Dessins de l'intime et de l'instinct à la galerie Autrelois


Rédigé par - Angers, le Jeudi 31 Juillet 2014 à 18:41


La galerie d'art actuel La Corbata Rosa expose, jusqu'au 24 août, trois de ses artistes, à l'Autrelois, dans le quartier de La Doutre : "Encres et aquarelles" rassemble une trentaine de dessins de l'Angevin Denis Huneau, de la Syrienne Maryam Samaan et du Français Mitsuaki Saito. Une exposition qui renvoie à l'intimité de chacun des artistes, tout en nourrissant l'imaginaire des visiteurs.



Maryam Samaan, François-Victor Brunet et Denis Huneau mettent la dernière main à l'exposition "Encres et aquarelles", présentée jusqu'au 24 août à la galerie Autrelois.
Maryam Samaan, François-Victor Brunet et Denis Huneau mettent la dernière main à l'exposition "Encres et aquarelles", présentée jusqu'au 24 août à la galerie Autrelois.
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Qu'on se le dise : 15m2 suffisent parfois à créer un univers. En l'espèce, l'espace contraint mais charmant de l'Autrelois -galerie d'art éphémère nichée dans le quartier de La Doutre- est empreint pour près d'un mois de musique et de poésie.
La faute (heureuse) à François-Victor Brunet, le patron de La Corbata Rosa, galerie d'art actuel 2.0 (voir ci-après), chef d'orchestre d'"Encres et Aquarelles", une exposition réunissant trois artistes "maison".

Sur les murs de l'Autrelois, une trentaine de dessins sont accrochés, qui se mêlent, échangent et se répondent. Denis Huneau, Maryam Samaan, Mitsuaki Saito : ces trois-là ne sont pas réunis là par hasard. "Ils ne pensent pas à leur image avant de dessiner", résume François-Victor Brunet.
Les parcours, les techniques et la sensibilité des artistes diffèrent, mais tous tracent un sillon trop longtemps délaissé par l'art contemporain : celui du geste et de son importance dans l'acte de création.

Ça c'est pour la forme. Sur le fond des dessins présentés -tous en petits formats et à des prix abordables-on retrouve également une certaine unité dans le travail de l'Angevin Denis, de la Syrienne Maryam et du Franco-Japonais Mitsuaki. "L'instinct formel, le nom d'une de nos récentes expositions à Nantes, collent bien aux trois artistes", note François-Victor Brunet. "La rapidité d'exécution des dessins aboutissent à des créations esthétiques proches du poème ou de l'écriture automatique".

Les "cercles d'écoliers" de Maryam, les personnages de Denis ou le geste sans cesse remis sur l'ouvrage de Mitsuaki -il utilise la technique du dripping initié par Jackson Pollock- donnent une instantanéité assez saisissante aux dessins, véritable miroir de leurs émotions.

Parce qu'elles viennent de l'intime, les oeuvres des trois artistes parlent à chacun, interpellent, éveillent l'imaginaire.

L'esthétique d'un côté, l'invitation au voyage (même intérieur) de l'autre : que demandez de plus à une œuvre d'art ?

"Mon inspiration, c'est le quotidien"

Maryam Samaan
Maryam Samaan
Diplômée des Beaux-Arts de Damas et Rennes -sa ville de résidence aujourd'hui- la Syrienne Maryam Samaan est à la fois scénographe, photographe... et dessinatrice. Une artiste "protéiforme", en somme, mais dont toute l'œuvre est reliée par un même fil conducteur. "C'est en tout cas ce que je pense, même si je ne sais pas trop l'expliquer", avance Maryam dans un français impeccable. "Ce qui me touche dans la vie, c'est l'intimité chez les gens. Mon inspiration, c'est le quotidien".

La vie de tous les jours, donc, explorée à travers des vidéos, mais également l'actualité pure et dure, comme celle qui touche sa Syrie natale. Artiste engagée, pacifiste, sensible, Maryam trouve une certaine quiétude dans le dessin. "C'est un travail graphique du quotidien, commencé en 2011, au fil de ma pensée. Je commence avec mon stylo par un point, sans jamais savoir ce qui va se passer ensuite. Mais c'est quelque chose de très intime", exprime la jeune femme, qui assure ne pas "aimer travailler pour vendre".

Une émotion jetée sur le papier, en une forme de cercles concentriques. "Un travail sur le ressenti qui m'évoque l'expressionnisme des Klimt ou Munch", complète François-Victor. "Je suis influencée par tout ce que je vois. Tout ce que je ressens me change chaque jour", conclut Maryam.

"Un langage que l'on a en soi"

Denis Huneau
Denis Huneau
Tout en encre de Chine ou en aquarelle, Denis Huneau dessine et peint comme il jouerait de la musique -"une impro de jazz"- ou écrirait un poème. "Je travaille à plat, en improvisation totale. j'aime bien l'idée d'un thème de fond, avec des variations, comme on peut effectivement en retrouver en musique", exprime cet ancien élève des Beaux-Arts, condisciples des Marc-Antoine Mathieu ou autre Pascal Rabaté.

Un hasard ? "Les dessins de Denis rappellent sous certains aspects les travaux de bédéistes", appuie François-Victor. "Je suis extrêmement concentré au moment de dérouler un thème. Je trace mon dessin à la plume puis mets de la couleur de manière assez spontanée. Enfin, avec mon pinceau noir, j'efface tout ce qui me semble anecdotique".

Voilà pour la théorie. En pratique, les dessins de Denis Huneau représentent de manière figurative des scènes ou des instants volés au quotidien. "C'est un langage que l'on a en soi, avec lequel on raconte directement des choses sur le papier. Il permet d'exprimer une émotion", détaille Denis.

Le dripping à la sauce Saito

Quelques-un des dessins exposés à la galerie Autrelois.
Troisième larron de l'exposition "Encres et aquarelles", le franco-japonais Mitsuaki Saito utilise le dripping, développé par Jackson Pollock. "Il s'agit d'installer des feuilles au sol, de verser de l'eau, puis des pigments. On attend que les pigments imprègnent puis on évacue le trop-plein d'eau", résume François-Victor. Et ainsi de suite jusqu'à obtention de l'œuvre attendue. "C'est une technique qui demande beaucoup de répétitions et un véritable geste". Ce geste si important évoqué plus haut, et qui fait toute la force des trois artistes.

Le dripping "met à mal le papier, à cause de l'eau", précise encore François-Victor. "Mitsuaki ne garde peut-être qu'un dessin sur 20". De quoi rendre cette exposition encore plus rare ?

Exposition "Encres et aquarelles", visible en entrée libre à la galerie Autrelois, dans la Doutre, les mercredis, samedis et dimanches jusqu'au 24 août, de 10 h 30 à 12 h 30 et de 14 h 30 à 19 h (ou sur rendez-vous). Plus d'informations www.lacorbatarosa.com

La Corbata Rosa

Galerie d'art actuel 2.0, la Corbata Rosa entend "intéresser" -et sans doute aussi réconcilier"- les gens avec l'art contemporain. C'est en tout cas l'ambition affichée par son créateur, François-Victor Brunet, installé à Angers. "C'est un marché de niche, mais il y a aujourd'hui près de 80000 artistes d'art contemporain en France, autant que de boulangers....", résume le galeriste. Ce que propose La Corbata Rosa c'est une galerie d'œuvres d'art en ligne, "à des prix allant de 80 à 1000 €. La dizaine d'artistes que nous avons aujourd'hui ont des profils très différents. Chacun va pouvoir trouver dans notre catalogue un artiste qu'il va apprécier. La base, pour intégrer ce catalogue, c'est d'avoir déjà pas mal exposé."

François-Victor n'entend pour autant pas jouer l'exclusivité avec les artistes de la Corbata. "Je les encourage même à travailler avec des galeries traditionnelles, physiques, pour qu'ils conservent un lien avec le réel". Devant l'absence ou le petit nombre de galeries d'art contemporain, à Angers par exemple, La Corbata Rosa se propose, à travers notamment une galerie 3D interactive, d'amener les visiteurs vers les œuvres, et organise des manifestations ponctuelles en louant des lieux d'exposition, comme c'est le cas pour "Encres et aquarelles".

Une initiative qui permet donc aux artistes d'avoir une visibilité sur un marché hyper-concurrentiel, et au plus grand nombre d'avoir accès à l'art actuel, réputé appartenir à une élite...




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