Dans le sillage des dhows…

RÉCITS DE "BOUTS DU MONDE" #6


Rédigé par Claire et Reno MARCA - Angers, le Samedi 11 Février 2017 à 13:10


C’est par hasard que Claire & Reno Marca croisent la route d’un dhow au large de l’île de Socotora, île yéménite posée au large de la Somalie. Intrigués par l’histoire de ces navires en bois et de leurs marins, ils décident de suivre leur route le long des côtes de l’Arabie jusqu’en Inde où ils seraient construits. Après plus de deux mois de voyage, ils arrivent à Sur, dernier fief de la construction de bateaux traditionnels au sultanat d’Oman. Un récit à retrouver dans le n°29 de la revue Bouts du Monde.



Compo chantier du Oman - Marca.
Compo chantier du Oman - Marca.
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La ville de Sur n’a – pour l’heure, car c’est en projet – que peu fait pour honorer l’histoire maritime d’Oman dont elle porte le dernier témoignage : un chantier de fabrication de bateaux. L’enclos modeste du quartier de Badha repose le long du bras de mer sur lequel glissent parfois quelques barques et sous une tour de garde perchée sur l’autre rive.

Une boutique de maquettes marque l’entrée des lieux devant laquelle, dans une posture figée, siège Jumah, patron des lieux. Notre quête intéresse peu ce septuagénaire, assez distant. Il nous promet néanmoins un entretien, plus tard, et nous accorde sans restriction l’autorisation de travailler sur le chantier. Ce à quoi nous nous attelons aussitôt avec jubilation.

Pensez donc : voilà le dernier chantier du sultanat et, par chance, deux sambuq y sont en cours de construction. Un seul est ce matin entre les mains des charpentiers qui travaillent à l’ombre d’un toit de palmes soutenu par des échafaudages. Aux alentours sont entreposées avec ordre des grumes arrivées de Malaisie, des chutes de bois, des pièces encore grossièrement équarries et des machines. Cinq baraques servent de gîtes aux ouvriers et un hangar, d’atelier à maquettes. Sur la grève, des plastiques dansent avec le clapot et deux chiens miteux se vautrent dans la vase fraîche sous l’étrave du bateau.

Au son des massues, visseuses, scies ou rabots, une dizaine d’hommes se serrent autour des membrures sur un tapis de copeaux et de sciure tiède. Qu’ils soient d’Afrique, du Maghreb ou d’Orient, tous les chantiers charrient cette indescriptible senteur où se mêlent les odeurs de peinture, d’huile, de bois chaud et aussi de l’ouvrage artisan.


Vieux gréement sur Oman - Marca.
Vieux gréement sur Oman - Marca.
Sous sa casquette délavée, Joseph porte une épaisse moustache et deux yeux pétillants qui illuminent son visage bonhomme. En digne héritier d’un charpentier qui, il y a deux mille ans, portait le même prénom, il est chrétien, comme trois de ses collègues. Les autres sont hindous. Mais tous viennent du Kerala.

Voilà donc que même ce patrimoine, ô combien omanais, est aussi fabriqué par des Indiens ! « En Inde on travaillait déjà tous sur des chantiers. C’est pour ça qu’on a été embauchés ici et formés aux techniques locales. » Joseph répond à nos questions tout en regardant Reno au travail. Non, il n’a jamais vu de dhow ici mais nous indique que la ville de Calicut, au sud de l’état du Kerala, abrite plusieurs chantiers. « À Beypore exactement. » Et précise même qu’on les nomme là-bas kutia !

Les bateaux fabriqués à Sur n’ont pas vraiment la ligne de ceux que nous cherchons et plus tout à fait celle de leurs ancêtres omanais. Hier badan, boom, baghla, huri ou ghanjah, navires de pêche, bateaux perliers ou de commerce, ils chargeaient jusqu’à 500 tonnes de marchandises et naviguaient à la voile. Les sambuq d’aujourd’hui sont destinés au tourisme à Dubaï ou commandés par de richissimes Koweïtiens qui s’offrent un house-boat à près de 100 000 euros. 
"Difficile d’en apprendre plus sur l’histoire des lieux. Le violent incendie qui a ravagé le chantier en 2006 a hélas emporté toutes les archives et sans doute la bienveillance du patron avec. Le vieil homme reste indifférent à notre curiosité.

Portrait Pakis, à Dubaï - Marca.
Portrait Pakis, à Dubaï - Marca.
Mais, alors qu’ailleurs la fibre a depuis longtemps hélas remplacé le bois, ces commandes privées maintiennent, avec les traditions, les usages du passé. Joseph et son équipe travaillent encore avec herminettes ou gouges et perpétuent, sans plan, un savoir-faire ancestral que rien, à part l’électricité qui nourrit les perceuses, ne saurait changer.

Difficile d’en apprendre plus sur l’histoire des lieux. Le violent incendie qui a ravagé le chantier en 2006 a hélas emporté toutes les archives et sans doute la bienveillance du patron avec. Le vieil homme reste indifférent à notre curiosité. Aussi sec que ses grumes, il repousse notre entretien jour après jour, au prétexte qu’il est débordé. 

Alors que nous partageons avec les charpentiers la pause thé, au matin du troisième jour, surgit son fils cadet. Le bougre marche sur nous à grands pas et lâche un ordre impérieux : « Now, you go out ! » Nous voilà soudain indésirables et pour une raison qui reste trouble aujourd’hui encore. Le boss se serait-il agacé de notre présence continue depuis trois jours quand les visiteurs consacrent d’ordinaire une petite heure à la visite des lieux ?

Nous faisons vite nos adieux aux Indiens et filons avec l’embarras de malfrats d’occasion.
 

L’intégralité du carnet de voyage de Claire & Reno Marca à découvrir dans Bouts du monde n°29


Bouts du Monde n°29 

De l'Inde au Cap Horn, du Groenland l'Australie, le nouveau numéro de Bouts du Monde prend la mer, dans le sillage des hommes, des grands bâtiments ou des frêles esquifs qui l'ont sillonnée. Le sommaire intégral, c'est par ici...








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