Denis Griffon : « La douceur angevine et le végétal sont des idées modernes »


Rédigé par Yves BOITEAU et Patrick TOUCHAIS - Angers, le 29/03/2017 - 07:45 / modifié le 31/03/2017 - 09:11


L'événement "Les Printemps de Terra" ouvre ce week-end la 7e saison du parc Terra Botanica. La troisième de Denis Griffon, son directeur, nommé récemment aussi directeur de l’Agence départementale du tourisme. Une double casquette pour un même leitmotiv, assure-t-il : mieux défendre les atouts de l’Anjou.



Avant d’évoquer la saison à venir, pouvez-vous, en quelques chiffres, nous rappeler le bilan de l’année 2016 pour Terra Botanica ?

« Vous savez que Terra Botanica, c’est un site et un centre d’affaires. Le parc a connu une progression de 6% de fréquentation l’an passé : en gros, un petit 200 000 visiteurs pour environ 4,1 millions de chiffres d’affaire pur, sans compter les subventions. De son côté, le centre d’affaires a accueilli entre 25 000 et 30 000 congressistes pour une augmentation d’environ 30% de son chiffre d’affaires. Les deux vont bien mais ça ne suffit pas et clairement, Terra Botanica n’est pas sur le petit équilibre économique qu’on avait imaginé au départ du projet. Mais la tendance est vertueuse. »

La réalité des chiffres de fréquentation du parc a fait débat il y a quelques années, eu égard au nombre de gratuités. Qu’en est-il aujourd’hui ?

« Tous les parcs font des entrées gratuites. Nous offrons environ 2000 à 2500 places à l’année à des écoles, des œuvres caritatives, des associations qui organisent lotos ou tombolas. Nous donnons aussi environ 1200 places à ceux qui relaient notre communication : deux places par exemple pour les boulangeries et six chez les fleuristes car ils représentent notre communauté et leur adhésion est essentielle. Et puis, nous avons quelques partenariats avec la presse et une dotation de quelques centaines de places pour nos deux actionnaires (le Conseil départemental de Maine-et-Loire et la Ville d’Angers, Ndlr) pour qu’ils en fassent profiter ceux qu’ils souhaitent. Ça représente au total peut-être 10 000 entrées gratuites sur les 200 000. C’est extrêmement bas si on compare ce chiffre par exemple au Futuroscope mais surtout, c’est pour la bonne cause : quand on offre deux places à des agents d’office du tourisme à Baugé, à Cholet ou à Segré, c’est avec la conviction qu’ils vont mieux vendre le parc ensuite. »

La tendance est vertueuse dites-vous, qu’est-ce qui vous le fait penser ?

« Au-delà des chiffres, le niveau de notoriété positive qu’a atteint le parc en 2016. Tripadvisor a été un élément important de reconnaissance pour cela en nous attribuant la 10e place au classement des parcs préférés des Français. On sait que le Puy du Fou est premier, c’est très bien, c’est un voisin et on a tout intérêt à ce que ces gens-là prospèrent pour amener du flux à la région et son économie touristique. Mais l’adhésion à notre parc progresse lui-aussi et c’est un élément fondamental car Terra Botanica ne réussira pas sans une adhésion forte d’abord des locaux, des Angevins qu’ils soient de l’agglomération d’Angers ou du Maine-et-Loire. »
 "Terra Botanica ne réussira pas sans une adhésion forte d’abord des locaux, des Angevins."

A quelle échéance pensez-vous possible de parvenir à votre équilibre économique ?

« C’est très difficile à dire. On a un Centre d’affaires qui se stabilise aujourd’hui à environ 900 000 € de chiffre d’affaires et peut atteindre le million. Mais nous aurons atteint alors les limites de ses capacités. Pour le parc en lui-même, il y a deux façons de voir les choses : ou on arrive à augmenter de manière importante le nombre de visiteurs ; ou on fait en sorte qu’avec une progression de fréquentation plus modeste, les visiteurs consomment plus. C’est pour cela qu’on a repris à notre charge la restauration. A l’ouverture de ce parc, on a mal appréhendé cette donnée : le visiteur dépensait pour ainsi dire son argent dans l’entrée mais plus rien ne lui était proposé ensuite. La restauration était déléguée et on n’avait peu de choses à acheter. Alors que ces ventes additionnelles sont la clef."

Denis Griffon : « La douceur angevine et le végétal sont des idées modernes »
Mais comment faire progresser le ticket moyen du visiteur ?

« Comme pour beaucoup d’autres parc, il faut d’abord vendre un maximum de places par Internet. Ce qui n’est pas forcément simple pour un site météo-sensible comme le nôtre. Néanmoins, on pousse en ce sens pour que les gens, une fois arrivés sur le parc, se montrent plus réceptifs aux offres qu’on peut leur proposer. La clef est qu’ils s’amusent, se restaurent et passent une bonne journée chez nous. »

Il y aura donc des changements sur la restauration cette saison ?

« Bien sûr. L’an passé, nous avons mis en place un self avec une carte, des menus etc… et on est en train de multiplier les points de ventes pour ici manger une gaufre, là, une glace, mais aussi penser à soi via une boutique spécialisée sur le bien-être et la bio au cœur du parc. Le directeur général du Futuroscope m’a précisé récemment que son chiffre d’affaires reposait pour moitié sur la restauration et la vente de produits additionnels, et pour l’autre moitié sur les entrées. Nous, nous reposions à 80% sur les entrées, ce qui était insuffisant. »

La politique tarifaire va-t-elle évoluer elle-aussi ?

« Oui. Nous augmentons le prix d’entrée d’un euro, sauf pour les scolaires. C’est peu si l’on considère que le temps de visite a lui-aussi augmenté. Terra Botanica, aujourd’hui, c’est une journée de visite avec tous les spectacles nouveaux et l’animation. 1€, c’est peu mais au final, c’est 200 000€ de plus avec une fréquentation comme celle de l’an passé. »

Savez-vous d’où viennent vos visiteurs ?

« Oui et non. 50%, si l’on en juge par les plaques d’immatriculation, viennent du Maine-et-Loire. Mais que veulent dire ces chiffres quand on sait qu’une famille qui emmène des amis, est souvent celle qui passe à la caisse. La proportion des visiteurs issus d’autres régions est en augmentation et certains viennent spécialement pour Terra. »
"Le Puy du Fou existe depuis 40 ans, le Futuroscope depuis 30 ans (…) On nous reproche beaucoup de choses, je demande un petit peu de temps."

Sur le déficit de notoriété du parc, que peut-on faire pour améliorer encore les choses ?

« C’est une question de temps et de surface de communication. On sait tous aujourd’hui qu’il y a trois manières de faire. Soit créer de grands événements pour avoir une notoriété maximale, je pense au Vendée Globe mais, à un niveau local, aussi au festival Premiers Plans dont on a parlé au niveau national. L’émission « C’est le bouquet, la bataille des fleuristes » tournée chez nous et diffusée récemment sur TF1 a été une bonne chose pour notre visibilité avec 1,4 millions de téléspectateurs en moyenne.
La deuxième manière, c’est communiquer nous-mêmes mais c’est une question de moyens. Notre budget est de l’ordre de 500 000 € sur la communication par an, c’est déjà beaucoup mais on doit produire 2 à 3 millions de flyers, d’affiches etc… et c’est insuffisant par rapport à beaucoup de concurrents. Le troisième élément, c’est le temps. Le Puy du Fou existe depuis 40 ans, le Futuroscope depuis 30 ans, il nous faudra du temps. On nous reproche beaucoup de choses, je demande un petit peu de temps. »

Après la saison 2014, Christian Gillet, le président du Conseil départemental, s'était donné trois ans pour relancer le parc. Vous demandez donc encore un peu de temps pour répondre à cette ambition ?

« Bien entendu. Fin 2014, le parc avait de nombreux soucis. Lorsque le Président Gillet me demande de prendre la direction de Terra Botanica, je lui demande trois ans, pour bien comprendre ce dossier compliqué, tenter de redresser une courbe de fréquentation en chute libre et puis surtout lui présenter des perspectives. A la fin de 2017, trois années se seront écoulées, nous ferons donc le bilan et je proposerai un état des lieux et plusieurs scénarios pour décider de son avenir. Car si Terra Botanica est redevenu un site majeur du département, il reste encore à faire pour assurer son équilibre financier et pour qu’enfin cette idée moderne « d’un parc du végétal », devienne une réalité économique sur un territoire qui le mérite bien. »  

Le nouveau visuel de Terra Botanica se veut délibérément tourné vers les familles et les plus jeunes, le public cible du parc.
Le nouveau visuel de Terra Botanica se veut délibérément tourné vers les familles et les plus jeunes, le public cible du parc.
Le parc a été pensé à l’origine comme une locomotive et une porte d’entrée touristique vers l’Anjou. Comment mieux faire vivre cette vocation ?

« En reprenant la genèse du parc. L’idée première était de créer un pôle économique et touristique à Angers qui n’existe pas. Une fois qu’on avait fait le château, qu’est-ce que vous pouviez faire à Angers ? Les musées. Mais après ? On était vite court. Le deuxième objectif était de mettre en avant les horticulteurs les savoir-faire du monde du végétal. On a oublié ce point-là malheureusement quand on a ouvert les portes du parc. Mais les choses se corrigent. On a des tas de partenariats qui se greffent comme cette année avec les rosiéristes de Doué, après les bulbes d’Ernest Turc, mais aussi un pôle sur les végétaux labellisés. C’est notre mission. Et troisièmement, c’était effectivement, d’être une porte d’entrée touristique pour que les nos visiteurs restent en Anjou. Avec 226 000 visiteurs en 2016, ce qui fait de nous le principal site touristique du Maine-et-Loire, nous avons joué notre rôle de porte d’entrée et toutes nos nouveautés cette année vont jouer ce rôle de mise en valeur d’autres sites du territoire, des Mauges au Baugeois, en passant par le Saumurois. »

Il s’agit de cultiver une identité ?

« Le parc n’avait pas d’âme. Quand on venait à Terra Botanica, on faisait une belle balade mais on ressortait sans savoir, sans comprendre ce qu’on avait vu. Ce n’est pas simple que de l’expliquer aux visiteurs mais l’âme du parc, c’est l’Anjou, c’est le végétal en Anjou. Je rappelle souvent que l’histoire du végétal est parallèle à celle des hommes. C’est ce lien qu’on doit transmettre et raconter car beaucoup de choses se sont passées ici, sans oublier la Loire qui a été le principal axe de communication de la région. »

On perçoit le lien et le sens de votre arrivée à la tête de l’Agence départementale du tourisme. Est-ce que cette prise de fonction était programmée ?

« Absolument pas. Quand j’ai pris la direction de Terra Botanica, je percevais les enjeux et la difficulté de ce projet mais ce n’était pas dans ma tête, ni dans celle de Christian Gillet ou de Christophe Béchu, avec qui cette décision a été finalement prise. Ce qui s’est passé, c’est comme d’habitude le hasard des choses et des rencontres : Laurent Boron partant en retraite, le tourisme vivant une profonde mutation, ils avaient besoin d’un directeur sans doute du cru et qui soit déjà dans le match pour être opérationnel tout de suite. Il se trouve que j’avais moi aussi besoin d’une respiration extérieure parce que Terra Botanica est un dossier lourd et exigeant. »

Comment appréhendez-vous cette double casquette ?

« Je craignais que les autres sites prennent cela très mal, du genre : « Bah, ça y est l’Agence du tourisme va se mettre au service de Terra Botanica ! ». J’ai été surpris car contrairement à cela, il y a eu manifestement une forme d’intérêt pour ce choix. J’ai été extrêmement bien accueilli avec même des lettres d’encouragement, je pense au Bioparc, ce qui a produit quelque-chose de positif. »
"Le touriste moyen, pardonnez-moi l’expression, il s’en fout de savoir qu’il est à Angers ou à Saumur : ce qu’il veut, c’est faire une belle balade, passer un bon moment, une bonne semaine."

Denis Griffon : "On n’a pas la mer, on n’a pas la montagne mais on a la Loire, un vignoble exceptionnel et on a un art de vivre."
Denis Griffon : "On n’a pas la mer, on n’a pas la montagne mais on a la Loire, un vignoble exceptionnel et on a un art de vivre."
Les enjeux de l’attractivité de Terra Botanica et de ses liens avec les autres sites, ne peuvent-ils pas être transposés à ceux de votre mission à la tête de l’Agence ? Quels sont vos objectifs ?

« L’idée, c’est de défendre notre territoire. On est dans un dans un environnement très concurrentiel avec d’énormes machines que sont la Loire-Atlantique et la Vendée, leurs 400 km de côtes et leurs aspirateurs à touristes. Et on pourrait ajouter le Center Parcs et le Futuroscope au nord de la Vienne. Comment on fait pour capter ces touristes en exploitant toutes les qualités de l’Anjou ? On est aussi dans un moment extrêmement compliqué avec l’uberisation du tourisme. Comme les chauffeurs de taxi, il n’y a pas un hôtelier, pas un restaurateur qui ne s’inquiète pas d’Airbnb, d’Abritel et des autres acteurs de ce marché. Si aujourd’hui, on peut visiter Paris, Barcelone, Venise avec simplement un smartphone et une application qui nous dit tout, sans passer par la case office du tourisme, c’est que ça arrivera un jour ou l’autre en Anjou. Que fait-on devant cela ? C’est le deuxième enjeu. Le troisième, c’est d’essayer de trouver, en interne, un moyen de nous mutualiser. On sait bien que c’est un défaut de l’Anjou, de ne pas réussir à travailler entre territoires. Il faut absolument qu’on développe une stratégie commune dont chacun tire des bénéfices. On est trop petit pour faire autrement. Le touriste moyen, pardonnez-moi l’expression, il s’en fout de savoir qu’il est à Angers ou à Saumur : ce qu’il veut, c’est faire une belle balade, passer un bon moment, une bonne semaine. L’une de mission sera d’essayer de chasser en meute et de faire de vrais choix de communication. »

Ça veut dire des moyens de communication pour une campagne de promotion ?

« J’aimerai bien. Mais vous savez autant que moi que les moyens se font rares. Mais je suis certain que si nous sommes malins et portons un projet cohérent, les élus et l’ensemble des acteurs privés seront prêt à participer ensemble à cet effort. Je pense aux grands noms du vin qui ont tout intérêt à faire de notre Val de Loire angevin l’Eldorado du vin français. On est en train de redécouvrir des vins que beaucoup ignorent encore. »

Pour mener cet effort, est-ce que votre profil et votre parcours « vendéens » peuvent être utiles ? N’est-ce pas pour cela que vous avez été choisi ?

« Je n’ai pas de recette, j’ai simplement de l’énergie et des idées. Pour apporter la preuve que c’est jouable et qu’on doit le faire, comptez sur moi mais ce n’est pas moi qui ferais la différence. Si je reviens quelques instants à Terra Botanica et aux horticulteurs, leur place est bien ici mais ils n’ont pas su le comprendre et nous n’avons pas sur le leur dire. C’est ce dialogue qu’il faut construire. »

Qu’est-ce qu’on vend quand on vend l’Anjou ?

« On n’a pas la mer, on n’a pas la montagne mais on a la Loire, un vignoble exceptionnel et on a un art de vivre. Moi, la douceur angevine, ça ne me choque pas. C’est comme pour le végétal, je dis depuis longtemps que c’est une idée moderne. Il en est de même pour la douceur, la douceur du temps qui s’écoule. Aujourd’hui, dans nos vis d’abrutis où on veut aller à 200 km/h où il faut être un bon mari, un bon amant, un bon professionnel, un bon père… on a besoin d’un temps de respiration et bien vendons ça !!! La douceur angevine, ce n’est pas un défaut quand même, ça nous caractérise et ça ne veut pas dire que ce n’est pas dynamique. Et là-dessus, partons sur des choses qui sont simples mais riches. Regardez le nombre d’étoilés Michelin, le nombre de bonnes tables et de bons produits, 1200 châteaux, 300 jardins et parcs remarquables, des villages très différents, une géologie diversifiée. On a tout ce qu’il faut, soyons humbles mais profitons de nos qualités. »







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