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Mercredi 22 Octobre 2014





Dans la maison : une leçon de littérature !


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Le Samedi 27 Octobre 2012 à 14:14


Germain Germain, (Fabrice Luchini), professeur de français dans un lycée privé, commence une nouvelle année scolaire, dépité par les piètres qualités narratives de ses élèves. Une copie pourtant attire son attention, celle de Claude Garcia (Ernst Umhauer). Ce dernier décrit avec talent comment il a réussi à se faire inviter par son camarade Rapha Argol (Bastien Ughetto) à entrer dans sa maison...



Claude Garcia (Ernst Umhaueur) et son professeur de français Germain Germain (Fabrice Luchini)
Claude Garcia (Ernst Umhaueur) et son professeur de français Germain Germain (Fabrice Luchini)
Maison qu'il observait en cachette depuis un banc, s'imaginant la vie à l'intérieur. Une fois dedans, il décrit de façon satirique la classe moyenne qui peuple le lieu. Séduit par les capacités d'écriture de son élève, le professeur et écrivain raté va aider et encourager le jeune garçon dans la rédaction de ce qui va devenir une sorte de roman feuilleton sur la « famille Rapha » jusqu'à ce que le jeune lycéen aille trop loin...

Dans la maison, le titre est admirablement bien choisi, le jeune Claude veut entrer dans la maison, retourner dans la maison, savoir ce qui se passe dans la maison. Il désire connaître la vie de ses habitants, son ami Rapha, son père (Denis Ménochet), nommé également Rapha, les « Rapha fils » et « Rapha Père ». Claude, dont la mère a fui le cercle familial lorsqu'il était enfant, s'attache particulièrement à la mère des Rapha, Esther (Emmanuelle Seigner), dont il veut tout savoir.

Dans son nouveau film, François Ozon nous dévoile un savoureux mélange de genres et de thèmes. Basculant habilement de la satire sociale au thriller, tout en maintenant un suspense oppressant. Une satire sociale qui dénonce le rejet de la littérature et de l'écriture par la nouvelle génération, une critique des différents milieux sociaux, et également une critique de l'éducation : le lycée où se déroule l'histoire remet en service les uniformes pour les élèves au nom d'idéaux éducatifs douteux. Ainsi Germain, nous fait part de son sentiment d'avoir l'impression de faire cours à des moutons. Un thriller également, pour ce suspense qui règne tout le long du film, l'envie de savoir la suite du récit de Claude ; plus l'histoire avance, plus elle devient troublante et même malsaine...

Quelle est l'importance de la littérature ? Quel est son pouvoir ? Le film pose également des questions sur la notion d'art. Jeanne, la femme de Germain, (Kristin Scott Thomas) tient une galerie d'art contemporain dont les œuvres frôlent souvent le ridicule. Quelle est la place de l'art contemporain dans notre société ? Tout et n'importe quoi peut-il être considéré comme artistique ? La question rappelle le film Intouchables où le même questionnement sur l'art se manifeste.

Dans la maison est aussi un mélange d'art. La littérature est omniprésente, Germain aide Claude à parfaire sa prose littéraire, lui donnant de nombreuses sources d'inspirations parmi des œuvres et auteurs existants. Les personnages que Claude décrit rappellent, d'après Germain, les animaux des Fables de La Fontaine. Germain conseille Flaubert, Hugo ou encore Kafka à son jeune élève. La peinture également vient fleurir le décor, des œuvres parsèment la maison des Rapha, et des peintures, sculptures s'exposent dans la galerie de Jeanne Germain. Il y a aussi une part théâtrale, les personnages renvoient à des figures de théâtre par leurs caractères, leurs traits exagérés.

Ainsi Germain est un vieux professeur aigri, illuminé par le talent de son élève. Le jeune Rapha est l'image de la niaiserie, un fort strabisme, une élocution lente lui donnant un air extrêmement benêt. Esther est l'incarnation de la femme délaissée, seule. Claude, lui, prend l'image du démon qui s'installe dans la maison, le mal qui s'installe, la perversion. Le plan où il passe la porte des Rapha pour la première fois, avec le lampadaire de style ancien devant la maison n'est pas sans rappeler l'Exorciste de Friedkin et son affiche inspirée du tableau de Magritte, l'Empire des lumières.

Les plans de la maisons des Rapha sont les seuls plans où les lumières sont chaleureuses, les couleurs chatoyantes, Ozon illustre la richesse littéraire de l'écrivain en herbe. Ils sont en opposition avec ceux du lycée, c'est un lieu de travail, la pression des personnages est ressentie au lycée, les uniformes renforcent fortement l'image carcérale. Dans la maison, les plans sont serrés, on ne voit que les Rapha et Claude, entassés, créant un effet d'intimité, l'auteur est proche de ses personnages. Et nous spectateurs sommes proches également d'eux.

En somme Dans la maison partage une mixité de genre et d'arts et crée ainsi une histoire riche et envoûtante. Ce film fait naître de nombreuses interrogations sur notre société.

Si vous aimez la littérature, si vous appréciez les thrillers, alors je vous invite vivement à entrer, vous aussi, Dans la maison.

Kaoane.











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