix à la pelle – du Renaudot pour « Les Portes de Gubbio » au Grand Prix de l’Académie française – et un engagement de tous les instants. « Mon entrée à l’Académie, c’est la petite école de village de Savennières qui entre sous la Coupole », avance Danièle Sallenave. Plus qu’une image, la formule traduit la réalité des ses parents, instituteurs laïcs sur une terre catholique. Celle, aussi, d’un esprit forgé par l’école de la République, du lycée Joachim du Bellay à l’agrégation de lettres classiques, en passant par L’Ecole normale.

« Lucide, courageuse, indépendante… »

Cet héritage résonne en elle comme dans chacun de ses combats. « J’ai pris l’habitude de me laisser hanter par le passé, mais un passé qui vit dans le présent », insiste Danièle Sallenave, qui se définit elle-même comme une conservatrice de gauche – « être de gauche, ça devrait vouloir dire qu’on a pas renoncé à l’idée qu’on peut changer le monde. C’est lié à un volontarisme… ».

Aussi, lorsqu’elle pose la laïcité comme un principe de base de la République ou qu’elle interroge l’école d’aujourd’hui et sa capacité à transmettre, ça n’est pas une combattante d’arrière-garde qui se lève. « Le combat n’a de sens que s’il sert à assurer ce qu’il faut pour inventer l’avenir », assure-t-elle. Longtemps professeur de littérature à l’université de Nanterre – « Je me considérais un peu comme un médecin sans frontière, avec beaucoup de choses à réparer dans la formation de mes étudiants » – Danièle Sallenave n’a eu de cesse de marcher dans le monde, de la campagne transalpine aux paysages russes, des pays de l’est aux territoires palestiniens (ce qui lui vaudra de sérieuses inimitiés, un procès et retardera longtemps son entrée au quai Conti), parce que « le monde se donne à celui qui bouge ».

Son obsession ? Transmettre. Dans ses livres, en cours, par la voix (sur France Culture), à l’Académie. Heureuse de l’époque où elle vit – « je trouve illogique et irrationnel de prétendre le contraire » –, la fille d’instituteurs s’inquiète tout de même qu’on ne « pense pas assez vigoureusement la question de la transmission ». Tout ça est dit d’un ton distingué, mais jamais hautain, ni sentencieux. « C’est une femme lucide, courageuse, indépendante, non conventionnelle…, mais aussi pleine d’humour », dit d’elle Dominique Fernandez, son meilleur ami sous la Coupole, qui compose avec quelques autres le « petit carré de gauche » d’une « Académie de droite ».

« Il y a 40 membres à l’Académie française. Mais pas 40 en état de marche… » glisse-t-elle d’ailleurs dans un sourire. Cette humour, ce franc-parler, ressenti dans ses livres depuis « De l’amour » (2002) et « Une période compliquée dans ma vie », on le retrouve dans l’indispensable « Dictionnaire amoureux de la Loire », qu’elle publie ces jours-ci chez Plon. Un retour aux sources sous de multiples entrées.
« Depuis 2002 et la mort de ma mère, j’avais un peu de mal à revenir. Ce travail intense de 18 mois sur la Loire m’a donné envie de reprendre pied en terre angevine ».

La Loire, sa « terre natale, m’a appris l’idée qu’il est un flot inexorable : aucun fleuve ne retourne à sa source, ni aucune vie. Tout passe, tout change, mais à travers cela, il y a une continuité ». Celle du combat. Et de la transmission.

[BIO EXPRESS]

1940. Naissance le 28 octobre à Savennières.

1957. Baccalauréat scientifique, après une scolarité au lycée Joachim du Bellay.

1964. Agrégation de Lettres classiques.

1975. Premier roman, chez Flammarion : « Paysages de ruines avec personnages ».

1980. Prix Renaudot pour « Les portes de Gubbio » (P.O.L).

2005. Crée à Savennières, son village natal, le festival Terres à vins, terres à livres, dont la 10e édition aura lieu du 26 au 28 septembre.

2011. Election à l’Académie française, au fauteuil n°30, celui de Maurice Druon.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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