Denis Podalydès : « Un comédien doit cultiver curiosité et disponibilité »

Portraits de l'année (Janvier)


Rédigé par Tristan LOUISE - Angers, le Vendredi 26 Décembre 2014 à 07:00


Ils ont marqué l'année 2014 en Anjou... et c'est la raison pour laquelle le mensuel Angers Mag a décidé de leur consacrer un portrait. "C'est qui celui-là ?", le titre dédié à la rubrique, explore ainsi d'une manière détournée ce que fut l'exercice qui s'achève, à travers une galerie de personnalités des mondes culturel, politique, social, économique ou sportif. En janvier 2014, le comédien et sociétaire de la Comédie Française Denis Podalydès était à l'honneur du festival de cinéma Premiers Plans et du Quai. Occasion que nous avions saisie pour l'interviewer.



Denis Podalydès : « Un comédien doit cultiver curiosité et disponibilité »
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Quel sentiment vous procure l’hommage que vous rend le festival Premiers Plans d’Angers ?
« Très honoré, très intimidé. Me reviennent des sentiments d’être illégitime, que de telles distinctions réactivent au lieu d’éteindre définitivement. C’est curieux. J’aime profondément ce festival. J’y ai lu plusieurs scénarios en public, exercice que j’aime beaucoup. C’est donc aussi un geste d’amitié qui m’est fait et je le reçois avec une profonde gratitude ».

Vous êtes comédien, metteur en scène, scénariste, lecteur..., quelles passerelles relient toutes ces activités et quelles différences faites-vous entre elles ? Y’a-t-il une voie de création qui vous nourrit ou vous enthousiasme davantage ?
« Chaque voie enrichit l’autre et la renouvelle, à mon sens. Il en est une qui recouvre les autres, mon métier d’acteur, qui influence plus ou moins consciemment toutes ces activités. Quand j’écris, c’est aussi une pulsion de jeu qui crée l’énergie première, même si les textes ne sont pas écrits pour la scène ».

Vous avez évoqué la voix dans l’un de vos ouvrages. Un autre sociétaire de la Comédie-Française, Guillaume Gallienne, aussi lecteur de grandes œuvres, insiste, lui, sur le mouvement, le corps. Comment abordez-vous ces différentes voies de l’artiste ?
« Pour moi c’est un tout. La voix, c’est le corps, et le corps doit tout entier être dans la voix. Un corps vivant, en mouvement, maîtrisant et construisant ce mouvement, infléchit la voix, lui imprime son rythme. Une voix émane non pas seulement d’une bouche, mais de tout le corps. Valère Novarina – écrivain, dramaturge, metteur en scène et peintre franco-suisse – a écrit à ce sujet de très grands textes définitifs. »

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le double rôle Jekyll-Hyde ?
« Non pas de jouer deux rôles en un, mais le mouvement contradictoire de l’un à l’autre, non pas la métamorphose accomplie, mais la transformation en acte, dans le corps et dans la voix. Le texte de Christine Montalbetti fait entendre constamment dans sa ligne directrice – le discours scientifique de Jekyll – la violence, la révolte, l’ironie, la trivialité de Hyde. Cela a tout à fait à voir avec ce que je disais dans la question précédente. C’est aussi pour moi un autoportrait de l’acteur que je suis, travaillé par un démon, une pulsion de jeu dont je voulais, en faisant ce spectacle, apaiser et comprendre la “frénésie”.»

Voyez-vous dans ce personnage une métaphore (monstrueuse) du comédien ?
« Oui absolument. De celui que je suis en tout cas. J’ai toujours pensé que je devais à la fois nourrir et maîtriser, juguler et libérer le chien qui est en moi, le “cabot”, terme parfaitement adapté, qui toujours réclame sa part ».
"J’aime profondément ce festival. J’y ai lu plusieurs scénarios en public, exercice que j’aime beaucoup. C’est donc aussi un geste d’amitié qui m’est fait et je le reçois avec une profonde gratitude.”

Quel est votre rapport au cinéma ? Vous semblez aussi à l’aise dans les registres de la comédie et du drame ? Le plaisir est-il le même ?
« Je ne sais pas. Au cinéma je “disparais”, je l’espère, dans la proposition du réalisateur. Généralement, une fois que j’ai accepté un film, je dis oui à tout, ou à peu près, je me “laisse glisser”, comme a dit Gérard Depardieu dans une interview. Le cinéma pour moi, c’est l’anti-volontarisme ».

Que pensez-vous du choix de vos films qui seront visibles lors de Premiers Plans ?
« Ce sont des films concertés avec Claude-Éric Poiroux, des films que j’aime, dont le souvenir m’est toujours très cher, que je suis fier d’avoir faits, par lesquels j’espère un peu honorer l’art cinématographique. »

Denis Podalydès : « Un comédien doit cultiver curiosité et disponibilité »
Le festival rend aussi hommage à Patrice Chéreau. Pourriez-vous dire un mot sur ce très grand homme de théâtre et de cinéma ?
« C’est un des maîtres par lesquels – sans jamais travailler avec lui, en l’ayant très peu souvent rencontré, mais en ayant pratiquement vu tous ses spectacles et tous ses films – je me suis forgé mon idée du théâtre et du cinéma. Ainsi je peux dire que je suis fait de Patrice Chéreau, il est présent dans les sous couches de mon inconscient esthétique, présent et agissant. Qui a vu “Peer Gynt” ou “Hamlet”, en a été marqué à jamais. »

Question un peu décalée : vous avez incarné Nicolas Sarkozy dans « La Conquête ». Que pensez-vous, vous, homme de gauche, de son éventuel retour ?
« De son retour ? J’ai l’impression que le vent de l’histoire souffle si fort et balaye si facilement les événements, les actualités et les hommes, qu’il pourrait se faire qu’en 2017, il n’en soit plus question, mais je crois que ce serait très mauvais signe : cela voudrait dire que le Front national aurait encore et davantage prospéré. Sarkozy est quand même l’homme de droite qui contient le mieux les pulsions nationalistes, passéistes et xénophobes qui régulièrement agitent la Droite, en leur donnant à la fois un certain champ d’expression, et une limite, ce qui a plutôt joué in fine en faveur de la Gauche. Quant à savoir s’il remporterait l’élection présidentielle, je n’en ai aucune idée ».

Enfin, Premiers Plans étant un festival tourné vers la jeunesse, que diriez-vous à un jeune homme ou une jeune femme qui souhaite embrasser votre métier ?
« De cultiver deux dispositions essentielles : la curiosité – de tout, des êtres, des arts, de la vie même – et la disponibilité, s’ouvrir à tout ce qui n’est pas soi, semble nous contredire, ignorer notre présence, malmener notre identité, bousculer nos certitudes… Un acteur doit avoir, en plus d’un peu de talent (qui ne fait pas tout), ces deux qualités, qui en supposent bien d’autres : énergie, goût, joie de vivre, audace…, pour être heureux dans ce métier, je dis bien “heureux” et pas forcément connu, célèbre, génial… Ce qui ne se décide, ni ne se prévoit ».












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